Infor-Jeunes : la caméra cachée qui embarasse les écoles

Les équipes d’Infor-Jeunes Bruxelles et Laeken ont décidé de nous dévoiler les petits secrets des inscriptions scolaires. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est encore loin, dans certaines écoles, de la mixité et de l’ouverture à tous les publics tant vantée par notre gouvernement. Ainsi, plusieurs établissements fort cotés de notre capitale n’hésitent pas à contourner le décret « Inscriptions », continuant de « trier » et sélectionner leur public lors du premier entretien. Focus : une équipe de pseudo-parents, équipés d’une caméra, se rendent dans cinq écoles bruxelloises « réputées complètes » (entendez par là qu’il n’est théoriquement plus possible d’y inscrire son enfant). Ils sont accompagné d’un jeune élève issu d’un « milieu populaire ». Première surprise, on leur annonce qu’une inscription est encore possible. Mais très vite, le/la secrétaire se fait exigeant(e), demandant à pouvoir obtenir une copie du bulletin de 5e primaire (ce qui est interdit!) et… une lettre de motivation! L’école se justifie, expliquant que ces documents leur permettent d’avoir « déjà une idée des élèves qu’ils reçoivent… ». Durant l’entretien, le responsable des inscriptions insiste sur les résultats, sur le comportement de l’élève… qui pourrait poser problème dans un établissement « belgo-belge à 90% ».

Si cela ne suffit pas, on essaie d’effrayer les parents en mettant en avant des frais d’inscription importants, des voyages scolaires obligatoires onéreux, le paiement des livres scolaires, des photocopies…

Une sélection odieuse et inacceptable !

Il n’est en revanche jamais question face aux caméras cachées de l’indice qui permet aux familles venant d’écoles primaires socio-économiquement défavorisées d’être prioritaires à l’inscription. En revanche, des familles plus aisées se voient offrir des informations portant sur les critères géographiques et de proximité parentale.

On est bien loin de la mixité sociale… et ces écoles ne l’encouragent de toute évidence pas. Chantal Massaer, responsable Infor-jeunes Laeken explique :

Il y a des signes de dénégation, un hochement de tête qui dit que, effectivement, la personne n’est pas la bienvenue, il y a un bic qui est tapé sur le bureau… et donc tout ça va de pair avec le fait qu’on donne de mauvais cœur les renseignements pour… atteindre seulement le bureau du directeur. Certaines écoles continuent à pratiquer une sélection sociale, plus ou moins lourde.1

Tout dépend donc de la personne qui se présente. Certains élèves devront faire face à de nombreux obstacles en raison de leur origine socio-économique, ce qui est inacceptable.

Infor-Jeunes appelle au renforcement de l’information des critères du décret auprès des familles et à une plus grande centralisation des inscriptions. Il faut « limiter l’impact de l’entretien« , soutient l’association.2

  1. JT RTBF – 8.06.10 []
  2. La Libre – 8.06.10 []

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18 réponses à Infor-Jeunes : la caméra cachée qui embarasse les écoles

  1. Granier dit :

    « Limiter l’impact de l’entretien », « centraliser davantage ». Pas très démocratique tout ça. Très bureaucratique par contre. Il me semble normal qu’un directeur d’école puisse encore décider si un candidat convient ou pas à son établissement…je pense que cette caméra cachée n’embarasse pas grand monde en fait…

  2. JJ dit :

    A « Tout le monde veut prendre sa place », ce sont des candidats.
    Dans les écoles, ce sont des élèves.

  3. Philus dit :

    Rien d’anormal à tout ceci. L’école c’est la vie, la « discrimination » c’est la vie, tout au long de la vie d’un homme il faut se battre, se démarquer et briller pour sortir de la mêlée. Cette approche spécifique lors de l’inscription reflète la réalité de la vie: chacun doit s’en sortir par soi-même et quitter cet état véfétatif qu’est l’asistanat et le profitariat.

    Arrêtons le nivellement scolaire par le bas, favorisons les écoles élitistes qui produiront les véritables cerveaux de demain. Ne sacrifions pas les bons établissements en les transformant en jungle ou en dégradant leur réputation!

    Non tout le monde n’aura pas sa chance, la vie est faite comme ça et la nature qui nous entoure se targue de nous le rappeler chaque jour, si on a le courage de regarder cette réalité bien en face.

  4. Frédéric dit :

    Non, il n’est pas « normal qu’un directeur d’école puisse décider si un candidat convient ou pas à son établissement ». Ceci s’appelle de la discrimination !
    Si certains établissements (principalement de Bxl et du BW) veulent rester exclusivement des écoles de nantis, qu’ils sortent de la sphère publique.
    Ainsi, ils seront « libres » de trier leurs candidats « bien nés », mais ils arrêteront surtout de bénéficier de l’argent de tous !

