Notre enseignement est suffisamment financé

Le Pr Deschamps – Facultés de Namur -, spécialiste reconnu des finances des entités fédérées est catégorique : nos écoles ne manquent pas d’argent. Et notre enseignement n’a donc pas besoin de ressources supplémentaires comme le souhaite notre ministre, Marie-Dominique Simonet, qui aimerait qu’une part de l’embellie budgétaire prévue (98 millions d’euros) bénéficie aux établissements accueillant un public défavorisé. Robert Deschamps estime qu’il n’est pas judicieux de faire plus tant qu’on n’aura pas trouvé le moyen de faire mieux, avec ce que l’on a.

On constate, à partir des budgets initiaux 2008 et 2010 que l’enseignement voit ses dépenses croître de 575 millions d’euros (+9,6%) en deux ans, alors que les recettes de la Communauté française diminuent de 185 millions et que les autres dépensent primaires diminuent de 35 millions. Sur la même période de deux ans, les dépenses de l’enseignement obligatoire croissent de 10%, celles de l’enseignement supérieur de 8,8% et celles de la recherche de 9,3%. Il s’agit d’une croissance rapide des dépenses d’enseignement, plus forte qu’au cours des sept années précédentes.

Inutile de faire plus de ce qui ne marche pas bien

Voilà à nouveau de quoi mettre à mal le cliché d’un enseignement mal financé et insuffisamment encadré. Ce n’est pas l’argent qui manque, c’est l’utilisation qu’on en fait. Et les performances mesurées dans les études internationales ne sont pas la hauteur des moyens consacrés. Sur base des données de 2004, le Pr Deschamps avait déjà démontré que la part des dépenses publiques d’enseignement dans le PIB (produit intérieur brut) en Communauté française – un peu plus de 6% – est supérieure à tous les pays industrialisés, sauf le Danemark, l’Islande, la Norvège et la Suède. Le politique affecterait donc suffisamment de moyens à nos écoles. Quand à l’encadrement des élèves, il est nettement plus favorable, dans le primaire et le secondaire, que quasi tous les pays.

Enfin, on note que la part des dépenses salariales est parmi les plus élevées des pays industrialisés. Verdict : ce n’est pas là qu’il faut chercher la cause du problème… ni le remède. M. Deschamps irait davantage chercher du côté de l’organisation du système.1

Il souffre de nombreux cloisonnements, de rigidités et de comportements corporatistes. Il importe de modifier l’organisation, et non pas de continuer à faire plus de ce qui ne marche pas bien.

Voilà qui apporte de l’eau au moulin des « vases communicants » ou décret « Robin des Bois ». L’idée d’aller chercher chez les écoles « riches » ce qui manque aux écoles « pauvres » prend ici tout son sens puisque selon l’économiste, l’enseignement n’a pas besoin d’argent frais mais d’une meilleure utilisation des moyens. Il plaidait d’ailleurs déjà, fin 2008, pour un incitant financier à la mixité, sous forme de moyens et de profs supplémentaires pour les écoles à public socialement mais aussi scolairement plus faible. Pas sûr que les syndicats soient sur la même longeur d’onde.2

  1. Le Soir – 21.04.10 []
  2. La Libre – 21.04.10 []

Commentaires

  1. Biermans dit :

    Dans l’enveloppe de l’enseignenment, est-ce vraiment aux écoles « riches » qu’il faut prendre l’argent ou plutôt dans le fonctionnnement complètement inutile d’un tas de structures ?

    Puis combien coûte le fonctionnement des différents cabinets (ministériels of course) ?

  2. hindriks dit :

    1250 personnes sont occupées au ministère de l’enseignement de la Communauté française (pour 4.125.330 habitants) contre 400 en Finlande (pour 5.269.050 habitants). Bref 3 X plus de fonctionnaires de l’enseignement chez nous qu’en Finlande pour une population 20% plus petite.
    Je propose de déplacer les effectifs des administrations vers les classes d’école. Bref retour des personnels détachés dans les classes pour faire leur métier qui est d’enseigner.La qualité de l’enseignement se fait dans la classe.

  3. Catherine Tilquin dit :

    Et bien pour une fois je suis d’accord avec vous hindriks.

  4. Biermans dit :

    Et voila 800 temps pleins pour les écoles en D+.
    Pourquoi chercher si loin, une solution si simple ? Elle devrait rentrer en vigueur dès septembre 2010.

  5. Xavier dit :

    http://www.lerarendirect.be/archief/2010/5-mei-2010/straks-een-computer-per-leerling?utm_source=Lerarendirect&utm_medium=email&utm_content=straks-een-computer-per-leerling&utm_campaign=2010/5-mei-2010

    En Flandres, 1 PC pour 3 élèves en secondaire.

    En CF, dans 2 à 3 ans, peut-être un PC par 15 élèves.

    Pas étonnant quand on sait qu’en CF on paye en moyenne 2.000 € pour un PC. Au prix du marché on peut en acheter 5 fois plus.

    Pas plus compliqué que cela.

    mais qui s’en inquiète?

  6. FT dit :

    Utile: « Key Data on Education in Europe 2009″
    http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/key_data_series/105FR.pdf
    Les conclusions sont différentes selon l’angle sous lequel ces chiffres sont regardés:
    - Comparés au PIB, à la dépense publique ou par élève (c’est uniquement dans ce dernier cas que la Belgique est effectivement en tête)
    - Il est à noter que certains pays n’incluent pas les pensions dans le coût total
    - La complexité de notre système éducatif (et au-delà), pour une population proportionnellement faible augmente forcément le coût unitaire
    - Si on incluait le coût de la formation des enseignants dans le coût total, alors nous serions nettement plus bas, probablement sous la moyenne. Du coup, le coût de notre enseignement mis en rapport avec les résultats (PISA ou autres) pourraient être regardés sous toute autre perspective.
    D’autre chiffres donnent également de bonnes indications. Intéressant, mais comme toute statistique, ce ne sont que des chiffres loin de la réalité ou des réalités.

  7. Je ne comprends pas comment il est possible que personne ne contredise ces chiffres. Lors des grèves de 96, il avait été souligné à l’envi que ces comparaisons sont impossibles à faire pour les raisons suivantes:

    - tous les pays n’organisent pas d’écoles gardiennes
    - en Allemagne par exemple l’enseignement professionnel et technique ne relève pas financièrement des pouvoirs publics mais des entreprises; l’enseignement général n’est donné que le matin…
    - peu de pays organisent des cours des (différentes) religions ou de morale laïque (peut-être même aucun)
    - dans un certain nombre de pays certaines dépenses ne sont pas affectées au budget de l’éducation nationale (comme le transport scolaire par exemple ou le payement des éducateurs voire du cadre administratif, du personnel de maintenance etc.).

    Je ne me souviens pas de tous les arguments .

    En outre, sur la base des mêmes chiffres, l’enseignement supérieur de la Communauté est lui, le plus pauvre en Europe. Certaines performances en anglais par exemple sont fatalement inférieures puisque de très nombreux élèves ne choisissent pas l’anglais comme deuxième langue comme dans dans de nombreux pays (et la Flandre a un rapport au français qui n’est pas le même que celui des Wallons au néerlandais). La différence avec la Flandre sur certains points s’explique par la présence de nombreux étrangers. Le redoublement fausse les résultats des tests PISA (j’avais lu au début des années 2000 une série d’arguments de ce genre en faveur de l’enseignement francophone dans De Standaard). Voilà, simples objections qui sont surtout des questions.