Les toilettes : un tabou à l'école

Saleté, manque d’intimité, refus de l’enseignant : aller aux toilettes est très souvent un problème pour les élèves. Une recherche sur le sujet veut ouvrir, enfin, le débat. « J’avais six ans et j’avais pissé dans mon pantalon. L’instituteur, s’apercevant de la mare d’urine à mes pieds, m’obligea à enlever mon pantalon et mon slip mouillés, et ma punition fut d’aller au coin, les mains sur la tête, cul nu. » Dix ans après les faits, l’élève de rhéto qui témoigne ici, n’a pas oublié.

Sans aller jusqu’à cette situation extrême, la question des besoins corporels et des toilettes à l’école se révèle très souvent problématique. Pourtant, on n’en parle jamais dans le cadre scolaire. Le sujet est systématiquement évacué. Sophie Liebman, enseignante depuis plus de vingt ans dans l’enseignement primaire communal, a choisi d’en faire le thème de son mémoire en sciences de l’éducation à l’ULB1. Elle n’avait certes jamais été confrontée à des situations difficiles avec ses élèves. Mais dans le cadre familial, le sien comme celui d’autres foyers autour d’elle, cette question a surgi.

La première chose que les enfants font quand ils rentrent de l’école, raconte-t-elle, c’est se précipiter aux toilettes. Ils sont tellement pressés qu’ils se disputent pour être le premier. En interrogeant différents enfants, j’ai appris qu’ils se retenaient toute la journée. Ils m’ont dit que les toilettes étaient sales, ou qu’il n’y avait aucune intimité parce que les portes ne fermaient pas, ou bien qu’il n’y avait pas de lumière, ou de papier.

Une situation généralisée à l’ensemble des établissements, à en croire Mme Liebman, mis à part quelques-uns qui ont été construits ces dernières années et où les toilettes sont « pensées ».

La majorité des écoles sont héritières du XIXe siècle où la préoccupation était de construire des toilettes où les enfants resteraient le moins longtemps possible, parce qu’à l’époque, on était hanté par les pratiques sexuelles des élèves (masturbation). On pensait les toilettes en termes de visibilité et de contrôle. Et donc les cloisons étaient ouvertes en haut et en bas, sans la moindre intimité. Mais les normes ont changé et, aujourd’hui, les enfants refusent d’y aller.

Des tas de gens ont des souvenirs humiliants par rapport aux toilettes, insiste-t-elle. « On n’ose pas demander, on n’arrive plus à se retenir et on se fait engueuler. Il y a aussi des écoles où la taille des urinoirs n’est pas adaptée aux enfants. J’en connais une autre où le pouvoir organisateur a interdit les planches sur les toilettes : pour une fille, en hiver, c’est la cystite assurée ! Dans d’autres écoles, il faut demander le papier. On demande alors à l’élève « ce » qu’il va faire, pour savoir le nombre de feuilles qu’il faut lui donner. On vous répondra que les enfants bouchent les toilettes. Mais ce n’est pas comme cela qu’on résout les problèmes. On éduque. »

Le corps est un sujet tabou

Malgré l’évidence du problème, le thème n’est pas abordé dans les murs de l’école. « Le corps est encore un sujet tabou. On le voit partout, dans les discours, dans la pub mais ce n’est pas le corps de la réalité, il est désincarné, idéalisé, sans le moindre poil. Toute animalité a été gommée. En réalité, le corps a été refoulé. On n’en parle pas dans la salle des profs. Par contre, les enfants en parlent souvent dans les conseils de classe, pour se plaindre. Mais rien ne change. Il y a beaucoup d’ordinateurs dans les écoles, mais peu d’argent pour les conditions sanitaires. »

En tant qu’institutrice, Sophie Liebman se dit plutôt libérale. Mais ce n’est pas le cas de tous ses collègues.

Certains enseignants ont des pratiques contraignantes : ils interdisent aux enfants d’y aller ou bien ils se servent de cette autorisation comme instrument de pouvoir. Bien sûr, certains enfants demandent à aller aux toilettes pour échapper au travail, parce qu’ils s’ennuient ou ont besoin de bouger. Il ne faut pas être naïf, on ne va seulement aux toilettes pour se soulager, mais c’est un besoin qui n’est pas reconnu à l’école.

