2010-2014 : les défis de Simonet

Dans quelques jours, des milliers d’élèves retrouveront les bancs de l’école. La ministre Marie-Dominique Simonet reprendra elle aussi le collier après quelques semaines de congés. Si l’année qui vient de s’achever n’a pas été un grand cru sur le plan des initiatives et des grands chantiers promis l’été dernier – c’est le moins que l’on puisse dire – on peut peut-être penser que le gouvernement a préféré se donner le temps d’étudier les dossiers et de trouver ses marques avant de foncer bille en tête. Une attitude somme toute plutôt responsable. Mais cette année, la ministre devra se mouiller et définir une politique claire. Il est fini le temps où l’on pouvait se contenter d’assurer la continuité avec le gouvernement précédent. Les engagements pris doivent être concrétisés. Les enseignants attendent des actes ! Mais quels sont les principaux chantiers en souffrance? Enseignons.be dresse la liste…

La pénurie d’enseignants

Rien n’a été entrepris cette année. Et la situation s’est encore un peu plus dégradée. S’il y a de plus en plus d’élèves dans les écoles, surtout à Bruxelles, il y a de moins en moins de profs… surtout à Bruxelles. Mais de manière générale, la crise des vocations touche aussi toutes les provinces de la Communauté française, tous les niveaux d’enseignement et tous les réseaux. Il n’y a plus une ou deux disciplines en pénurie : elles le sont toutes. On cherche aussi bien des profs de français, de math, de sciences que des profs de morale, de langues ou d’informatique. Même les instituteurs commencent à manquer lorsqu’il s’agit de trouver des remplaçants en cours d’année. Du coup, il n’est plus rare de trouver des ancienne hôtesses ou des vendeuses de pralines venues d’Ostende transformées en profs de langues.

Réguler les inscriptions, c’est bien, mais on ferait bien de commencer par se pencher sur la pénurie d’enseignants. L’an dernier, le professeur de néerlandais était un kiné, un kiné de Bruges mais un kiné quand même.1

Certaines écoles vont même jusqu’à débaucher des étudiants avant qu’ils ne soient diplômés ! Ajoutons à ce constat peu reluisant que 40% des profs abandonnent leur charge après 5 ans de carrière. Si le cabinet se dit bien conscient du problème, il reconnait que tout reste à faire pour revaloriser une profession qui dégringole. Quelles sont les priorités?

  1. Mettre en place le fameux système du tutorat qui permettrait aux enseignants de plus de 55 ans de profiter d’un horaire aménagé afin de guider et conseiller leurs collègues fraichement diplômés. Ce système présenterait un double avantage : les anciens presteraient moins d’heures face aux élèves et bénéficieraient d’une fin de carrière en douceur et les jeunes profs profiteraient ainsi des conseils et de l’expérience de leurs aînés.
  2. Revoir la formation des régents et instituteurs afin de la faire passer de 3 à 5 ans. La revalorisation du métier passera par une formation plus complète et une meilleure rémunération.
  3. Faciliter la passage d’un réseau à un autre. Actuellement, seule l’ancienneté pécuniaire est conservée lorsqu’un enseignant preste dans différents réseaux. La réalité du terrain devrait inciter le politique à revoir sa copie et permettre enfin au temporaire de conserver son ancienneté statutaire.
  4. Repenser le système des désignations, peu efficace et transparent. Il est honteux d’observer que chaque année, des enseignants sont encore désignés la veille du 1er septembre. Les erreurs de l’administration conjuguées aux copinages et aux pistons font qu’à chaque rentrée scolaire, de nombreux profs quittent le navire, écœurés.

Ma meilleure amie a déjà subi du « chantage » de la part d’un désignateur : elle avait un mi-temps dans une école x et aurait voulu plus d’un mi-temps. Le désignateur lui a alors proposé une école vraiment vraiment difficile. Elle refuse car elle sait qu’il y a des heures dans une école juste à côté de chez elle (ben oui, c’est l’année où j’ai été désignée pour deux temps-plein et où dès que j’ai su dans quelle école j’allais, je l’ai appelée pour lui dire de foncer, qu’il y avait un horaire complet dans l’école x, on était le 29 août la préfète cherchait quelqu’un d’urgence). Non. Pour elle, si elle voulait l’horaire complet, c’était deux mi-temps dont l’un dans l’école super difficile ou rien. En gros, le désignateur met la pression car il ne trouve personne pour l’école réputée difficile et il sent qu’elle souhaite un temps plein. Elle a finalement refusé, ayant un mi-temps dans un autre réseau.2

La fusion des réseaux

Parler de la fusion des réseaux est encore un tabou pour de nombreuses personnes. Et pourtant, ce système unique en Europe a montré ses limites depuis bien longtemps. Véritable gouffre financier, il exacerbe la concurrence entre les écoles. Résultat, l’enseignement est devenu un marché et les élèves des clients. Les écoles s’affrontent sur le choix des options, parfois au sein d’une même commune… ou d’un même réseau. Il serait pourtant plus constructif de fédérer les bonnes volontés et de mettre en commun le matériel et les hommes, surtout dans le cadre de la formation aux métiers techniques dont on sait que les machines sur lesquelles peuvent s’exercer les élèves sont rares et les profs expérimentés encore plus.

