L’Olivier wallon (et francophone) fête son premier anniversaire, l’occasion idéale de dresser un bilan de l’année scolaire qui s’achève, qui aura été, comme les deux précédentes, surtout – voire exclusivement – consacrée aux inscriptions en 1ère année secondaire, reléguant aux oubliettes les autres priorités en matière d’enseignement : renforcement des apprentissages de base, instauration de la remédiation, du tutorat, rénovation des bâtiments scolaires, modernisation de l’enseignement technique et professionnel, etc. Le bilan est famélique. On y avait cru pourtant, l’année dernière. Chaque parti rivalisait alors d’idées et de promesses et on s’était pris à croire que, peut-être, l’heure des grands chantiers était arrivée. Douze mois plus tard, personne n’attend plus rien de cette législature que le gouvernement communautaire va certainement terminer en « roue libre », faute de projets et, surtout, de moyens.
Inscriptions
Et ce n’est pas le fiasco du nouveau décret « Inscriptions » qui donnera de l’espoir aux plus optimistes, même s’il faut reconnaitre que tout n’est pas négatif. Grâce à ce texte, des enfants ont pu s’inscrire dans des écoles secondaires auxquelles ils n’auraient jamais eu accès quelques années plus tôt. De plus, les files interminables de parents grelotant dans la nuit ne sont plus qu’un mauvais souvenir, de même que les inscriptions multiples, véritable poison de la rentrée 2009. D’un autre côté, le système est boiteux car au nom de la mixité sociale, il s’avère qu’il a plutôt tendance à fixer les enfants dans leurs quartiers… ce qui est pour le moins saugrenu quand on sait que c’est au contraire en encourageant la mobilité des élèves que l’on pourra espérer voir un jour des écoles socialement plus hétérogènes. Épinglons encore son caractère injuste vu qu’il récompense ou pénalise, c’est selon, des choix d’écoles opérés il y a des années. Et puis, il y a Google Maps, et aussi… et encore… Stop ! Allez, soyons sport, et notons que le texte a été vote fort tard (mars) et que les inscriptions en ont souffert. L’année prochaine, elles devraient démarrer bien plus tôt… Aujourd’hui, il reste encore environ 500 élèves sans école. La plupart ne seront pas fixés sur leur sort avant le 1er septembre. Ce qui nous fait dire que pour un décret piloté par une ministre humaniste, il manque cruellement d’humanité, non?
La ministre a également accumulé les maladresses et ce dès la rentrée scolaire. Souvenez-vous, à l’automne, une fuite dans la presse nous apprenait que pour réaliser des économies dans son département, Mme Simonet envisageait d’imposer la plage-horaire maximum à tous les enseignants. Les profs ont protesté. Marie-Do a reculé… Quelques mois plus tard, même scénario lorsque la ministre a été prise à préparer un décret qui envisageait d’aider les écoles en difficulté avec les moyens des autres. Les profs ont protesté. Marie-Do a reculé… Vous me direz que faire et défaire, c’est todi de l’ovradge, mais tout de même. 1
Qui a parlé de solidarité?
Certains esprits plus critiques nous rétorqueront « Oui mais attention, Mme Simonet n’est pas seule responsable, elle ne fait que suivre le plan de vol fixé l’été dernier par les présidents de la coalition PS-Ecolo-CdH ». Et ils auront raison. Il serait facile d’accuser la liégeoise de tous les couacs rencontrés cette année. Mais admettez que si elle applique sans broncher une politique aussi brouillonne et insipide, elle mérite quand même un peu les critiques qui lui sont adressées. Mais pour le sale rôle que le gouvernement lui fait jouer, elle est plutôt mal payée. Dans les moments difficiles, elle n’a jamais reçu le moindre soutien de ses partenaires socialistes et écologistes (qui sont pourtant à la base du dernier décret « inscriptions »). Pas un geste, un mot qui traduirait une certaine solidarité… Nada, peau de balle… Au contraire, lorsque les profs lui faisaient les gros yeux, ils n’ont jamais hésité à souffler sur les braises, croyant peut-être montrer de cette manière qu’ils n’avaient rien à voir – mais alors là rien du tout – avec les décisions prises par la ministre CdH. « Simonet?, c’est le paratonnerre idéal » pourraient-ils dire, elle qui est payée pour porter le chapeau. Au rythme où ca va, le sien n’aura bientôt plus rien à envier à ceux de Fabiola!