  5. Frédéric dit :

    Philus, s’il n’est pas ironique, votre commentaire fait froid dans le dos !
    Mais vous avez raison… Tous ces jeunes des cités, ces enfants d’immigrés, ces fils et filles de chômeurs, ces bénéficiaires du CPAS… par leur médiocrité scolaire, nivellent notre enseignement par le bas. De plus, à cause de ces lois gauchistes et absurdes, ils viennent polluer nos « bonnes » écoles. Bourgeois, Bourgeoises… Vraiment, il faut réagir ! :-)

  6. Gomme dit :

    Une secrétaire qui déconseille une école élitiste (donc exigeante) à un garçon qui vient de l’enseignement spécial est une personne qui prend ses responsabilités.

  7. Defaut dit :

    Je voudrais en premier lieu présenter mes excuses à toutes les personnes que je blesserai à la lecture de mon propos.

    Je tiens à préciser également que je ne suis en rien un « intéressé » : je ne suis pas enseignant.

    Je suis parent et grand parent avec un souci – non subsidié – d’assurer un avenir à la société dans laquelle je vis et vis à vis de laquelle je me sens responsable d ‘avenir ; je crois partager le souci du jeune !

    La méthode infor jeune est une méthode dangereuse car elle porte atteinte au droit fondammental de la personne, celui de la vie privée.

    Mon propos ne vise pas uniquement la fome employée, mais en tant que soucieux de l’avenir des jeunes, les responsables de ce service, utiles certes, devraient être au moins respectueux du droit qu’ils réclament pour ceux qui leur permettent d’exister.

    L’incompétence n’est en rien une cause, mais un résultat.

    Ne pensez-vous pas que dans le souci de l’avenir d’un jeune de 5e (!), une évaluation sur les possibilités de développement des compétences, une vérification de son « socle » de compétences s’imposent.

    Sur le marché de l’emploi, chomeur, il pourra toujours avoir recours à vos services, ce sera son droit.

    J’aimerais simplement que vous puissiez prendre conscience que vous avez le devoir de mériter le nom de votre organisation : informer les jeunes !

    C’est plus qu’un devoir, c’est un service … mais pour cela il vous avoir l’intelligence du coeur et cela, je vous le concède, ne s’apprend pas à l’école.

  8. Rosalie dit :

    On a pris l´habitude de dénigrer les demandeurs d´emplois alors qu’à la base nous sommes tous des demandeurs d´emploi. Tous les jours des travailleurs marchent sur nos rues pour rappeler à nos élus d´assurer leurs emplois, mais ce n´est pas toujours avec succès. Avec toutes ces firmes et multinationales qui ferment, on peut tous, demain, être demandeur d´emploi. N´oubliez pas ca lorsque vous dénigrez vos pairs moins chanceux. Et si l’éducation scolaire joue un rôle dans le futur actif des enfants, c´est une raison de plus de ne laisser ces enfants être soustrait à une bonne éducation.
    Aujourd’hui, lorsque vous trouvez normal de discriminer certains enfants déjà au niveau scolaire, ne vous plaignez pas qu´ils deviennent de futur chômeurs sans qualifications et donc encore plus dur à caser.
    On se croirait de retour au Moyen-Age!

  9. Roger dit :

    Quelques remarques : un directeur d’école est un fonctionnaire qui se doit d’appliquer loyalement les directives votées par un parlement démocratiquement élu. S’il estime que cela va à l’encontre de ses convictions, il a le droit de s’exprimer dans le champ politique, de militer, de démissionner, ect… mais en aucun cas il n’a le droit de faire appliquer ses propres règles.

    Il me semble que certain voudrait bien un enseignement privé financé par la collectivité. Cherchez l’erreur.

    Enfin, je ne vois pas en quoi les frais scolaires élevés, les sorties obligatoires onéreuses, la composition ethnique de l’école ont un rapport avec le potentiel scolaire d’un élève Ou alors, on devrait y voir racisme et privilège social. Mais j’imagine que personne ici ne tombe dans de tels travers..

    « La méthode de ces écoles est une méthode dangereuse car elle porte atteinte au droit fondamental de la personne, celui de l’équité ! »

  10. Anne dit :

    La fin justifie les moyens … et droit des jeunes outrepasse la loi avec des subventions publiques

    Cet organisme n’est-il pas comme les écoles soumis aux mêmes règles ?

  11. Eddy dit :

    Il est normal pour un directeur/directrice d’école de jauger le futur élève et ses capacités scoalires suivant le programme qui est prodigué dans son école. Il est inadmissible qu’il s’appuie sur des critères matériels, linguistiques ou géographiques pour décider si oui ou non, un élève est admissible.

    Il semble que les établissements appelés « bonnes écoles » le sont plus par réputation et par fréquentation que pour la réelle efficacité de leur enseignement… Il y a un tas d’autres écoles, qui n’ont pas pignon sur rue et qui prodiguent un enseignement de qualité… Mais peut être et pour continuer dans l’élitisme, c’est mieux de dire que t’es sorti de St Mich que de Ste Gudule???

    Il est triste de lire : » que les enfants des cités, les enfants d’immigrés, les bénéficiaires des cpas et chomeurs nivellent l’enseignement par le bas… »…
    Les enfants de « bonnes familles » ne sont donc que de bons élèves. Dans les bonnes écoles, il n’y a jamais d’échecs? d’élève au comportement difficile voire carrément inadimissible?

