L‘inspection générale a présenté aux députés de la Communauté française son rapport sur l’année scolaire 2008-2009, qui n’est pas tendre envers les professeurs et les directions d’écoles, indiquent les journaux du groupe Sud Presse. Les inspecteurs ont notamment constaté que les niveaux d’exigence en matière de maîtrises de compétences varient fortement d’une école à l’autre, parfois même d’une classe à l’autre. L’inspection relève une absence de cohérence et de continuité de l’apprentissage. Il y a aussi une grande disparité entre les écoles sur le contenu des évaluations et des manquements au niveau du contenu de certains programmes, notamment en sciences, histoire ou maths.
Quatre gros points positifs sont malgré tout épinglés : 1) les profs sont très demandeurs de conseils qui peuvent améliorer leur pratique quotidienne, 2) dans six cas sur sept, le manquement a été comblé lors de la visite suivante des inspecteurs, 3) la majorité des profs sont attentifs au développement personnel de leurs élèves et 4) les enseignants du fondamental adaptent leur enseignement à la manière dont les questions seront posées dans l’épreuve finale de 6e primaire.1
Le rapport évoque également l’utilisation du journal de classe, la remédiation, le manque de communication entre les profs et le cours de natation dont la sécurité n’est pas garantie partout. « Une lecture rapide du rapport met peut-être plus en avant les points négatifs, mais le but est de faire évoluer les choses, pas de critiquer les enseignants », indique l’inspecteur en chef, Roger Godet. « Les choses évoluent favorablement. Très souvent, le manquement constaté lors d’une inspection a disparu lorsque l’on retourne dans l’école.«
Mon rapport n’a rien de lénifiant parce qu’il s’agit de mettre l’accent sur les difficultés à vaincre dans l’enseignement. Mais il ne s’agit pas de critiquer les enseignants.
« Dire que ça roule ne sert à rien »
Un avis partagé par la ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet, qui insiste avant tout sur le fait que ce rapport est un outil de pilotage et d’accompagnement pour les professeurs et qu’ils ne doivent pas y voir de la stigmatisation.
Nous avons 280 inspecteurs en Communauté française. A quoi serviraient-ils si c’était pour dire que tout va bien? Alors que les résultats de nos enfants aux enquêtes PISA ne sont pas bons? Ce rapport est simplement une évaluation externe. On a aussi repensé la fonction des inspecteurs. Après leur passage, il y a des conseillers pédagogiques qui viennent aider les enseignants là où l’inspection a constaté des carences. Les profs en redemandent.
Et la ministre de souligner, elle aussi, la bonne volonté des professeurs et leur désir de faire évoluer leur métier.
En 6e primaire, ils commencent à adapter leur enseignement à la manière dont les questions sont posées au CEB. Si l’on veut faire progresser l’enseignement, il faut des outils de pilotage.
Le rapport pointe également le fait que les enseignants sont souvent démunis face à leurs classes. Pour les aider, l’inspecteur général recommande aux enseignants de se parler… et de partager. « Il y a parfois des trésors d’inventivité didactique qui se développent dans les écoles… mais qui se développent dans une école ou dans une classe et qui ne sont pas connus des collègues… donc chacun réinvente un peu la roue… Il y a donc des choses à créer mais aussi des choses à faire connaître qui existent déjà », souligne Roger Godet.2
Difficile de ne pas y voir un hommage à votre site préféré. Depuis plus de cinq ans, Enseignons.be s’engage à promouvoir vos outils, techniques et autres ressources pédagogiques dans le but d’améliorer l’enseignement d’aujourd’hui et de demain. Une initiative née du terrain, portée par des enseignants passionnés, bénévoles et apolitiques. Une initiative pourtant ignorée par la Communauté française…
« Ne tirez pas sur l’ambulance », demandent les syndicats
Si les syndicats étaient sortis de leurs gonds, il y a quelques semaines, après la divulgation (une fuite dans la presse) du fameux rapport – ils se disaient « scandalisés » et « choqués » de constater que l’inspection salissait les enseignants en oubliant la réalité et les difficultés du métier » - il semble aujourd’hui que la tension soit quelque peu retombée. Une réunion, qui s’est voulue constructive, a depuis eu lieu entre eux et l’inspection.
