On l’appelle aussi le décret « vases communicants » ou décret « Robin des Bois« . La ministre en a rédigé le texte qui a été envoyé cette semaine aux cabinet PS et Ecolo. Le principe est plutôt simple : à un moment donné (qui reste à fixer), les écoles « riches » – 60% des établissements – abandonneront une partie de leurs moyens (à aller chercher dans les caisses personnelles ou dans les subventions de fonctionnement) pour aider les écoles « pauvres ». Et c’est tout l’enseignement obligatoire qui y sera soumis. Pour l’heure, il ne s’agit que d’un avant-projet de décret. Les partenaires de la ministre Simonet (CdH) peuvent – et doivent – encore l’amender. Autant dire que ce qui va être présenté ici risque fort de ne pas beaucoup ressembler au décret final. Mais l’idée est suffisamment « audacieuse » pour être relayée. Pourquoi? Parce qu’elle est lancée dans un contexte budgétaire plutôt difficile. Et ce n’est rien de dire que nos écoles ne roulent pas sur l’or… Alors quand il est question, non pas de « figer » les moyens mais bien de les diminuer, on imagine aisément le foin que cela pourrait provoquer.
Financer des politiques nouvelles en compressant les moyens d’une partie des écoles
Robin des Bois volait les riches pour donner aux pauvres. Si Robin des Bois avait été riche, peut-être se serait-il contenté de puiser dans sa cassette personnelle pour soulager la misère humaine. C’est un peu le même principe ici… mais à l’échelle de la Communauté française. Souvenez-vous, le 30 avril 2009, un décret était voté qui organisait « l’encadrement différencié » des écoles fondamentales et secondaires. Les écoles en difficulté devaient alors bénéficier d’un bonus de 40 millions d’euros (le budget initial prévu par le décret était de 22 millions… mais le gouvernement s’engagea à hauteur de 62 millions d’euros) pour venir en aide à leurs élèves, assurer un enseignement de qualité et bénéficier d’un encadrement renforcé. Cet manne financière n’allait évidemment pas être versée en une fois – pas fou non? – mais phasée en deux efforts : l’un de 15 millions pour l’année 2009-2010, l’autre de 25 millions en 2010-2011.
De ces 25 millions, 50% iront pour le fondamental et 50% pour le secondaire. Cet argent devrait couvrir l’engagement de 298 enseignants (en équivalents temps plein) dans le maternel et le primaire et 276 professeurs au secondaire. Les budgets de fonctionnement de toutes ces écoles devraient augmenter de 5 millions d’euros.
Le problème, c’est que les 25 millions, la Communauté française ne les a pas ! Les budgets sont secs… Alors quoi? Renoncer à l’exécution du décret de 2009? Impensable! Mais comment aider les écoles en difficulté en leur offrant du personnel supplémentaire et en augmentant leurs budgets de fonctionnement lorsqu’on n’a plus un radis en poche? Et donc l’idée de donner d’une main ce qui aura été chipé de l’autre. Dans sa note au gouvernement, Marie-Dominique Simonet l’explique clairement :
Compte tenu de la dégradation des recettes de la Communauté française résultant de la crise économique et sociale, la dernière phase de 25 millions devra, au moins jusqu’au retour de temps budgétaires meilleurs, être mise en œuvre sans moyens nouveaux.1
Un effort demandé à 6 écoles sur 10
Ce ne serait alors que provisoire. Mais comment la ministre va-t-elle présenter la chose aux écoles contributrices? Comment prélever sur les moyens de certains sans les pénaliser et rendre leur travail inorganisable? Au fondamental, Simonet propose de classer les écoles en trois paliers : les écoles qui vont contribuer (60%), celles qui ne donneront rien mais ne recevront rien non plus (15%) et celles qui vont recevoir (25%). Six écoles sur dix, considérées comme les plus favorisées, devront abandonner 1,85% de leur encadrement professoral, plus connu sous le nom de « capital-période ». Les 25% d’écoles moins favorisées reçoivent alors, par ricochet, du personnel supplémentaire. Ça, ce sera pour l’aide en personnel. Pour ce qui est des budgets de fonctionnement, toutes les écoles devront passer à la caisse : 1,16% des subsides et dotations seront prélevés et redistribués aux 25% d’écoles devant bénéficier du décret d’avril 2009 sur « l’encadrement différencié ».
Au secondaire, six écoles sur dix devront également lâcher 1,85% de leur NTTP – nombre total de périodes-professeurs. Une école sur dix se verrait imposer un effort moindre (0,33% du NTTP) et les autres recevront les renforts professoraux. Chaque école abandonnera également 1,16% de son dû en subsides et dotations… qui profiteront aux 25% d’établissements visés par le décret d’avril 2009.
