La ministre de l’Enseignement irait-elle lire Enseignons.be en cachette? On peut le penser à la lecture de l’article du Soir du 10 juillet dernier qui nous informe que Mme Simonet est disposée à réfléchir à une meilleure organisation de la journée scolaire. Notre article du 15 février sur les rythmes scolaires, présentés comme peu adaptés à ceux des enfants, avait fait couler beaucoup d’encre et avait été abondamment relayé dans la presse. Nombreux étaient les parents et les enseignants qui regrettaient alors que le calendrier scolaire ne soit pas plus respectueux des besoins des élèves. Il est vrai que dans ce domaine, peu de choses ont vraiment évolué depuis une trentaine d’années, les politiques se contentant souvent d’inscrire le point des rythmes scolaires dans leur déclaration gouvernementale – ce que l’Olivier wallon n’a pas manqué de faire – sans aller réellement plus loin que telle ou telle étude. La dernière en date remonte à 1990, année où le groupe « rythmes scolaires » mis sur pied par le ministre Jean-Pierre Grafé (CdH) préconisait de réformer le calendrier, avec cette idée forte, défendue par tous les chronobiologistes : alterner sept semaines de cours et deux semaines de congé. Vingt ans plus tard, rien n’a bougé ou presque. Les études ne sont pas toujours faites pour s’en servir.
7 semaines de cours et 2 semaines de congé
Et pourtant, les recommandations des spécialistes sont pleines de bon sens. Les petits congés ne sont pas bénéfiques pour les élèves qui voient leur vigilance diminuée après quelques jours de repos. Une seule semaine de détente désynchronise les rythmes de veille/sommeil et d’activités mentale. Pour bien récupérer après six ou sept semaines de travail, les médecins sont unanimes : deux semaines de repos sont indispensables. Deux semaines, c’est le délai idéal pour récupérer pleinement. Les quatre à cinq premiers jours d’un congé ne permettent que de casser le rythme de stress du travail. En revanche, les grandes vacances sont bien trop longues et pourraient passer de 8 à 6 semaines. L’équipe du ministre Grafé avait proposé à l’époque de faire recommencer les cours vers le 20 août.
En 1995, sur base de ces recommandations, le socialiste Philippe Mahoux avait proposé trois réformes majeures (historiques?) – travaillées par son prédécesseur Elio Di Rupo – qui auraient pu bouleverser, en bien, la vie de nos enfants. Afin de rééquilibrer les périodes de cours et de détente, il suggérait 1) d’avancer le congé de carnaval d’une semaine, 2) de reculer celui de Pâques de deux et 3) de faire rouvrir les classes le lundi de la semaine où tombe le premier septembre. La première idée avait été torpillée par les villes de Carnaval. La deuxième noyée par les lobbies côtiers. Et la troisième enterrée par les enseignants eux-mêmes et leurs syndicats. Fin de partie. Game Over.1
L’Olivier osera-t-il défier les lobbies du secteur économique?
On comprend que depuis quinze ans, aucun autre responsable politique ne se soit risqué à tenter une nouvelle fois pareille aventure. La ministre Simonet est bien consciente de la difficulté qu’il y aurait à imposer un nouveau calendrier… et d’expliquer que si, à l’époque, le projet « 7 semaines de classe, 2 semaines de congé » n’avait pas été appliqué, c’était parce qu’il installait une incompatibilité entre les rythmes scolaires, ceux des parents et ceux du monde socio-économique. On sait qui a gagné… Marcel Crahay, membre de la Commission sur les « rythmes scolaires » confie :
Il faut reconnaître que cela dérange les habitudes. Notre proposition allait dans le sens de l’intérêt de l’enfant. Je reste persuadé que le facteur principal de l’échec scolaire tient aux méthodes d’évaluation. Mais de bons rythmes scolaires créent le climat favorable aux apprentissages.2
Marie-Dominique Simonet se dit aujourd’hui ouverte au changement et propose de regrouper les connaissances sur le sujet pour tenter d’améliorer la situation existante. Pas question cependant d’une nouvelle étude ni de longues assises sur les rythmes scolaires. Pas de temps ni d’argent à consacrer à cela en ce moment. Si évolution il y a, la ministre aimerait que cela touche principalement et en priorité les grilles horaires – sans toucher à la semaine de cours – qui, tout le monde le sait, sont plutôt adaptées aux impératifs de structure ou de personnel qu’aux besoins de l’enfant. Les créneaux horaires les plus favorables (fin de matinée/début d’après-midi) pourraient être réservés à des apprentissages nouveaux qui nécessiteraient de l’attention. Et rien que cela, ce serait déjà une belle petite victoire. Il faut savoir que les ministres n’ont le pouvoir que de modifier le calendrier des congés. Ils peuvent agir sur les rythmes annuels. Mais les pouvoirs organisateurs et les directions sont libres d’aménager l’organisation de leur journée à leur gré.
Après Jean-Pierre Grafé en 1990, Philippe Mahoux en 1995, la ministre Simonet va-t-elle essayer, dans l’intérêt des élèves, de bouleverser nos petites habitudes et notre petit confort? S’il n’y a pas de modification du calendrier (mais n’ayez pas peur, enfin!) ni de nouvel ordonnancement de la semaine, gageons que la CdH arrivera à faire plier les établissements pour qu’ils remettent, enfin, l’enfant et son rythme au centre du système. Osez Marie-Do, osez…3
Il serait en effet vraiment temps de penser aux enfants avant tout ! Vive le cycle 7 semaines d’école et 2 semaines de congé ! Je suis totalement pour !!!!!!!
Sous Laurette Onkelinckx (je ne me souviens pas de l’année), le deuxième trimestre de l’année scolaire avait été organisé de manière que cinq semaines de cours soient suivies d’un congé. Le deuxième trimestre (le plus dur) était mieux équilibré. Deux problèmes l’avaient fait avorter. En effet, le Mardi Gras ne tombait plus durant un congé; résultat, le jour du Carnaval, dans les villes où ce mardi-là est une institution, les écoles étaient désertées par les élèves. Et les vacances de Pâques ne coïncidaient pas avec celles de la Communauté flamande, ce qui posait problème aux familles dont les enfants sont scolarisés des deux côtés de la frontière linguistique.
Autrement dit, pas facile à organiser.