La mixité scolaire génère des inégalités filles-garçons

La mixité à l’école peut paradoxalement générer des inégalités entre garçons et filles, souligne une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) diffusée jeudi. Les professeurs ont en effet tendance à faire inconsciemment des différences entre les sexes, même si officiellement, aucune distinction de genre n’est faite entre les élèves, selon cette étude intitulée « Ce que la mixité fait aux élèves », diffusée dans la revue de juillet de l’OFCE.

Ainsi, les enseignants consacrent un peu moins de temps aux filles – environ 44% de leur temps, contre 56% aux garçons -, une différence considérable si l’on tient compte du temps qu’un élève passe en classe, souligne cette étude réalisée par Marie Duru-Bellat, sociologue, professeur à Sciences-Po, spécialiste des questions d’éducation.

Les garçons reçoivent un enseignement plus personnalisé alors que les filles sont davantage perçues et traitées comme un groupe. Les maîtres semblent soucieux de ne pas se laisser déborder par les garçons, ce qui les rend très attentifs à leur comportement. Ils se montrent plus exigeants envers les garçons, comme s’ils ne doutaient pas de leurs capacités, et ils les notent plus sévèrement que les filles.

« La confrontation à l’autre durcit les stéréotypes du masculin et du féminin », résume la sociologue.

Les filles sont indirectement encouragées à être plus autonomes

En maths, discipline connotée comme masculine, les enseignants en attendent plus des garçons que des filles, ce qui n’est pas sans incidence sur la confiance en soi des élèves:

A partir de l’adolescence, les filles de bon niveau en mathématiques manifestent une confiance dans leurs propres possibilités systématiquement plus faible que les garçons de niveau identique.

Le retour à la non-mixité n’est cependant pas souhaité

Pourtant, ces différences de traitement peuvent avoir des effets positifs: « le fait que les enseignants consacrent moins de temps aux filles peut les pousser à travailler de manière plus autonome, et leur envoyer le message selon lequel elles vont de toutes façons mieux réussir sans aide que leurs camarades garçons », nuance-t-elle.

Et s’il serait « illusoire de penser qu’en la matière l’école peut tout », fait-elle observer, « il reste que pour l’heure, tout retour frontal et proclamé à la non-mixité – allant au-delà d’aménagements, pédagogiques partiels, ponctuels et pragmatiques – aurait une connotation symbolique désastreuse ».1

  1. AFP – 6.08.10 []

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