La CIRI offre 609 places aux sans école

La CIRI a annoncé ce matin qu’elle allait user de son pouvoir d’injonction pour forcer les écoles complètes – celles qui doivent aujourd’hui inscrire des enfants sur une liste d’attente – à créer une place supplémentaire, par classe, en 1ère secondaire. La Commission espère ainsi créer 286 nouvelles places dans les écoles les plus convoitées de Bruxelles, 209 dans le Brabant wallon et 114 dans le reste de la Wallonie. En tout, 609 places qui devraient permettre à la grande majorité des 668 enfants actuellement sans école d’être accueillis en septembre dans l’un des établissements qu’ils avaient, au moment de l’inscription, cités comme étant leur 1er ou leur second choix. Ajoutons que cette année, 5,5% des élèves du primaire ont échoué au CEB. Cela signifie que la place de ces élèves sera également libérée.1

La Commission interréseaux des inscriptions a parfaitement le droit de demander à certains établissements scolaires d’ajouter une chaise dans chaque classe de 1ère secondaire. Ce pouvoir lui est attribué dans le décret organisant les modalités d’inscription au secondaire, voté en mars dernier. Ces places vont être attribuées selon des critères de sélection : « C’est la CIRI qui va attribuer ces places et le travail d’attribution, qui concerne quand même des centaines d’élèves, prendra certainement plusieurs jours. Les parents recevront des informations par courrier dans une durée indéterminée », a déclaré Jacques Vandermest, Directeur du service inscriptions de la Communauté française au micro de Benjamin de Broqueville pour RTL-TVI.2

La ministre a-t-elle eu peur?

On peut cependant s’interroger sur les vertus pédagogiques d’une telle mesure. Était-il intelligent de demander aux écoles d’accueillir des élèves supplémentaires quand on sait que certaines classes sont déjà surpeuplées et que l’incapacité des enseignants à accorder une attention suffisante à tous leurs élèves conduit bien souvent à l’échec? Fallait-il vraiment donner ce signal à la communauté éducative que, finalement, il est vrai qu’il existe des écoles supérieures à d’autres et que le seul moyen pour contenter les parents est de « les remplir au maximum et au-delà de leurs capacités » au détriment des autres, dont on aurait tout aussi bien pu faire la publicité. Car à côté de ces établissements bondés, il restera un peu plus de 1.800 places libres dans les établissements de la capitale. Si la ministre avait voulu affaiblir la réputation des écoles les moins demandées, elle ne s’y serait pas prise autrement.

Ce n’est donc rien de dire que la mesure est accueillie froidement dans les écoles concernées. Certaines classes ne peuvent accueillir qu’entre 20 et 24 élèves… Mme Gallas, professeur de mathématiques en 1ère secondaire au Lycée Martin V, dans le Brabant wallon, ne cache pas son mécontentement :

On doit surveiller un élève de plus. Ce n’est pas évident car on ne peut pas s’occuper vraiment de vingt-quatre élèves, voir leurs difficultés, leurs besoins, etc. Donc, avec vingt-cinq élève, ce sera encore plus compliqué.3

CQFD. Pour de nombreux chefs d’établissement, cette décision est un coup de canif au décret mixité… qui n’a plus de mixité que le nom. Francis Lee, Préfet de l’Athénée Royal de Woluwé-St-Pierre :

Ici, on est en train de faire exactement le contraire en renforçant la prétendue attractivité de certains établissements et en renforçant du même coup le concept ou l’idée que les parents ont que ce sont des écoles qu’il faut absolument obtenir parce qu’elles seraient supérieures et de meilleure qualité.4

Les écoles victimes d’un « coup des vacances »

Les syndicats ne sont pas plus tendres. Pour la CSC-Enseignement, Prosper Boulangé accuse la ministre de mener une politique aux antipodes des objectifs de mixité sociale fixés par le décret. Et, circonstances aggravantes, la mesure a été prise sans aucune concertation, à la veille des congés scolaires. Dans le jargon de l’enseignement, on appelle cela un « coup des vacances ».

