Peut-on être candidat tête de liste et ministre?

Tous nos ministres régionaux et communautaires (sauf le socialiste Jean-Claude Marcourt) seront candidats aux prochaines élections législatives du 13 juin. Pour une grosse majorité d’entre-eux, ils répondent ainsi à l’appel de leur parti, désireux de rassembler toutes les forces vives (et les gros faiseurs de voix) en vue d’une bataille électorale que personne ne veut perdre. Et on peut déjà dire que trois profils se distinguent parmi ces candidats-ministres que tout citoyen aurait préféré voir s’atteler plutôt à ses dossiers que de prendre part à la campagne. Il y celui qui se place en ordre utile, comme Benoît Lutgen (CDH), tête de liste dans le Luxembourg… mais qui quittera ses fonctions ministérielles au lendemain du scrutin, appelé à prendre la présidence du CdH.

Le samedi, le dimanche, moi, je suis à 100% dans mes fonctions ministérielles. La campagne électorale, elle viendra en son temps. En dehors de ça, je ne suis pas friand d’aller un peu partout, sonner aux portes, etc. Ce n’est pas mon job et ce n’est pas mon rôle.

Il y a ceux qui viennent en soutien de liste comme Jean-Marc Nollet et Philippe Henry (Ecolo), les socialistes Rudy Demotte (19e effectif dans le Hainaut) et Eliane Tillieux (dernière suppléante à Namur). Ils jouent le jeu mais ne se présentent pas sur une place éligible. Ils affirment ainsi favoriser le mandat que leur a donné la population en juin dernier… et confirment qu’ils ne souhaitent pas bouleverser leurs agendas, malgré les élections qui approchent. Le ministre Nollet insiste :

En semaine, je n’ai pas le temps. Mais je l’avais dit aux amis en leur disant « moi, je viens en soutien mais je ne sais pas faire plus »… Parce que le travail m’attend. Voyez, les signataires sont là, je dois absolument les terminer.1

L’opposition libérale, n’y croit guère. Willy Borsus, vice-président du MR :

On sent que les personnes sont mobilisées, les ministres sont occupés à leurs campagnes… certains collaborateurs sont même sollicités. Et donc, il est difficile d’être à 100%, parfois tête de liste pour certains ministres, avec peut-être déjà un pied ailleurs, et en même temps être investi totalement dans son département.

Est-ce bien éthique d’être candidat et ministre?

Il y a enfin le troisième profil, le ou la ministre qui s’engage en ordre utile sur les listes de son parti, tout en revendiquant de pouvoir continuer à travailler à plein-temps à ses dossiers. Dans cette catégorie, nous retrouvons Fadila Laanan (PS), ministre de la Culture et de l’Audiovisuel et notre ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet, 2e candidate effective à Liège pour la chambre. Doit-on penser que la ministre démissionnera si elle est élue députée fédérale? Ou qu’elle laissera sa place à son suppléant? Encore une fois, le jeu n’est pas clair. On le sait, le CdH ambitionne de conquérir un troisième siège à Liège. L’arrivée de Jean-Denis Lejeune (le père de l’une des petites victimes de Marc Dutroux) en 3e position, offre de bons espoirs au parti humaniste. Mais peut-on vraiment être candidate militante et ministre en même temps? Mme Simonet n’a-t-elle pas d’autres priorités en cette fin d’année scolaire? Vous direz « Mais ils le font tous, depuis toujours ». Et alors? Les profs ne méritent-ils pas une ministre « full time »? Les électeurs ne méritent-ils pas de savoir exactement pour qui ils votent? Nous avons souhaité interroger la ministre hier lors d’un chat organisé sur le site de son parti. Nous lui avons demandé si, étant membre du CdH, le parti de la « tornade éthique », elle trouvait cela bien respectueux de l’électeur et des enseignants de brouiller ainsi le message en s’affichant désireuse d’être élue députée fédérale. Ministre ou candidate? Candidate et ministre? Nous n’avons pas reçu de réponse.

  1. RTL-TVI – 18.05.10 []

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3 réponses à Peut-on être candidat tête de liste et ministre?

  1. baujoe dit :

    C’est sans doute à l’électeur de montrer sa désapprobation devant de telles pratiques ; à nous de choisir des candidats qui sollicitent réellement un mandat et qui ne jouent pas aux chaises musicales à chaque période d’élections !
    Comment peut-on bien faire son travail de ministre régional ou communautaire si en même temps on fait (ou on suit de près) la campagne électorale ?
    Que dire aussi des ministres qui sont aussi président de parti ?
    Que je sache, il n’y a que 24 h dans une journée ou alors le travail de ministre n’est qu’une broutille !!!
    Que l’on brigue un poste de parlementaire tout en gardant son poste de conseiller communal( ou provincial) d’accord ( c’est un des moyens pour rester en contact avec la population); par contre être échevin ou bourgemestre d’une grande commune cela devrait suffire au niveau du travail.
    Tous les « cumulards » doivent tôt ou tard sacrifier une partie de leurs tâches. J’ose espérer que notre ministre de l’enseignement ne nous sacrifiera pas sur l’autel électoral !

  2. missmarianne dit :

    En politique, les règles sont une base, pas une obligation semble-t-il.

    Non, ce n’est pas normal ou éthique.

    Mais rappelez-vous que Maria Arena et Marie-Dominique Simonet n’ont pas été élues par la population. Pour leur 1er mandat, elles ont été cooptées sans avoir été sur les listes électorales !!
    Alors…

  3. Biermans dit :

    suite de missmarianne il en a été de même pour M.Magnette qui ose après faire la leçon aux petits partis pour aller récolter des signatures.
    Il disait dimanche sur la rtbf que c’était un bel exercice démocratique … où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir (il n’a pas été sur le terrain puisque coopté)