Le modèle scolaire allemand est depuis longtemps admiré à l’étranger. Les élèves suivent leurs cours durant la matinée, de 8h30 à 13h00, et, après une pause déjeuner bien méritée, profitent de leur après-midi pour s’adonner à la pratique d’activités sportives, jusque 16h30. Un esprit sain dans un corps sain, pourrait-on penser. En France, une centaine d’écoles testeront bientôt le fameux système teuton. Une organisation coûteuse – la pratique du sport exigera un encadrement spécialisé – mais que le ministère de l’Éducation nationale espère bien compenser par une baisse de l’absentéisme et une meilleure prévention de la violence.
Un comité de réflexion sur les rythmes scolaires est chargé, depuis le 7 juin dernier, de réfléchir sur l’organisation de l’école en vue de proposer une nouvelle réforme d’ici 2014. On sait déjà que la semaine de 4 jours adoptée en septembre 2008, davantage pour des raisons de confort que pour la qualité des apprentissages, est jugée inefficace. Le nombre d’heures de cours dispensées dans l’année est également remis en cause : l’un des plus élevés de l’OCDE alors que le nombre de jours travaillés est l’un des plus faibles. La réflexion qui s’ouvre est cette fois annoncée comme centrée sur l’intérêt des enfants, ce qui est bien la moindre des choses, avouons-le.1
Nos voisins se montrent en tout cas très enthousiastes à l’idée de raccourcir des journées de classe que beaucoup estiment donc trop longues. Les pédagogues ont reçu le soutien de nombreuses fédération de parents ainsi que des chronobiologistes, les spécialistes des rythmes biologiques.2
Un enseignement fort inégalitaire
Mais est-ce à dire que le modèle allemand est vraiment la panacée? Pas si sûr quand on sait que l’Allemagne elle-même pourrait revoir ce fameux rythme qu’elle applique depuis des années. Il faut dire que ce modèle ne l’a pas vraiment servie sur le plan pédagogique puisqu’elle n’émarge qu’à la 20e place dans le rapport PISA. Pas fameux! Depuis 2004, le pays a même consacré 4 milliards d’euros pour développer la journée complète de classe avec un accent particulier sur la remédiation et le soutien scolaire. Mais que reprochent-ils à cette organisation si particulière? D’abord, les cours sont plus ramassés et plus concentrés, ce qui encourage les enseignants à avancer plus rapidement dans le programme. Conséquence : les rêveurs et les élèves plus faibles décrochent très vite. De plus, les devoirs à domicile, beaucoup plus conséquents que chez nous, exigent des parents qu’ils suivent de très près la scolarité de leurs enfants, ce que beaucoup ne peuvent faire efficacement. L’enseignement allemand se révèle du coup fort inégalitaire avec d’un côté des élèves forts qui suivent sans difficultés, des élèves plus faibles mais qui bénéficient de l’aide de leurs parents ou de cours particuliers et enfin les élèves faibles issus d’un milieu socio-économique moins favorisé qui n’ont pas accès à un soutien scolaire efficace en dehors des heures de cours. Un modèle analysé comme contre-productif pour l’élève en échec scolaire.
Notons également que les loisirs sportifs proposés l’après-midi aux élèves sont facultatifs. Leurs coûts sont une nouvelle fois pris en charge par les parents et non par l’école. Le fossé se creuse encore entre les familles modestes et celles qui ont les moyens de financer ces activités pédagogiques.
Conclusion : la France pourrait adopter ce que de nombreux länders (compétents en matière d’éducation) envisagent d’abandonner très prochainement, faute d’efficacité.
Et si le calendrier scolaire respectait les rythmes de vie de l’enfant?
Et chez nous? Notre journée scolaire de six heures en fait une des plus longues d’Europe avec l’Autriche et la France. Mais rien n’est envisagé à ce niveau. Le gouvernement de la Communauté française avait bien prévu, l’été dernier, dans sa déclaration de politique régionale, de lancer « une étude sur l’organisation du temps et des rythmes scolaires, en vue de sonder des pistes permettant d’améliorer les conditions d’apprentissage et d’instaurer une meilleure qualité de vie dans les écoles » mais il y a fort à parier que rien ne sera réalisé sous cette législature. Si le financement des réformes nécessaires reste un frein à toute (r)évolution, il faut aussi admettre que notre enseignement reste un des plus conservateurs et un des plus archaïques des pays européens.3
Les pistes qui permettraient à nos élèves de se sentir mieux dans leur peau et mieux à l’école sont pourtant connues. Mais notre calendrier scolaire, par exemple, ne respecte absolument pas l’équilibre des élèves. L’année 2010-2011 sera particulièrement difficile à ce niveau.