De même, le vocabulaire choisi pour désigner les toilettes, le fait de ne pas utiliser ce terme mais bien des petits noms sympathiques genre « petit coin » ou « petit endroit » traduit une volonté de minimiser la question, « d’éloigner cette préoccupation de l’esprit des enfants« . Dans le cadre de sa recherche, Mme Liebman a pu constater que, quand on leur demande si les toilettes sont importantes pour eux, les enfants sont également dans le déni. « Ils savent bien que les adultes n’aiment pas parler de ce genre de choses. Donc, ils vous diront que ce n’est pas important. Mais si vous les laissez parler, vous verrez que cela occupe une grande place dans leurs préoccupations. »

Avec ce mémoire, Mme Liebman espère donc sensibiliser les décideurs, politiques et autres, à ce problème, lever le tabou des toilettes scolaires. « Le respect du corps, cela fait quand même partie des droits de l’homme. » Il est ici question d’hygiène, mais aussi de bien-être en classe, de concentration, « parce qu’un enfant qui se retient toute la journée est moins performant. » Et les séquelles peuvent être tenaces. « Il n’est pas rare que les généralistes rencontrent des patients constipés en raison de pratiques scolaires passées. »

Certains parents vont d’ailleurs jusqu’à choisir l’école en fonction des toilettes. En regardant les toilettes, on peut comprendre la place que l’école accorde au corps de l’enfant, au respect de l’enfant. « Souvent, vous avez des W-C qui ferment pour les profs et des toilettes dégueulasses pour les enfants. Les toilettes parlent. »

Les toilettes sont un exutoire

Sans compter qu’elles peuvent aussi constituer un lieu de brimades ou de révolte pour les élèves. « C’est le seul endroit qui échappe au contrôle social. Il peut y avoir du racket, des abus. C’est un lieu de transgression. En outre, je crois que la saleté des toilettes n’est pas uniquement due au manque d’entretien. Elle correspond aussi à une expression des élèves. Quand ils salissent les toilettes, ils « chient sur l’école ». Être assis et se taire toute la journée, apprendre des matières ardues, cela provoque de la souffrance. Les toilettes sont un des endroits où elle peut s’exprimer. »

Alors que l’on célèbre chaque année  la « Journée mondiale des toilettes« , Sophie Liebman déplore que l’on parle de la situation des latrines dans les pays en développement, mais pas de celle qui prévaut chez nous, alors que les toilettes constituent un problème quotidien. Des toilettes qui, dans le cadre scolaire, ressemblent à tout sauf à des lieux d’aisance.2

Des pistes pour s’en sortir

Face à ce tableau pour le moins sombre, Sophie Liebman suggère quelques idées afin de mieux gérer la question des toilettes à l’école.

1° Prévoir une toilette par classe, attenante au local. « Pour 25 enfants, ce ne serait pas un grand luxe. »

2° Concevoir des toilettes plus privatives.

3° Penser l’accès aux toilettes avec les enfants. « Parce qu’ils sont parfois tellement pris par leurs jeux à la récréation, ils ne ressentent pas le besoin d’y aller avant de rentrer en classe. Mais là, l’enseignant répondra « Ben non, fallait y penser avant ! ». Il y a aussi les enfants qui ne veulent pas aller aux toilettes en même temps que d’autres, par manque d’intimité. Ils ont besoin d’y aller tout seul, en dehors des récrés. » Chaque école devrait pouvoir réfléchir à la question, instaurer un dialogue avec les enfants.

4° Créer des règles collectives, valables pour toute la classe. Par exemple, permettre de sortir de la classe à certains moments, pourquoi pas en plaçant un feu vert au tableau, qui passerait au rouge quand on explique quelque chose d’important.