La ministre a-t-elle eu peur des mouvements d’humeur de certains parents d’enfants sans écoles? Sans doute a-t-elle voulu calmer le jeu face aux menaces de procès qui s’annonçaient depuis quelques jours. On le sait, le décret était construit sur du sable. Offrir aux mécontents une place dans l’école de leur choix, c’est s’assurer leur docilité dans les prochains mois. Pas mal joué… mais personne n’est dupe. On saura si cela suffira quand même à calmer les papas et mamans les plus remontés. Si le combat continue ou si les collectifs et autres asbl créés dans la foulée des trois derniers décrets « inscriptions » déposeront les armes, heureux d’avoir obtenu une petite victoire, un pas de côté. Mais alors, ce serait « après nous les mouches », non?

  1. Le Soir – 24.06.10 []
  2. RTL info – 24.06.10 []
  3. JT RTL-TVI – 24.06.10 []
  4. JT RTBF – 24.06.10 []

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10 réponses à La CIRI offre 609 places aux sans école

  1. Scandaleux, mon fils a un 4ème choix et il perdrait sa 6ème place sur la liste d’attente?

  2. rad dit :

    Merci à tous les politiciens de la communauté francaise qui ont quasi tous approuvé ce décret 2010 « decret Simonet » qui a purement et simplement
    exclu tous les enfants des écoles des six communes à facilités à qui on a attribué des indices moyens tout à fait
    imaginaires.
    MERCI MADAME SIMONET

  3. Une maman dit :

    Tout ceci est inouï. Les enfants sont déjà beaucoup trop par classe, à quoi rime ce cirque? De surcroît, il a plus de 2000 places qui se libèrent attendu que tous les enfants n’ont pas réussi leur CEB. La CIRI pourrait en profiter pour mettre un peu d’ordre dans tout ça. Pourquoi faire les choses à l’envers?

  4. Catherine Tilquin dit :

    @ Une maman

    Attention ne pas réussir le CEB ne signifie pas que ces élèves ne rejoignent pas le secondaire, que du contraire ils passent en degré différencié.

  5. anne dit :

    Ne serait-il pas urgent de revenir les pieds sur terre…

    Une commission de régulation inter réseaux des inscriptions : Y-a-t-il besoin d’un tel machin ?

    Les chefs d’écoles ne sont-ils pas capables de traiter les inscriptions au sein de leurs école et éventuellement ensemble?

    le/la Ministre n’a-t-il/elle pas d’autres responsabilités à exercer dans le genre : qualité de l’enseignement partout dans toutes les écoles…

  6. Catherine Tilquin dit :

    Parlez, parlez… il en restera toujours quelque chose.
    Mais est-ce honorable dans ce cas-ci ???

    Cela rejoint un autre sujet : « on compterait sur des décès d’enfants pour résoudre le problème »

    TOUT SIMPLEMENT SCANDALEUX!

  7. Catherine Tilquin dit :

    Ajoutons que cette année, 5,5% des élèves du primaire ont échoué au CEB. Cela signifie que la place de ces élèves sera également libérée.

    Que nenni, j’ai déjà expliqué plus haut.

  8. Steux dit :

    Juste un coup de « g… »
    Que dois-je faire avec mon fils qui à ce jour n’a toujours pas d’école et des listes d’attente qui le placent 91ième pour la meilleur et 193ième pour son école de second choix?
    Aujourd’hui encore, il a été placé sur une liste d’attente!
    (C’est malheureux de ne pouvoir espérer mieux avec un résultat de 90% au CEB!!!)

  9. Claeys dit :

    J’ai rempli ce formulaire en mettant en 1e, 2e et 3ème choix des écoles catholiques, car ceci est NOTRE choix! J’ai ensuite ajouté d’autres écoles en pensant que c’était mieux d’en mettre beaucoup! Dans les médias, on disait que 98% des enfants allaient avoir leur 1e choix si pas le 2e! Et bien ma fille récolte le 6e choix!!!!! Je voulais une école catholique, je n’en ai pas! Je voulais un collège, je n’en ai pas! Ma fille n’a pas d’école car je n’accepte pas ce qu’on m’a donné et par dessus tout, jamais je n’accepterai qu’autrui choisisse l’éducation de ma fille à MA PLACE!!! Mais dans quel pays on vit!!! Ce décret est honteux!!! et je n’en resterais pas là!!! Battons nous pour tous les futurs enfants…..

    • domi dit :

      Effectivement, on se demande quelles sont encore les libertés de choix dans ce pays démocratique.
      Mais fallait-il vraiment un décret (Origine : Arena) , à se demander si il ne sert pas à repeupler des écoles en perte de bons élèves pour de multiples raisons (qualité et niveau d’enseignement, sécurité…).