Nous vous en parlions le 7 mai dernier. Le Centre d’Étude et de Défense de l’École Publique (CEDEP) proposait de regrouper tous les réseaux d’écoles subventionnées par l’autorité publique (officiel et libre) en un seul réseau de service public. Toutes les propositions de cette organisation – qui sont la conséquence d’une réflexion de deux années – qui regroupe onze associations qui interviennent, à titres divers, dans la formation des jeunes (Centre d’Action Laïque, CGSP-Enseignement, FAPEO, Profs issus de l’ULB, etc.) ont été présentées hier au monde politique et syndical ainsi qu’à la presse. Première proposition : rassembler toutes les écoles dans un réseau unique de service public. C’est la piste qui suscitera le plus de réticences parmi les suggestions du CEDEP mais pour Guy Vlaeminck, Président de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation Permanente (LEEP), les temps semblent mûrs « parce que notre système scolaire est organisé depuis plus d’un demi-siècle par un Pacte scolaire qui a figé les valeurs véhiculées à l’époque. Or, aujourd’hui, on retrouve dans l’ensemble des réseaux des valeurs de plus en plus convergentes, qui procèdent de normes beaucoup plus universelles. » Ce regroupement des réseaux serait le garant de la neutralité de notre enseignement où les élèves seraient invités à suivre un cours « à la démarche philosophique, à la réflexion morale, à la citoyenneté démocratique et au respect des différences ». Autre cheval de bataille : la gratuité totale de l’enseignement y compris pour les activités parascolaires.
Objectif avoué : mettre fin à la concurrence stérile entre les écoles des différents réseaux et rassembler les moyens humains, technique, matériels et logistiques ainsi dispersés. En bref, organiser ce qui se fait de mieux en commun en laissant une large autonomie pédagogique aux écoles et aux enseignants. Dans la foulée, le CEDEP voudrait que les pouvoirs organisateurs des écoles soient élus.
Une seule formation pour les enseignants
Afin de lutter contre la pénurie d’enseignants qui touche gravement nos écoles – trop de jeunes profs abandonnent leurs classes dans les cinq premières années de leur carrière – le CEDEP estime que « la profession doit être revalorisée, moralement, matériellement, et socialement, afin de la rendre suffisamment attractive sur le marché de l’emploi. » Il propose ainsi, partant du postulat que la qualité d’un système scolaire est intrinsèquement liée à celle de son corps enseignant, de renforcer la formation des instituteurs et régents. Tous devraient suivre une formation de niveau universitaire, être titulaires d’un master en sciences de l’éducation pour les premiers, d’un master à finalité pédagogique obtenu dans leur discipline pour les seconds. Cette formation initiale et continuée en pédagogie serait assurée par un centre de formation communautaire unique qui aurait la tâche de définir des critères de formation pédagogique qui se déclineraient dans tous les lieux de formation des futurs enseignants.
Un redoublement interdit
On le sait, le redoublement est une vraie plaie pour la Communauté française. Chaque année, il saigne le budget d’un peu plus de 375 millions d’euros. L’idée du CEDEP n’est pourtant pas de le supprimer purement et simplement. En procédant à un dépistage précoce des difficultés de l’élève et en mettant en place rapidement des remédiations personnalisées, il pense arriver à « tendre » vers sa suppression. L’enseignant ne sera pas seul à la barre mais pourra être épaulé par d’autres intervenants comme des psychologues, logothérapeutes, infirmières, assistants scolaires, etc.
L’évaluation sera positive : elle valorisera davantage ce que l’étudiant sait plutôt que ce qu’il ne sait pas. Au secondaire, le tronc commun sera prolongé jusqu’à la fin du deuxième degré afin de retarder les choix (plus ou moins) définitifs que pourrait poser l’étudiant avant ses 16 ans.1
Le CEDEP est en train de présenter ses propositions au monde politique. Il aimerait que le gouvernement de la Communauté française introduise ces principes dans la suite 2009-2014 du « Contrat pour l’école » avant de fondre la réforme dans un décret-cadre qui serait voté par le parlement de la CF. Il créerait le Centre de formation pédagogique chargé de former les enseignants. Les autres modalités du plan seraient ensuite exécutées en étapes successives par le gouvernement et le parlement de la Communauté. Une opération qui pourrait être achevée dix ans après le vote du décret-cadre, estime le CEDEP.2
« Avant de parler de fusion entre réseaux, aidons-les à collaborer »
Pour Prosper Boulangé, secrétaire général de la CSC-Enseignement, toutes ces idées ne sont pas neuves. Les constats posés par le CEDEP ont donné naissance en 2004 au « Contrat pour l’école » porté par Marie Arena (PS), contrat prolongé dans la déclaration de politique générale du gouvernement de la Communauté française qui prévoit, à ce sujet, une évaluation à mi-législature.