Il nous a été précisé d’emblée que l’objectif était avant tout de dresser un constat de notre système éducatif et non d’en juger les acteurs. L’inspection a précisé qu’elle ne tenait pas les enseignants responsables de tous les maux de l’école et qu’elle convenait que la diffusion des outils didactiques peut être améliorée.3
La ministre Simonet s’est engagée à tirer les leçons de ce rapport. L’offre de formations sera revue et intégrera des éléments pratiques davantage susceptibles de venir en aide aux profs en difficultés. Les référentiels communs en matière de savoir ainsi que la planification des apprentissages pourraient également être redéfinis en concertation avec l’ensemble des réseaux. Le mot d’ordre pour la suite de la législature en matière d’enseignement pourrait bien être « efficacité et cohérence » ! Les enseignants ne demandent pas mieux.
Je m’étonne : une bonne part des critiques de ce rapport devrait viser nommément la commission de pilotage, les conseillers pédagogiques et le marché des formations. Et non, on s’acharne sur le lampiste commode qu’est resté le professeur. Comment un enseignant pourrait-il déterminer, sans contact avec ses collègues de zone, une évaluation crédible ? Je dois, pour ma part, user de mes souvenirs d’il y a 12 ans, lorsque j’ai participé à une préparation d’évaluation en Hainaut, ce qui m’a beaucoup apporté. Mais c’était le bon vieux temps de l’ancienne inspection, qui ne se résumait pas à une cellule de vérification administrative…
Quant aux outils de remédiation, le grand vide dans ma matière, hormis ce que je puis trouver sur ce site et d’autres encore, comme Fralica : et je ne parle même pas des manuels, dont le rapport qualité/prix me laisse pantois…
Dernier aspect : la concertation se déroulera avec les syndicats et les réseaux. Où sont passés les profs ? Ah oui, ils ne sont que des objets de l’enseignement, pas des institutions qui gardent le petit doigt sur la couture du pantalon…
Merci à tous les enseignants qui partagent leurs expérience et garantissent ainsi, malgré les freins institutionnels, la qualité du métier et notre envie quotidienne de l’exercer.
Et voilà, encore un article pour casser du sucre sur le dos des enseignants.
Cela étant, est-il envisageable que l’Inspection ( ainsi que le monde politique, les parents, … ) se rendent compte que les résultats seraient bien meilleurs avec du travail de la part des élèves ?
Serait-il également possible d’avoir des programmes clairs ( en première année, il faut voir avoir et être, les natures, … ; en deuxième le schéma narratif, … ) ?
Je trouve au contraire que tout est bien relativisé. Ce n’est ni un pamphlet anti-prof ni une éloge du travail de ces derniers.
Certes. Mais ce qui est relayé dans la presse, ce sont ( encore ) le points plus négatifs.
Il ne faut pas seulement se fier à la presse… Ici, on aura un avis objectif.
@Ubu
Concernant les outils d’évaluation, il y en quelques-uns sur le site enseignement.be
Il y a aussi celles qui sont déposées ici.
Il y aussi des listes de discussion (comme Profecobel, mais je ne suis pas objectif quand j’en parle)
Vous pouvez demandez conseil à vos collègues, à l’Inspection, aux conseillers pédagogiques..
Quand vous pensez que des Professeurs doivent donner un cours de technologie, tout d’abord sans l’avoir demandé et ensuite sans avoir reçu une formation pour le donner (il n’y a pas encore de régendat en technologie et il n’y en aura jamais!).