  1. « Analyse sociopédagogique de la place du corps à l’école primaire : le cas particulier des toilettes » []
  2. Source de cet article : La Libre Belgique – 23.11.09 []

Commentaires

  1. pat dit :

    Deux nouvelles toilettes tout en inox ont été installées il y a 2 ans. Elles jouxtent le bureau des éducateurs. On peut donc « avoir un oeil dessus ».
    Pendant un an et demi, ce fut parfait. Puis les tags ont commencé à fleurir (que l’on ôte de suite) et en mai dernier, un élève a réussi à en boucher une (pièce métallique jetée dans la cuvette). Il a fallu tout démonter !
    Les toilettes de la cour sont passées au karcher tous les jours et tous les jours elles sont répugnantes.
    Pourtant, en dehors des récré, elles sont fermées (il faut aller dans les deux autres).
    On dépense une fortune chaque année pour l’aménagement, la propreté, et la réparation des toilettes.
    Je peux vous raconter des dizaines « d’anecdotes » les concernant. C’est le lieu de défoulement par excellence. On y défèque même à côté volontairement !

  2. Tha dit :

    L’enfant est sous la surveillance de son enseignant pendant les heures de cours.
    Que fait-on s’il arrive un accident à l’enfant qui va aux toilettes seul pendant les heures de cours?
    Il est impossible d’accompagner chaque enfant individuellement aux toilettes pour le surveiller.
    Qui sera donc responsable s’il arrive quelque chose?
    De plus, les toilettes sont dans un état lamentable car ce sont les enfants eux-mêmes qui les mettent dans cet état.
    Dans mon établissement, une dame d’entretien passe nettoyer les lieux deux fois par jour, mais rien à faire, certains élèves « font à côté », tartinent les murs ou le pot de matière fécale, beaucoup (pour ne pas dire la majorité) ne tirent pas la chasse. Les blocs désodorisants sont rapidement détériorés.
    Le papier toilette : lorsque le papier était dans la cabine des wc, nous retrouvions les wc bouchés plusieurs fois par semaine, ou des morceaux de papier (souillés ou non) par terre ou sur la lunette, et ce malgré les « campagnes d’information et de sensibilisation ».
    Depuis que nous distribuons le papier en classe ou qu’il est uniquement disponible auprès du professeur en récré, il n’y a plus ce problème.
    Alors que faire, faut-il engager une « Madame Pipi » pour chaque local de wc?

    Je cite : « Mais ce n’est pas comme cela qu’on résout les problèmes. On éduque. » –> Est-ce à l’école à éduquer les enfants sur la « bonne utilisation » des wc? je me dis que non. Si malgré mes efforts pour sensibiliser les enfants à l’utilisation correcte des toilettes et au fait de « prendre ses précautions », il y a encore des enfants (beaucoup) qui ne respectent pas cela, ce n’est pas de mon ressort mais de celui des parents.
    Les récrés ont lieu toutes les deux heures dans le primaire. Si l’enfant prend ses précautions pendant celles-ci, il n’y a pas de raison de devoir y aller pressamment pendant les cours, sauf pathologie ou maladie. Il y a bien sûr une plus grande tolérance à avoir pour les plus petits.
    Personnellement, à chaque fin de récréation, je demande « tout le monde a bien été aux toilettes? » et si un enfant a encore besoin d’y aller à ce moment, je l’y autorise. Mais en dehors de cela, sauf cas urgent ou certificat médical, non.
    Suis-je une mauvaise personne qui ne prête pas attention aux besoins primaire de mes élèves? Je ne pense pas.
    Qu’en pensez-vous?

    1. Estelle dit :

      Je suis assez surprise par certaines « positions » sur les toilettes dans les écoles. J’aimerai simplement que ces bonnes personnes se mettent à la place des enfants. Concernant le manque d’intimité : accepteriez-vous Mesdames (je ne m’adresse pas à vous messieurs puisque beaucoup d’entre vous ne doivent pas croire à l’intimité : demandez aux arbres et aux murs et murets divers….) donc Mesdames accepteriez-vous de faire popo avec la possibilité que l’on puisse vous voir sur le trône ou en train de vous essuyer ???
      Accepteriez-vous de dire à votre chef de service ou autre supérieur détenteur du papier toilette : Ah non c’est plus de 2 feuilles, c’est la grosse commission ce matin !
      Et oui les enfants pour certain ont aussi des problèmes intestinaux et une pudeur développée. Oui ils préfèrent faire caca ou pipi tranquilles, comme vous le faites vous !
      Tous les enfants ne sont pas des sagouins et vous ne pouvez prétendre instaurer des toilettes à ciel ouvert avec rationnement de papier toilette sous prétexte que certains enfants ne sont pas éduqués.
      Pour finir, je vous souhaite d’avoir une envie soudaine et pressante et qu’un tiers vous refuse l’accès aux toilettes, « parce qu’il fallait y penser avant ». Mais en réalité le pipi et le caca ne se trouvent pas dans le cerveau mais dans le corps et leurs manifestations ne se font pas forcément parce qu’on y pense !!
      Vive l’éducation des enfants et des autres !