Ma réaction? Il ne faut pas atteler la charrue avant les boeufs. D’abord parce que les concurrences entre établissements, souvent au sein des mêmes réseaux, sont souvent plus vives que les concurrences entre réseaux eux-mêmes. Ensuite parce que, avant de vouloir parler fusion, il faudrait d’abord que les réseaux apprennent à se parler, et à mieux se connaître. (…) Des collaborations ponctuelles se sont mises en places, dans le cadre du projet de bassin scolaire. En réaction à la proposition du CEDEP, j’aurais tendance à dire « Chiche! » : commençons par bien collaborer sur ces projets de bassins scolaires avant de parler de fusion des réseaux.
Un seul réseau à l’image de celui de la communauté française actuelle ????? Est-ce cela qu’on souhaite au CEDEP ?
Qu’est-ce qu’il y a derrière cette prétendue neutralité salvatrice ???
J’ai une autre proposition : uniquement un réseau d’écoles libres, plurielles et autorisées à affirmer des spécificités convictionnelles ou philosophiques, ou pas…. Des écoles toutes gérées par des collectivités ou des ASBL bien ancrées dans leur environnement et dotées d’une réelle autonomie.
Mais cela ne plairait pas aux syndicats pour qui il est plus facile d’agir face à un pouvoir centralisé que face à une multitude de communautés autonomes.
Chouette ! Les écoles libres seraient enfin financées comme les autres. Si la communauté française est assez riche, pourquoi pas ?
Un seul réseau, pour autant de moyens ?
La formation universitaire OUI si et seulement si la pratique professionnelle a la part belle en fin de cycle !
Si c’est comme en 1984 avec les régendats … il faut tout faire passer à 5 ans et on verra bien comment occuper ces années supplémentaires après lol. C’est malheureux car l’objectif était juste d’augmenter le nombre d’années d’étude.
Fusionner les réseaux? Excellente idée parce que 1) Nous (la communauté française) ne pouvons plus nous permettre le luxe de deux réseaux distincts. 2) Cela supprime les situations farfelues du genre « ou t’es un enseignant du libre ou t’es un enseignant de l’officiel, c’est un ou exclusif ». 3) A ma connaissance, les ASBL de l’enseignement libre sont les seules à recevoir de l’argent public (subventions) sans qu’un quelconque contrôle de l’utilisation des deniers soit effectué par l’état.
@Olivier
Non, tu peux enseigner dans le Libre ET dans l’Officiel: c’est mon cas.
Je ne sais pas où tu vas chercher que les « asbl » du Libre reçoivent plus d’argent dans l’Officiel ????
@Xavier: Les ASBL en général doivent rendre des comptes envers le pouvoir qui les subsidie (région wallonne, communauté française, communes). Et je n’ai pas écrit que le libre reçoit plus d’argent que l’officiel.
Concernant le fait que tu enseignes dans les deux réseaux, tu dois être une exception (comment se passe la nomination, quid point de vue ancienneté,…). Par contre, concernant les anciennetés, à ma connaissance, changer de réseau implique l’abandon de facto de son ancienneté. Absurde non?
@Olivier
Tu as raison, je dois être une exception et au niveau admin, c’est la folie: dossiers en double, demandes de nomination en double, nommé pour x heures dans un réseau et y heures dans l’autre…
Pour l’ancienneté pécuniaire en tout cas, je n’ai rien perdu (j’ai été dans le réseau libre après).
Avant de penser de fusionner les réseau, il faudrait supprimer les absurdités: par exemple il est impossible (parce que je crois que légalement permis) de choisir un programme de cours d’un autre réseau.
Même si ce programme est reconnu plus adapté aux élèves que l’on a.
Pour les formations, idem. En dehors des formations inter réseaux, chaque réseau organise ses propres formations, mais généralement les directions e l’Officiel refusent que leurs profs aillent suivre une formation du Libre et les réseaux officiels refusent l’inscription de profs du Libre.
Note que l’inverse n’est pas vrai: souvent les directions du Libre accepteraient que leurs profs suivent des formations dans le réseau officiel…
Alors que le présent site montre bien qu’il n’y a pas (trop) de clivage vs Libre Officiel. Et ceux qui ont ce clivage en tête ne connaissent pas les deux réseaux…