Le décret, s’il passe la rampe, pourrait être d’application à la rentrée 2011-2012. Mais déjà Enseignons.be s’interroge : notre enseignement ne mérite-t-il pas une grande réforme, un traitement en profondeur (une réforme des réseaux?) plutôt que ces pommades appliquées ponctuellement? 2
A première vue, ça sent encore la déstabilisation pour beaucoup d’enseignants à la rentrée … !
Ils vont encore être bien dans leurs bottes.
Enfin le tout est une question de volonté lol
Et on continue le « détricotage » de l’enseignement. Il faut faire mieux avec moins !!!
Du provisoire qui risque de durer longtemps vu l’état des finances de la CF !
La CF pourrait peut-être revoir ses subsides dans des représentations de prestige à l’étranger ou réduire le nombre de ses parlementaires …
Juste une question : qui est concerné par cet avant-projet ? Uniquement les établissements du réseau officiel ?
… et supprimer le magazine « Profs » dont l’inutilité est toujours plus flagrante à chaque numéro !
Je viens de résilier mon « abonnement » avec un certain plaisir !
Ca existe des écoles riches?
Les écoles riches, c’est les écoles qui arrivent tout juste à s’en sortir…
Avec ce beau projet, celles qui allaient encore pas trop mal iront moins bien…
Un joli nivellement… par le bas, comme toujours…
Les riches doivent donner aux pauvres…
Montrez l’exemple madame la ministre…
donnez le même pourcentage de votre salaire aux nécessiteux !!!
à combien de « réformes » l’enseignement devra-t-il encore être soumis pour enfin voir un véritable projet pédagogique aboutir sans être remis systématiquement en question par des ministres myopes.
J’ai travaillé pendant de très nombreuses années dans une école dite pauvre, suivant l’expression hypocrite: « en D+ ». Au cours de ces années, j’ai été constamment choquée par les subsides reçus, l’encadrement, (le plus souvent absolument pas formé) envoyé et la TOTALE inefficacité (et parfois même la franche malhonnêteté) de l’utilisation de ces moyens.
Et je ne parle pas du mépris affiché par les élèves face aux diverses facilités mises à leur disposition…
Pourrions-nous espérer, ne fût-ce qu’une seule fois dans l’histoire de la politique de l’enseignement en Communauté Française, que les décideurs ne se contentent pas de « décrets à la y’aka », mais se décident à se renseigner réellement sur le fond du (des) problème(s)?
eh ben Sereine, ça me fait plaisir de lire ton message.
Mais personne ne veut voir les vrais problèmes.
Et dans le courant actuel (véhiculer par les médias) s’attaquer aux « vrais » problèmes n’est pas porteur électoralement.
Alors désolé, mais l’enseignement restera avec ses difficultés et un paquet d’argent continuera à être gaspillé.
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Dans le fondamental, personne n’est riche.
Quand on voit la débrouillardise dont doivent faire preuve les enseignants qui y croient encore pour innover ou créer…Connaissez-vous beaucoup d’entreprises où les employés doivent organiser des ducasses et se transformer en garçons de café pour récolter de l’argent, afin de réaliser un projet ?
Les reines du tri sélectif ne sont-elles pas nos institutrices maternelles que l’on charge de plus en plus au point qu’elles ne savent plus être « maternelles ».
L’enseignement fondamental est loin d’être riche en argent… et malheureusement, toutes les mauvaises publicités qu’on lui a faites:ainsiquela multiplicité des réformes ratées qu’on lui a imposées font que maintenant il n’est plus riche en agents.
Un peu tard pour réagir, mais bon…
Je partage l’expérience et le constat de « Sereine » à 100%. Quand va-t-on ENFIN demander l’avis des professeurs SUR LE TERRAIN (je précise : en classe ! Pas en détachement, en « coordination pédagogique », etc.) sur l’utilisation de ces fameux subsides ? Pourquoi nous offrir x ordinateurs (mais pas de personnel pour les entretenir, vous imaginez leur état après quelques mois…), des livres inadaptés (et pas de bibliothécaire pour les gérer), du matériel sophistiqué mais inutilisable parce qu’enfermé à clé (pas de responsable, ni de local adapté). Alors que nous aurions besoin de craies, frotteurs, poubelles, papier WC dans les toilettes, chaises et tables en suffisance dans toutes les classes, atlas de base, dictionnaires de base, armoires pour ranger notre matériel pédagogique (payé avec nos sous), etc. Il est vrai que pour obtenir ces subsides D+, il faut renter un projet clinquant, tape-à-l’oeil, « bling bling » Pour le reste « on n’a plus d’argent » et pour cause : dans la plupart des écoles D+, les bâtiments sont vétustes, mal isolés et mal entretenus. Donc l’essentiel des subsides part en chauffage, réparations d’urgence (vandalisme et/ou vétusté). Et ça ne fait qu’empirer …