  12. Di dit :

    Que pensez-vous de ces profs qui sont dans l’impossibilité de donner cours parce qu’ils doivent s’interrompre toutes les 5 minutes à cause d’élèves « turbulents » ? Je trouve qu’il faudrait créer des classes « protégées » pour les élèves motivés et surtout des classes « disciplinaires » ceux qui déjà à 8 ans insultent leur institutrice de « grosse vache » (du vécu dans une école communale bruxelloise) avec la bénédiction de leurs parents, voire de l’admiration!!! Ok pour une discrimination par les résultats et le comportement ! Non à la discrimination par le niveau social ou l’origine !

  13. lig dit :

    Que penserait-on d’obstétriciens qui n’accepteraient d’accoucher que des femmes jeunes, qui connaissent une grossesse sans problème et se désengageraient des cas plus problématiques..? Que ce sont de bons médecins, l’avenir du pays et de la médecine ?

  14. Xavier dit :

    Revenons un peu au simple bon sens.

    Ceux qui sont parents ici ou enseignants savent que les écoles sont différentes, qu’il n’y a pas de « bonnes écoles », mais des écoles qui conviennent à certains et pas à d’autres.

    Certains élèves pourront s’épanouir dans une école de l’autre langue (NL), d’autres pourront le faire dans une école avec une discipline d’enfer, d’autres encore auront besoin d’un encadrement plus familial, etc.

    On m’a souvent demandé conseil pour le choix d’une école, j’ai conseillé 7 ou 8 écoles différentes selon les cas. Et seulement 7 ou 8 parce que je n’en connais pas beaucoup plus.

    Alors, il est normal que les chefs d’établissement puissent conseiller l’un ou l’autre élève.

    Autour de moi, je n’ai jamais, au grand jamais, entendu de discrimination. même si certains parents ressentent mal le fait qu’on leur dise que leur enfant, bohème et créatif sera mieux dans une école plus petite ou la discipline est un peu moins nécessaire.

    Mais il est plus facile de faire croire que des discriminations existent. cela rapporte des voix, seul et unique objectif de ce décret.

  15. paul dit :

    Et si on revoyait le décret qui massacre le 1er degré ?
    On laisse croire aux parents que tout le monde peut réussir dans l’enseignement général et que s’il y a quelques difficultés, une 3e année est là pour palier. C’est un leurre ! Une vaste blague.
    Tous les enfants n’ont pas les mêmes capacités, les mêmes goûts, les mêmes manières d’apprendre… Chacun doit donc trouver sa voie et son école.
    Maintenir, par exemple, 3 ans dans le général, des enfants qui n’attendent qu’une chose, aller en technique ou professionnel, c’est créer des problèmes !
    Je sais de quoi je parle, un de mes fils est dans le cas !

  16. Dim dit :

    Ce que je vais dire va sans doute en choquer, mais pour réellement obtenir une certaine mixité sociale, à Bruxelles en tout cas, il faudrait interdire à une école d’avoir plus de 15 ou 20% d’élèves n’ayant pas le français (ou le néerlandais selon l’école) comme langue maternelle. Enseignant dans une école ou 90% des élèves ne connaissent que très peu le français (alors qu’ils sont souvent nés à Bruxelles) et qu’ils ont parfois obtenu le CEB par je ne sais quel miracle (ils sont incapables de comprendre un texte ou d’écrire une phrase correcte), je constate tous les ans que leurs seuls progrès se font lorsqu’ils sont isolés ou minoritaires dans un groupe réellement francophone. Tant qu’ils ne comprendront pas que le problème de base de l’échec scolaire à Bruxelles, c’est la concentration d’allophones dans les établissements, nos politiciens échoueront dans toutes leurs politiques de lutte contre l’échec ou la discrimination.

  17. Roger dit :

    « Autour de moi, je n’ai jamais, au grand jamais, entendu de discrimination. même si certains parents ressentent mal le fait qu’on leur dise que leur enfant, bohème et créatif sera mieux dans une école plus petite ou la discipline est un peu moins nécessaire. »

    Ces propos confirment l’utilité de la méthode utilisée par Infor-Jeunes, la caméra cachée. En effet, les frais scolaires élevés, les sorties scolaires obligatoires onéreuses, le pourcentage d’enfants « belgo belge ( ??) » ne rentrent en effet pas dans le cadre d’un conseil pédagogique acceptable.

    Et personnellement, j’ai rencontré plusieurs parents à qui on avait « conseillé » de changer d’établissement au vu de résultats scolaires « insuffisants » (moins de 70%).
    N’est–ce pourtant pas le rôle de TOUTES les écoles de lutter contre l’échec scolaire ? (si toutefois on considère que 68 % est un échec scolaire). C’est sûr, revenons un peu au simple bon sens !

  18. Xavier dit :

    Tu as raison Roger, autant laisser des élèves qui ne s’adapteront pas à certains types d’écoles.

    Ils seront « cassés » et viendront dans une des écoles où je donne cours, où nous mettons des mois à redonner confiance à ces élèves.

    Quand je disais revenir au « bon sens », c’est par mon expérience, que je ne me permettrai pas de généraliser. Mais au moins sur une expérience et pas des dogmes.