@ Xavier,
je parlais essentiellement d’outils de remédiation : à ma connaissance, que dalle. Les outils d’évaluation via restode, je connais, merci : mais il me semble que l’on commence par apprendre aux élèves avant de les évaluer ? L’évaluation est une mesure institutionnelle, l’enseignement est mon métier…
De même que je n’ai pas attendu nos chers inspecteurs « derrick » ou les conseillers « pédagogiques » (cette bonne blague de la législature précédente) pour suivre, avec un oeil critique, la régression de ce qui est demandé à nos élèves.
J’achève, malgré ma fausse manoeuvre
Donc, si je résume, je me sens beaucoup moins déconnecté qu’un inspectateur ou un conseiller pédagogogique, si vous m’excusez ces mots-valises un rien puérils.
je suis enseignant, donc prêt à continuer à bosser et à collaborer. Par contre, je me refuserai toujours à prendre un air de gosse pris en faute parce que j’ai choisi de rester en classe : parce que c’est là que je suis le mieux, dans ma profession. Et je laisse les ronds-de cuir à leurs belles plumes et à leurs illusions d’analyse…
D’ailleurs, que pensez-vous de l’objectivité d’un rapport qui s’inscrit dans la lettre de mission des inspecteurs ? Un beau cas d’évaluation qui correspond de manière émouvante à la consigne : tellement que ça en devient mécanique et inintéressant
Merci quand même pour les « infos »
@Ubu
Je suis d’accord avec vous, même si mes interventions ne le laissent pas vraiment paraître
Bien sûr qu’il y a beaucoup à dire sur les supports donnés aux profs.
Ce que je voulais souligner, c’est que des initiatives de la base existent et tant mieux. Enseignons.be en est une, qui nous donne entre autres l’occasion d’échanger nos points de vue ici.
Je parlais de Profecobel: 100 (parties de) cours ou évaluations ont été mis à la disposition de tous les profs de sciences écos depuis le 1/7. C’est beaucoup et peu en même temps.
Ces initiatives de la base démontrent à suffisance le manque de supports mis à la disposition des profs. Mais vous le dites vous-mêmes: qui d’autre que nous peut vraiment créer des cours d qualité, des évaluation de qualité?
@ Ubu:
« Dernier aspect : la concertation se déroulera avec les syndicats et les réseaux. Où sont passés les profs ? Ah oui, ils ne sont que des objets de l’enseignement, pas des institutions qui gardent le petit doigt sur la couture du pantalon… ».
Il y a bien longtemps que nous sommes considérés comme des exécutants, pourquoi cela changerait-il?
Tais-toi et fais ce qu’on te dit, mais surtout fais des miracles avec rien du tout. Point. Et … encaisse si ce que tu fais ne plaît pas, même si ça marche.
Quelle désillusion.
Et le « rattrapage » : « la majorité des profs travaille bien » ne me satisfait absolument pas.
Là-dessus, je vais réparer les dégâts de la tempête dans mon jardin.
@ Xavier,
Je pense que les initiatives que vous citez devraient être au centre de notre système de formation, avec un relais d’expertise, si c’est possible, vers les institutions de formation (enseignement supérieur et universitaire, centres de formation, etc.). Mais je rêve, là : combien de temps perdu pour les collègues débutants ou même les autres à chercher comment réinventer son cours quand ça ne marche pas ? Heureusement qu’il y avit des collègues prêts à échanger des infos, dans mon établissement. Cela semblait d’ailleurs crisper la conseillère pédagogique, notre entente
Pour les désaccords éventuels, c’est presque mon mode de fonctionnement et je ne les perçois jamais comme un problème s’il y a un respect professionnel : vous avez autant envie que moi que vos classes fonctionnent et il y a la place pour une diversité de manières d’y parvenir
@ Catherine,
Il reste l’appréciation immédiate de nos élèves : ils sont souvent moins démagogues que nos chers responsables. Sans eux, j’aurais cessé de réinventer : et c’est le principe de notre métier, non ?
