Ce lundi 19 juillet, l’opposition libérale, par la voix de sa chef de file Françoise Bertieaux, a profité de la dernière séance plénière du parlement de la Communauté française pour dresser son bilan de l’année écoulée, au cours d’une conférence de presse où, bien sûr, Enseignons.be était présent. Passons sur les bulletins des autres ministres communautaires pour en arriver immédiatement à celui qui nous intéresse, celui de notre ministre de l’enseignement, Marie-Dominique Simonet. La réformatrice souligne d’entrée de jeu qu’elle ne voit aucune action catastrophique qui ait été initiée… parce que rien n’a été initié cette année. Le gouvernement Olivier en général, et le ministère de l’éducation en particulier, se singularise pour le moment par une inactivité décrétale rare. Reste qu’il faudra ici et la atterrir.
A part le décret « Inscriptions », il n’y a pas d’énormités qui ont été commises, parce que le malheur, c’est qu’il n’y a rien qui se passe. (…) Chaque décision à prendre prend des semaines ou des mois parce qu’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord. En attendant, ils n’ont pas pu faire grand chose. Mais il y a des choses qui doivent se faire. Gouverner, c’est prévoir, c’est anticiper, notamment le boom démographique et gouverner, c’est gérer les problèmes qui se posent. Et là, pour le moment, je ne vois rien.1
Bertieaux : « L’Olivier n’a rien fait de bien ou de grave »
Si on excepte donc le 3e décret « Inscriptions », l’Olivier a encore tout à prouver, ce qui ne sera pas une mince affaire. Il faudra d’abord que la majorité arrête de se tirer dans les pattes. C’est connu, les tensions sont réelles entre PS et CdH, partenaires depuis six ans, et le petit nouveau écologiste. Des tensions qui freinent la concrétisation de nombreux chantiers dont l’urgence n’est plus à démontrer et qui ont, encore une fois, été reportés aux calendes grecques? Quelques exemple? L’élaboration d’un décret réglant une fois pour toutes le port du voile dans les écoles : rien n’a été proposé. On consulte, on réfléchit. Et tant pis si, à la rentrée, le problème doit à nouveau ressurgir… La négociation tripartite (gouvernement, syndicat ET pouvoir organisateur) a-t-elle été instaurée dans l’enseignement? Non plus. Et pourtant la prochaine négociation sectorielle doit s’ouvrir à l’automne prochain. Il y sera sans doute question de la fin des DPPR. Une nouvelle occasion de se fâcher avec les syndicats et de commencer l’année en beauté! Et la rénovation des bâtiments scolaires via les partenariats public-privé? Le million d’euros annoncé en mai 2009 s’est envolé.
Tout reste à faire dans ce gouvernement : le débat de fond sur les bassins scolaires et les synergies qui en découleront, la lutte contre les assuétudes, la violence et le décrochage scolaire, un plan efficace contre la pénurie d’enseignants (mais où sont ces fichus tutorats?), la modernisation de l’enseignement technique et professionnel, le recentrage sur les apprentissages de base, etc.
La DPG? Un catalogue de bonnes intentions dont on attend l’application
La déclaration de politique générale annonçait pourtant qu’on allait tout réaliser sous cette législature. Mais même dans l’urgence, le gouvernement ne semble pas capable de prendre ses responsabilités. A Bruxelles, le boom démographique attendu pour 2015 ne cesse d’angoisser les élus communaux qui savent qu’ils ne pourront faire face aux nombreuses demandes de places dans les crèches et les écoles. A ce jour, si des écoles ont fermé car elles étaient devenues insalubres, on ne prévoit que la construction de deux nouveaux bâtiments dans le nord de Bruxelles. Trop peu hélas…
Il y a déjà un manque de places sur Bruxelles, chaque rentrée nous le prouve, et ce sera pire en 2015. Certains enfants ne pourront plus trouver d’école.
Pour Françoise Bertieaux, ces six années où le MR est dans l’opposition correspondent exactement au cycle de 6 ans que les enfants qui entrent l’année prochaine au secondaire viennent de terminer. Et la libérale de parler d’une « génération sacrifiée ». Et de noter que, selon elle, le décret devra sûrement être retravaillé à la rentrée tant les critères sont distordus et en opposition avec d’autres décrets existants, comme celui sur l’enseignement en immersion.
Le MR souhaite que l’Olivier utilise judicieusement ses moyens au cours des quatre prochaines années. Il pointe la lutte contre l’échec scolaire comme LA priorité des priorités, avec le soutien aux jeunes enseignants.
Mais peut-on encore y croire? Si on choisit de penser que le peu de décisions qui sont arrivées à terme sont le fruit d’un rodage inévitable voire indispensable, le futur n’augure rien de bon. Les prévisions budgétaires sont catastrophiques. Or, la Communauté, quand il s’agit de trouver des sous, n’a pas vraiment le choix. L’enseignement monopolise la majeure partie du budget de 7,9 milliards. Et au sein de celle-ci, les salaires des enseignants constituent la part du lion. On en déduira ce qu’on voudra…
- JT RTBF – 19.07.10 [↩]
Malheureusement, on ne peut qu’être d’accord avec ce constat.
Marie-Dominique Simonet avait suscité beaucoup d’espoirs.
Nouvelle ministre, d’un autre parti, qui pouvait donc, « partir d’une feuille blanche », tout en ménageant les susceptibilités, qui avait promis de veiller au bien-être de l’élève.
Et à part les 400 circulaires, qu’a-t-elle fait?
Le décret Inscription est une nouvelle catastrophe. Passons le fait que les objectifs soient mal définis.
La mise en œuvre montre bien que chaque parti y a été de ses exigences, Ecolo pour la distance (CO2 oblige), PS pour les indices socio-économiques (de l’école primaire pas de l’élève rappelons-le), CDh pour adossements des écoles. Le résultat: un grand bazar qui a comme résultat d’aller à l’encontre des objectifs.
Heureusement que les profs continuent à travailler. Preuve s’il en est que la qualité ne dépend pas de ce que font ou ne font pas nos gouvernants.