Alors, Mme la ministre? Quels sont vos projets pour la rentrée? Oui, je sais, les caisses sont vides, déjà. C’est la crise… Mais n’y-a-t-il vraiment aucun projet peu coûteux (ou pas coûteux du tout) que vous pourriez porter et défendre l’année prochaine? Je vais vous aider : les enseignants aimeraient vraiment que le système des désignations soit plus transparent. Ils en ont marre des magouilles qui reviennent chaque année, comme les hirondelles au printemps. Le système de tutorat est aussi attendu avec impatience. Vous devez absolument garder vos enseignants les plus expérimentés afin qu’ils puissent épauler les jeunes padawans dans les premières années de leur longue carrière. N’hésitez pas à descendre dans les écoles, sur le terrain… rencontrez les enseignants, voyez ce qu’ils font d’extraordinaire au quotidien. Offrez-nous un peu de cette reconnaissance que, par la faute de vos prédécesseurs, l’opinion publique ne veut plus nous donner. S’il n’y a plus des sous, il reste les idées. Nous vous les offrons de bon cœur. Mais à vous de venir les chercher.
Enfin, sachez que vous pouvez aussi soutenir Enseignons.be. Sans aucun piston politique, sans aucun budget spécifique, sans même une cohorte de fonctionnaires chevronnés, nous réussissons pourtant, à notre niveau, à venir en aide à plus de 73.000 enseignants, futurs enseignants et parents. Savez-vous que, chaque jour, ce sont entre 15 et 20.000 visiteurs qui viennent converser sur notre forum, télécharger ou partager avec nous leurs meilleurs documents? Pour vous donner une idée, c’est le nombre de visiteurs qu’accueille tous les jours la place Saint-Pierre à Rome en période estivale. Et pourtant, alors qu’il serait si simple de respecter les initiatives du terrain – d’autant qu’après cinq ans, elles ont fait leurs preuves – notre asbl n’a jamais reçu le moindre appui de la part de la Communauté française. A méditer.
- Le Soir – 14.07.10 [↩]
Le rôle initial d’Enseignons.be est, comme vous l’indiquez justement, d’apporter de l’aide aux profs, aux parents, aux étudiants.
Mais certainement pas d’écrire des éditos politiques.
@Luc
Je comprends ta réaction.
Pour ma part, je voudrais signaler deux points:
1. Informer sans prendre position est une chose difficile, voire impossible. S’il est clair que c’est un avis, cela ne me gêne pas qu’il soit critique
2. Où peut-on encore trouver des analyses des actualités de l’enseignement? Les informations officielles sont tellement partisanes qu’il faut en connaître un bout pour les décrypter. Ce que fait enseignons.be. Je ne suis pas toujours d’accord avec eux, et je réagis. parce qu’ici au moins on peut réagir. Sans censure.
Enfin, le plaidoyer pour recevoir des subsides est compréhensible. Ce site montre en tout cas qu’il répond à un réel besoin. Dans le nord du pays, de tels sites se sont vus reconnus et bénéficient d’une aide de l’administration. Quand on voit le nombre de détachés de l’enseignement dans nombre d’asbl; il est juste de se poser la question si un site qui bénéficie d’une telle audience ne devrait pas aussi être soutenu. Par exemple par un détachement.
Où trouver un décryptage, une analyse de l’actualité? Ici. Ce n’est pas un pamphlet contre la ministre (si vous lisez bien) mais contre une politique. L’auteur écrit à charge et à décharge de Mme Simonet en mettant en avant qu’elle n’est que l’exécutrice d’un plan de vol établi sans elle.
Si vous allez sur Enseign***ment.be, vous trouverez de belles idées, de beaux projets, une belle littérature… mais moi, je veux une communication engagée (mais non politique) et critique qui ne me cache rien. Si c’est pour lire « tout va bien Mme la Marquise », je préfère passer mon chemin. Mais si on me dit ce qui coince et que l’on argumente, avec des sources (important!), j’adhère pleinement.
Très bon article !
J’approuve tout à fait.
Il y a tant à faire dans l’enseignement… et si peu de moyens… Tellement de beaux penseurs aussi.
Merci pour cet article nuancé…
Il reste 4 ans de législature qui devraient être mis à profit pour faire face…
et oui faire face aux défis de nos écoles particulièrement les écoles bruxelloises
– le manque de place déjà en 1ére maternelle à Anderlecht, Schaerbeek, Jette… Il s’agit donc de créer immédiatement des classes voire des écoles de qualité …Pas de foireux décret inscription pour les maternelles et le primaire
Ce serait une bonne initiative de créer des écoles bi-communautaires et donc bilingues dans notre capitale
- la mondialisation nous invite aussi à plus d’efficacité scolaire : le manque de sous est une bonne occasion de créer des écoles nouvelles …
- Il s’agit également de faire mieux avec moins d’argent ( et oui nous avons un enseignement parmi les plus couteux au monde et triste privilège des très mauvais résultats …
Une suggestion dès lors : inventorier les pratiques d’enseignement efficace (apport ajouté par l’équipe éducative)et aider les autres écoles à se les approprier petit à petit ..
Moins couteux et plus rentables que des décrets inscription lotto, vogelpick ou file