Personnellement, j’ai été inspectée en 2ème (je suis seule dans ma petite implantation) et cela s’est extrêmement bien passé. J’ai eu la chance de côtoyer un inspecteur qui, comme moi, pratique le renforcement positif : il ne venait pas pour me démolir, mais vraiment pour constater. Je reconnais qu’une inspection est plus facile à accepter quand elle est positive. Le rapport fut « conforme sans réserve ». Néanmoins, après avoir affirmé que je faisais 98% de ce qui était prévu, il m’a demandé de davantage calquer mes épreuves certificat ives sur les épreuves externes non certificat ives… histoire de faire en sorte que les élèves soient mieux préparés aux enquêtes PISA (il ne s’en est pas caché…) La question que je vous pose : un bon enseignement s’adapte-t-il aux difficultés des élèves pour progresser ou les drille-t-il à bien répondre aux enquêtes PISA ? Bien que je n’aie que des raisons de me réjouir de mon inspection et de l’inspecteur, j’ai été déçue de constater qu’un bon enseignement se résume, apparemment, à bien figurer dans les enquêtes internationales. Donc, quoi qu’on en dise, il faut faire du « drill pro enquêtes internationales ». Mais les politiques sont-ils sûrs que celles-ci soient gages de qualité ? Moi, je doute : chaque culture est tellement différente. La mode du début du XXIe siècle salue le pays des mille lacs… Quelles seront les retombées sur nos programmes quand les cultures pygmées ou esquimau (!) seront au goût du jour ? C’est bien léger, tout cela pour engager l’avenir de nos enfants. Quelle chance! je n’en ai plus en âge du secondaire. N’empêche que cela m’attriste pour ceux qui suivent.
Trois inspections dans mon écoles, trois très bons rapports. Moi, je n’ai vu personne.
Mais que faire quand les compétences visées et les programmes vont à l’encontre du projet d’établissement ?
J’ai posé la question à un inspecteur-conseiller et il n’a pas répondu, se cachant derrière l’administratif.
Ce que je reproche à ces inspections c’est qu’elles ne vérifient que la face visible de l’iceberg : les documents, les papiers, les compétences. On peut avoir un cours nickel et être un abruti de première, on aura un bon rapport.
Vous parlez d’une inspection !
En France, on sait récompenser les meilleurs élèves du BAC.
Dans une évaluation, on peut aussi voir le renforcement positif.
Mettre des professeurs à l’honneur et tant pis pour ceux qui font mal leur boulot est ce qu’il faudrait faire.
Tournons la page 68 !
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/07/16/les-meilleurs-des-meilleurs-du-bac-a-l-honneur_1388693_3224.html#xtor=RSS-3208
Etant dans le navire, je peux dire que tout va mal… Mais on rame, nous enseignants!
Qui joue du gouvernail?
Et pour les cours de pratique professionnel comment cela fonctionne-t-il? Quels sont les compétences,les critères qui seraient pris en compte? Ils sont tellement nombreux.
Je suis perplexe par rapport à toutes ces analyses, rapports et autres dossiers… Ayant terminé mon régendat en 1988, j’ai cessé d’enseigner en 1991 en Belgique pour partir à l’étranger enseigner également. En 1994, je suis revenu en Belgique pour travailler dans le privé. C’est en 2010 que je suis revenu à mes premières « amours » pour être bombardé dans des classes de 3ème secondaire (discrimination positive) et titulaire… « Ne vous inquiétez pas, on va vous épauler »… Que dalle ai-je envie de dire. 16 ans sans enseigner et je me retrouve à ne rien comprendre aux savoirs-faire, compétences et tutti quanti… et sans moyens également puisque à ma demande de pouvoir acheter pour les élèves des ouvrages leur permettant de suivre le programme pour 19 euros, l’on a préféré me dire qu’il y avait une photocopie (720 pages si l’on prend la totalité du cours et 45 élèves..en sachant que je dispose d’un quota de 800 copies/mois)… Une histoire banale comme tant d’autres…