Les profs aussi s'offrent des cours privés

Il n’y a pas que les élèves à profiter des « cours de soutien payant ». En France, de nombreux enseignants s’inscrivent également à des séances de cours particuliers. Déçus de constater que les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM) ne les préparent pas à la réalité de leur métier, ils font aujourd’hui appel à des établissements privés pour colmater les brèches de leur médiocre formation. Selon un récent sondage réalisé fin 2009, ils ne seraient que 16% de jeunes enseignants à être satisfaits des outils et des méthodes directement applicables en classe qui leur ont été fourni par l’IUFM. Sans compter que chez nos voisins – davantage que chez nous encore – les enseignants débutants se retrouvent bien souvent dans les établissements les plus difficiles, parfois même en ZEP (Zone d’éducation prioritaire). A eux de faire leurs armes et de gagner les points qui leur permettront de demander, le plus vite possible, une mutation dans une école moins pénible.

Des leçons loin d’être gratuites

Le secteur privé a parfaitement compris l’intérêt qu’il y avait à s’engouffrer dans la brèche et à surfer sur la crise du système éducatif public. Les formations proposées (gestion de classe, communication non-violente, etc.) visent principalement les professeurs débutants. Et le système se veut rentable. Très rentable. Comptez que, chez Forprof, il vous en coûtera 600 euros pour 30 heures de cours répartis sur une semaine avant la rentrée. Ce sera un peu moins cher chez Prépa-Public, qui demande 275 euros pour 25 heures. Quand on les interroge, ces organismes se défendent farouchement de faire de l’argent sur le dos du système. On pourrait presque y voir de l’altruisme tant leurs intentions semblent pures. Carol Huron, directrice de Prépa-Public :

Moi aussi, je préférerais que le public joue son rôle et forme correctement les futurs enseignants ! Mais ce n’est pas le cas. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On ferme les yeux et on laisse nos enfants face à des profs mal formés, sacrifiant ainsi plusieurs générations d’entre eux, en attendant que l’Etat se réveille ?

Ces établissements privés existent depuis longtemps mais ils n’avaient encore jamais rencontré un tel succès. En cause, la récente réforme de la formation des enseignants, la fameuse « masterisation ». Concrètement, l’année d’alternance, partagée entre stages sur le terrain et cours théorique, a été supprimée : les jeunes profs sont alors envoyés devant les élèves… sans bénéficier de séances de débriefing. Et c’est là que le privé peut faire son beurre.

Refus de l’autorité, violence physique et verbale, relations avec les collègues et les parents d’élèves, tous les problèmes qui se posent à un jeune professeur seront abordés à travers des cas concrets et avec l’intervention d’une psychologue, d’enseignants en exercice et professeurs de l’IUFM. Les jeunes enseignants savent ce que le concours réformé leur fait perdre. Du coup, on a beaucoup de retours positifs pour le stage d’août prochain.

Le gouvernement a ouvert la voie à un marché de formation privée

Si l’Éducation nationale a certainement gagné des millions d’euros en supprimant cette alternance stages-cours théoriques, les enseignants devront maintenant payer de leur poche pour se sentir correctement formés et mieux équipés pour gérer nos adorables bambins. Ce qui est gagné d’un côté est nécessairement perdu de l’autre… Quoique tout le monde ne s’en plaindra pas.1

  1. Marianne – 18.06.10 []

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