Souvenez-vous, en décembre dernier, nous vous parlions de cette initiative originale testée chez nos voisins français qui était de « rétribuer » les élèves les plus assidus à l’école. Pour lutter contre l’absentéisme scolaire, certaines écoles proposaient une cagnotte collective. Le principe était simple : en début d’année, une classe se voyait offrir une jolie enveloppe de 2.000 euros. Si en juin, les professeurs estimaient que les élèves avaient été suffisamment réguliers, la cagnotte pouvait les aider à financer un projet éducatif. Après une année de test, les chercheurs de l’Ecole d’économie de Paris, chargés d’évaluer le dispositif expérimental, ont annoncé que l’expérience n’avait pas porté ses fruits et qu’elle ne sera donc pas reconduite à la rentrée prochaine. Leur bilan a été communiqué aux responsables politiques au début du mois de juin. Ces derniers ont pris acte. Mais quelles sont les raisons de cet échec?
Une faible adhésion des élèves et des enseignants
La cagnotte n’a eu que peu d’impacts sur l’assiduité et le comportement des élèves. Moins d’un élève sur deux pense que le projet de classe « l’a conduit à être davantage présent » et seuls 18 % des élèves ont estimé que la cagnotte « les ont rendus plus attentifs à leur comportement en classe ». Les impressions des enseignants sont encore plus mitigées : ils sont 34 % à juger que le dispositif a « contribué à augmenter le taux de présence des élèves » et 19 % à considérer qu’il a « contribué à améliorer le comportement des élèves ».1
Les profs n’avaient jamais vraiment soutenu cette idée, estimant que le dispositif ne s’attaquait pas aux racines du problème. Du coup, peu de mobilisation et d’implication dans le projet de classe. On se souvient que le dispositif avait suscité une vive polémique au moment de son lancement, en octobre 2009. Les enseignants ont-ils préféré se ranger du côté des syndicats et de l’opposition socialiste, dont les représentants se disaient « choqués » par le recours à une incitation financière et s’insurgeaient contre une mesure « contraire aux valeurs de l’école républicaine »? C’est fort possible car, selon les chercheurs de l’Ecole d’économie de Paris, « l’information communiquée aux enseignants et aux élèves a été partiellement occultée par les images du dispositif diffusées dans certaines représentations médiatiques ». La cagnotte, devenue enjeu politique, aurait fini par être boudée des enseignants.
« S’ils ne veulent pas de la carotte, on va sortir le bâton »
Cet abandon a été rapidement salué par le SNES-FSU, principal syndicats des enseignants. En revanche, l’ancien haut-commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch, qui avait farouchement défendu le projet-pilote, n’a pas caché sa déception. Il a récemment confié sur RTL que certains chefs d’établissement l’avaient remercié : « J’ai eu au téléphone un proviseur qui, à ma grande surprise, m’a dit « Mais ce projet, il a transformé notre vie ! »"
Le gouvernement Sarkozy a donc, contraint et forcé, remisé la carotte au placard… pour cette fois en sortir le bâton. Les députés ont adopté, le 29 juin dernier, le projet de loi du député UMP Eric Ciotti visant à suspendre les allocations sociales de parents d’élèves absents. Vous allez voir, certains vont maintenant la regretter, cette cagnotte.
- Le Monde – 30.06.10 [↩]