    2. laurence dit :

      Je suis tout à fait d’accord avec toi et vis la même chose dans mon établissement et pour les toilettes comme pour beaucoup d’autres choses les parents ne font plus l’éducation des enfants et pensent que l’école va tout faire.

  3. soky dit :

    Tout à fait d’accord. Les toilettes révèlent bien des choses. Souvent, les parents désireux de choisir une école pour leur enfant, font un tour par là. Histoire de voir les dégâts.

    Si l’infrastructure est importante, elle ne sert à rien si on n’éduque pas les enfants. Boucher les toilettes au rouleau ou « peindre » la porte à l’excrément c’est pas nouveau.

    Certains disent que la propreté générale influence le comportement. Autrement dit, un environnement qui apparait comme sale sera beaucoup moins respecter par les élèves.

    On pourrait aussi ajouter qu’ils sont très peu à se laver les mains après avoir été aux toilettes. Un petit pipi ça passe, mais pour le reste… bonjour les gastro.

  4. temps dit :

    Les toilettes sont le reflet du statut social. L’étude aurait très bien pu se développer jusqu’à l’intérimaire qui n’a même pas un arbre et se débrouille avec une bouteille en plastique en opposition aux décideurs qui possèdent leur propre toilettes privés par personne.
    Cordialement.

  5. JacquesDB dit :

    Intéressante cette étude ! Mais la résolution du problème n’est pas si facile.
    J’enseigne dans le secondaire supérieur (ce sont de grands jeunes) j’autorise toujours les élèves à se rendre aux toilettes (surtout les filles) pendant les heures de cours.
    Mais il faut certainement rester vigilant !

  6. cloclo dit :

    Dans notre école, comme dans la majorité des écoles où j’ai travaillé, il nous est demandé de ne pas laisser les enfants se « promener » dans les couloirs. Car ce serait « notre responsabilité » s’il arrive un accident. Qu’en est-il exactement?

  7. oufti10 dit :

    Bonjour,

    Ce n’est pas un sujet tabou, en tout cas pas en ce qui me concerne j’en parle chaque année avec les élèves (13 ans).
    Je suis parti 10 jours avec un groupe les toilettes étaient très propres après ce séjour. Mais dans l’école elles sont …

    Je confirme que les adultes sont mieux nantis que les enfants (si importants d’après eux lol) je suis passé dans une banque … nous pouvions prendre notre repas sans problème dans ce cadre très luxueux.

  8. Lucy dit :

    Les adultes sont mieux nantis… pas dans l’enseignement.
    Chez nous, 100 profs, 3 toilettes hommes, 2 toilettes dames !

  9. Catherine Tilquin dit :

    cloclo
    « Dans notre école, comme dans la majorité des écoles où j’ai travaillé, il nous est demandé de ne pas laisser les enfants se « promener » dans les couloirs. Car ce serait « notre responsabilité » s’il arrive un accident. Qu’en est-il exactement? »

    C’est exact, puisqu’ils sont sous notre bonne garde pendant nos cours.

  10. Véro dit :

    Et chez nous, enfants et instits partagent la même toilette.

