Remédiation scolaire : une grosse entreprise qui ne connait pas la crise

Quand l’école ne peut organiser elle-même la remédiation scolaire, elle prête ses locaux à une ASBL qui, elle, le fera. C’est toute l’ironie de ce reportage de mardi dernier sur la RTBF où les journalistes de la chaîne publique sont allés à la rencontre d’élèves qui, même durant les congés, étudient encore, essayant de rattraper le retard pris durant l’année. Nous l’avons déjà écrit, les cours particuliers sont en plein boom… et les entreprises privées qui se sont engouffrées dans ce secteur très lucratif ne connaissent pas la crise. Mais pourquoi autant de jeunes ont-ils besoin de cette remédiation vendue à prix d’or? Se pose alors la responsabilité de l’école… Remplit-elle correctement sa mission? Philippe Gillisjans, administrateur délégué de l’ASBL blocus.be :

Si tout fonctionnait bien dans le système, on n’aurait aucune raison d’exister. Malheureusement, dans la partie francophone du pays, il y a entre 50 et 60% d’échecs en secondaire… cela prouve qu’il y a des besoins.

Des besoins… et donc un marché… et des clients. Ce n’est pas étonnant que depuis quelques années, ces entreprises fleurissent un peu partout… et même sur Internet. Une société verviétoise vient ainsi de mettre sur pied une plateforme virtuelle entièrement dédiée au soutien scolaire. Les cours sont interactifs, l’élève et son professeur particulier communiquent via l’ordinateur, à l’aide d’un micro, d’écouteurs et d’une webcam. Toutes les sessions de cours sont enregistrées et permettent à l’élève de revoir ses cours quand il le veut. Coût d’une heure de cours : 28 euros.

Le cours particulier, justement, je pense qu’on doit faire en sorte que tout le monde puisse y aller. Il ne faut pas en faire une usine, ni une espèce d’industrie où les tarifs sont fixés et où les gens sont obligés de faire des sacrifices pour en bénéficier.1

Car au-delà du service, se pose la question du prix de ces cours particuliers. Un frein pour de nombreuses familles qui ne peuvent les offrir à leur enfant. Généralement, les enseignants qui dispensent ça et là une heure de remédiation la facturent entre 15 et 25 euros. Mais ici, on est bien loi de ces tarifs « démocratiques ». Même si certaines associations reconnaissent essayer de faire un effort en proposant, par exemple, des tarifs préférentiels pour les parents qui éprouveraient des difficultés à payer le prix affiché. Une journée de cours organisée par blocus.be coûte déjà 100 euros. Le coup de fusil ! Philippe Gillisjans tempère :

Cent euros, c’est le prix en tarif plein… par contre pour les gens qui ont des petits revenus, on fait moitié prix.

Des cours à moitié prix… ou gratuits pour les enfants envoyés par le CPAS… Plutôt rare dans ce qui est considéré aujourd’hui comme un business. Et certains de se demander pourquoi l’école se dit encore gratuite si, pour avoir un enseignement de qualité (encore que non contrôlé), il faille débourser des sommes astronomiques dans des filières parallèles… Nous nous dirigeons ainsi vers un enseignement à deux vitesses où seuls certains auront accès à l’aide et au savoir. A méditer.

  1. Olivier Vannerom, formateur en sciences et mathématiques pour blocus.be – RTBF – 6.04.10 []

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2 réponses à Remédiation scolaire : une grosse entreprise qui ne connait pas la crise

  1. Echocynique dit :

    Les profs dont les élèves font appel à ce service reçoivent-ils une commission?
    C’est tout de même grâce à ces profs que ces entreprises font du business!

  2. Aurore Merckx dit :

    Ce qui me pose question… Comment des étudiants sans formation pédagogique peuvent librement prendre en charge des élèves en difficultés ??? C’est ce que propose la société educadomo.
    Personnellement, j’ai un doute sur l’efficacité des cours. Certes certaines personnes ont un don pour expliquer, néanmoins ils n’ont aucune connaissance pédagogique et éducative, alors comment agir correctement auprès de ces enfants, alors que leurs professeurs formés à cette fonction éprouvent déjà des difficultés ! N’oublions pas que si l’enfant se retrouve de plus en plus confronté à ses difficultés le décrochage scolaire le guette !
    De plus, il ne suffit pas de travailler la matière qui pose problème, mais aussi la méthode de travail afin que l’apprentissage à long terme soit préservé.
    Personnellement je suis éducatrice spécialisée, et psychomotricienne.
    En tant qu’indépendante complémentaire, je propose un soutien scolaire à domicile et mes tarifs sont moins chers, alors que je suis professionnelle !
    En tant de crises, les profiteurs se cachent partout, je ne dis pas qu’il faut tous les mettre dans le même panier, mais méfiance.