Le boom démographique à Bruxelles

D’ici 2020, la population bruxelloise aura gonflé de plus de 170.000 habitants. Il y a urgence à construire de nouveaux bâtiments scolaires et de nouvelles crèches pour faire fasse à l’explosion de la demande. Le gouvernement doit, cette année, définir sa politique par rapport à la construction de nouvelles écoles, en concertation avec le ministre Nollet (Ecolo), compétent pour les bâtiments scolaires, et les pouvoirs organisateurs.

La ministre semble avoir compris l’importance qu’il y avait à mettre enfin ce chantier en route. Elle a récemment annoncé que pour réduire ce qui peut être un frein à la création d’écoles, elle envisageait de lever l’interdiction de construire une école à moins de deux kilomètres d’une autre. Cette piste ne concernerait toutefois que les zones à besoins spécifiques, les communes du nord de Bruxelles essentiellement, a précisé le cabinet Simonet.

Le décret inscriptions

Il aura monopolisé toutes les énergies en 2009-2010. On ne peut que souhaiter que la page puisse enfin être tournée pour les quatre années à venir même si, inévitablement, il y aura encore quelques mécontents. La ministre devra impérativement revoir sa copie à la rentrée afin de corriger certaines absurdités. La situation des élèves issus de l‘immersion est un bon exemple. Les pénalités infligées aux élèves étudiant en périphérie bruxelloise en est un autre… Le système de calcul de l’indice accordé à chaque élève devra également être plus transparent et mieux expliqué. Idéalement, les parents devraient pouvoir eux-mêmes faire les calculs. Ce qui est très difficile aujourd’hui. Une bonne loi est une loi qui est comprise.

Pour le Segec (Secrétariat général de l’enseignement catholique), le décret a également eu un autre effet pervers : à l’échelle de la Communauté française, il y a trois ou quatre fois plus d’écoles complètes qu’en octobre 2009.

Dans l’enseignement catholique, 30% des écoles sont saturées. Ce mouvement suggère qu’on assiste à un déplacement assez significatif de la population scolaire vers les écoles les plus demandées, et, partant, on assiste à des difficultés de recrutement dans les écoles les moins demandées, avec une concentration de moins d’élèves en plus grande difficulté scolaire. Le fait qu’il y ait plus de mixité sociale dans les écoles les plus demandées ne signifie pas qu’il y aura moins de dualisation dans le système scolaire.3

La question du foulard

Le gouvernement osera-t-il enfin prendre position dans ce dossier qui a déjà fait couler beaucoup d’encre? A l’heure actuelle, les écoles – comme les P.O -  sont libres d’interdire ou d’autoriser le port de signes convictionnels. Une responsabilité lourde et difficile à assumer. Le Conseil d’État ne voit aucun obstacle à une interdiction généralisée à toute la Communauté française.  Mais le CdH va-t-il s’engager plus avant au risque de froisser un électorat musulman qu’il ne cesse de flatter depuis quelques années? N’oublions pas que la première élue voilée au parlement est issue des rangs humanistes…

Citons encore la mise en œuvre du décret relatif à l’encadrement différencié, la mise en place de la négociation tripartite (P.O., syndicats et gouvernement), etc.

Comme on le voit, les défis pour notre ministre sont nombreux. Elle joue maintenant sa crédibilité et celle de son parti. Gageons qu’elle en soit pleinement consciente.

  1. Le Soir – 21.08.10 []
  2. lu sur le forum d’Enseignons.be []
  3. La libre – 20.08.10 []

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3 réponses à 2010-2014 : les défis de Simonet

  1. jacquesdb dit :

    Un réseau ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Que les écoles officielles fermeraient leurs portes ? Ou les écoles libres ? Ou alors que tous les réseaux seraient financés de la même manière: ô pourquoi pas ? L’enseignement (qui aurait été catholique) recevrait 100 % de financement et plus 70 % comme c’est aujourd’hui. Mais alors, où est le gain ?
    Mais je veux bien un seul réseau.
    Par ailleurs, les « désignations » n’existent pas dans le libre et cela semble bien fonctionner. Je n’ai jamais vu de nomination politique ni de chantage en 32 ans d’enseignement.

  2. Prof de français dit :

    Bon nombre de chantiers à entreprendre, c’est un fait. Reste à voir ce qu’on fera.

    Le passage de 3 à 5 ans n’est pas une bonne idée : revoir la formation initiale, pourquoi pas. Mais quelle sera la grille-horaire ? Il y a cinq ans que j’ai décroché mon diplôme… Je me souviens d’un cours de 20 heures pour dire « Il y a du formatif, et du certificatif ». Il y a donc un risque de remplir de manière insensée une grille-horaire.

    Je suis par contre tout à fait pour la fusion des réseaux. Pour en avoir fait deux, au quotidien, cela ne change rien. Je m’amuse toujours quand j’entends des collègues dire « Dans le catholique, c’est mieux… ». J’entendais le discours inverse dans le catho…

  3. oufti10 dit :

    Bonjour,

    « Une bonne loi est une loi qui est comprise ».

    100% d’accord. Mais, je ne pense pas que ce soit la volonté du monde politique ni de certains hauts fonctionnaires. Quand tout le monde comprend (enfin, pour ceux qui ont un minimum d’instruction) nous arriverions dans une quasi démocratie avec une vraie transparence (oufti l’utopie).

    Exemples : – calculer le revenu cadastral d’une maison devrait être simple (en utilisant eventuellement des coéfficients suivant le lieu d’habitation).
    – les dérogations pour le choix de la langue en 1ère année du secondaire ( ce n’est plus une dérogation pour celui qui a compris …)