  11. Schulmeister dit :

    Sujet intéressant et trop souvent occulté.
    Je suis enseignant en zone rurale en France. Notre école appartient à un regroupement pédagogique et les problèmes que vous décrivez ne sont pas mon quotidien.
    J’ai la chance d’avoir deux wc pour une classe, les élèves savent qu’ils peuvent sortir pendant un travail écrit mais qu’il vaut mieux éviter pendant une leçon ou toute intervention de l’enseignant. Si l’on est malade, on fait au plus vite et il est inutile de demander la permission.
    Il est arrivé exceptionnellement qu’une élève défèque dans la poubelle prévue pour les filles(!) La psychologue scolaire pourrait sans doute en dire long…
    Les garçons commettent parfois des erreurs de « visée » mais dans l’ensemble, la propreté est respectée.
    Un WC par classe pourrait sûrement motiver et éviter des comportements « anarchieurs » dûs à l’anonymat qui protège l’amateur d’art pariétal et fécal.
    Il faut réellement être attentif et les anecdotes que vous évoquez ne sont sûrement pas des exceptions. Comme pour la discipline ou l’acceptation de l’autre, la propreté des toilettes est liée à l’effectif qui y accède, une petite unité permet un vécu beaucoup plus serein et de meilleures conditions d’apprentissages, mais allez donc prêcher en ce sens alors que la politique actuelle est d’entasser les enfants par centaines dans des écoles où l’on se sent anonyme.

  12. Suzanne Dubois dit :

    Encore un articles pour ceux qui se soucient des sanitaires à l’école.

  13. Cod dit :

    Quand la Reine se déplace, elle exige d’avoir son cabinet d’aisance personnel! Question de statut social disiez-vous ?

  14. Josy dit :

    Dans les écoles où j’ai enseigné (secondaires professionnelles et techniques), il nous était demandé de ne pas laisser les élèves se rendre aux toilettes pendant les cours. J’ai toujours passé outre de cette interdiction en signalant aux élèves concernés que je leur faisais confiance et qu’ils devaient s’en montrer dignes ! Dans l’ensemble (et après 35 ans), je n’ai pas relevé plus d’une petite dizaine d’élèves qui ont profité de la situation et il s’agit de petits incidents… ¨Pour certains élèves, il faut reconnaître que se rendre aux toilettes est un moyen d’évacuer leur stress (une petite bouffée d’air). Il y a quelques mois, j’ai rencontré un ancien élève qui m’a gentiment avoué que s’il sortait de ma classe à chaque inter-cours, c’était pour aller fumer une cigarette. Je lui ai répondu que je le savais (mais j’avais compris aussi qu’il se sentait mal à l’aise dans sa classe et qu’il avait besoin de prendre quelques bouffées de nicotine pour tenir le coup. Que se serait-il passé s’il n’avait pas eu cette possibilité ? nul ne le sait…) !

  15. Swinnen dit :

    Ce matin, ma fille a eu besoin d’aller aux toilettes avant la formation des rangs. Une institutrice lui a refusé l’accès aux toilettes sous prétexte que « ce n’était pas le moment ». Heureusement ma fille est très expressive et est venue me trouver à la grille. Je lui ai donné la main et l’ai accompagnée aux toilettes. Celui ou celle qui aurait voulu m’en empêcher aurait dû me passer sur le corps ! Ma fille respecte les règles de l’école à la lettre et comprend pourquoi des limites sont établies.
    Ici cette limite n’avait aucun sens : c’était un fait ponctuel car elle va toujours aux toilettes le matin avant de partir sur le chemin de l’école.

    Je comprends tout à fait que c’est un fait difficile à gérer car mes parents sont enseignants et j’ai moi-même enseigné assez pour m’en rendre compte.
    Mais que devait-elle faire ? Baisser sa culotte et faire pipi dans un coin de la cour ?

    Son grand frère, dans le même cas, n’aurait rien osé dire et aurait fait dans sa culotte. Les toilettes sont tellement tabou dans son école que pour lui c’est un grand malaise. Et il a eu tellement de mal à apprendre à être propre dans un tel contexte qu’aujourd’hui, à la moindre contrariété, il fait dans son pantalon. Si mon homme ne m’avait pas retenue, j’aurais changé d’école depuis longtemps. Nous habitons à deux pas de l’école : ça aurait été très dommage !
    Alors en attendant de trouver à nouveau du travail, je vais les chercher à midi deux jours par semaine. Ces 2 jours-là, ils sont plus sereins. Je les y laisse les 2 autres jours pour qu’ils ne perdent pas le contact avec leurs amis et n’aient pas trop de mal à s’adapter à mon absence quand je travaillerai…

    Certains parents donnent des mouchoirs en papier à leurs enfants pour être sûrs qu’ils aient de quoi s’essuyer. Je ne suis pas de ceux-là car je sais que ça bouche les toilettes et je leur ai expliqué.