L'école flamande encore plus flamande

Face à l’explosion de la demande scolaire à Bruxelles, conséquence du boom démographique annoncé, la Flandre commence à s’organiser. Au mois de septembre prochain, les écoles flamandes de Bruxelles ouvriront 320 nouvelles places mais surtout, explique Pascal Smet (SP.A), ministre flamand de l’éducation, limiteront leur accès aux non-néerlandophones. C’est que depuis quelques années, les parents flamands souhaitant scolariser leurs enfants dans des écoles néerlandophones de la capitale rencontrent de plus en plus de difficultés au moment de l’inscription. Trop de places sont « trustées » par des francophones voire même des allophones. Du coup, ils doivent se tourner vers la périphérie pour trouver une place à leur progéniture. Pour Jean-Luc Vanraes (Open VLD), le ministre bruxellois du Budget, en charge de l’enseignement néerlandophone à Bruxelles, cette situation n’est plus acceptable. Les petits flamands « pur jus » ne représenteraient plus que 15% de la population dans l’enseignement primaire néerlandophone et 37% dans le secondaire. Plus interpellant, en maternelle, 50% des enfants ne parlent ni le néerlandais ni le français à la maison.

55% des places réservées au néerlandophones

Les établissements néerlandophones de Bruxelles sont bien décidés à stopper net cet afflux de « nouveaux arrivants ». Pour ce faire, ils prévoient de réserver jusqu’à 55% de leurs places aux candidats flamands, au lieu de 45% ailleurs en Flandre. En janvier, les écoles inscriront en priorité les frères et sœurs ; en février, les élèves parlant effectivement le néerlandais à la maisons et les élèves défavorisés. En mai, les places restantes (s’il y en a) seront ouvertes aux francophones et aux enfants d’origine étrangère. Autant dire qu’il y aura du changement puisque, l’an dernier, au mois de janvier, 13 des 19 communes bruxelloises affichaient déjà complet !

Trop de places « trustées » par les francophones

Pour profiter d’une priorité quelconque et ainsi pouvoir inscrire son enfant dès le début des inscriptions, il faudra montrer patte blanche. A l’époque, jurer qu’un des deux parents parlait le néerlandais était suffisant. C’est fini. Papa ou maman devra exhiber un diplôme secondaire néerlandophone, une attestation prouvant qu’il/elle a suivi durant neuf ans l’enseignement néerlandophone ou réussir un test de langue.

Garantir l’accès aux néerlandophones et favoriser la mixité sociale

C’est donc un véritable filtre anti-francophones qui serait placé. Raison officielle : garantir aux néerlandophones un accès à leurs écoles. Mais il y aurait également d’autres intérêts moins « politiquement corrects ». En élevant le quota de Flamands à Bruxelles, le ministre Smet contente à la fois les parents et… le réseau libre flamand (qui s’assure ainsi d’un contingent d’élèves au profil requis). De plus, il corrigerait quelque peu le déficit linguistique et scolaire flamand de la capitale, ce qui n’est pas pour déplaire aux autorités du nord du pays. Enfin, et c’est plutôt positif,  il lutte contre l’homogénéité des classes et la ghettoïsation de certaines écoles néerlandophones peuplées parfois uniquement de primo-arrivants, ne parlant pas un mot de néerlandais. La scolarisation de ces enfants est donc très difficile… plus difficile que s’ils partageaient leurs bancs d’école avec des camarades autochtones s’exprimant dans la langue de Vondel.

Flamands et francophones doivent faire face aujourd’hui au même défi à Bruxelles : assurer la mixité scolaire et l’hétérogénéité des élèves. Et vu l’offre scolaire actuelle, il y a urgence.1

  1. Le Vif – 6.08.10 []

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7 réponses à L'école flamande encore plus flamande

  1. Claude Wolteche dit :

    Devant une telle discrimination dans notre capitale, d’autant plus grave car dans notre système d’éducation, ma réaction risque d’aller à l’encontre de vos règles de politesse!
    Je garderai donc le silence!!!

  2. Xavier dit :

    « C’est donc un véritable filtre anti-francophones qui serait placé. »
    Ce n’est pas exact, ce filtre s’applique aussi aux anglophones, germanophones et autres arabes .

    Même si je trouve le procédé dommage, je le trouve, in fine assez logique.

  3. Piou dit :

    C’est la raison officielle ca… ou comment mieux flamandiser la capitale. En faisant d’une pierre deux coups. Implacable. Oui, c’est un filtre anti-francophone si les francophones sont majoritaires, pour l’instant, dans ces écoles. Ce ne sera plus le cas dans quelques années.

  4. C’est discriminatoire. Jusqu’alors, il était conseillé aux parents francophones d’enfants dys d’inscrire leurs enfants en communauté flamande, là où ils obtiennent les aménagements raisonnables pour leur assurer une scolarité normale malgré leur trouble d’apprentissage. Ce qui n’est pas du tout le cas en communauté française où l’on estime qu’un peu de logopédie en primaire suffit à guérir la dyslexie, si les enfants échouent ensuite en secondaire, c’est parce qu’ils sont paresseux.

  5. hedwigeviolette dit :

    Très peu de différences avec une forme d’apartheid… ce n’est pas la couleur de la peau mais la langue qui sert de « filtre ». Et la ligue des droits de l’homme fait quoi??? Et après on dira encore que l’enseignement francophone est nul!!!!

  6. Valériek dit :

    On y arrive donc.
    Ce qui me surprend moi c’est que s’il n’y avait pas tous ces francophones dans les écoles néerlandophones, bon nombre d’entre elles seraient plutôt peu peuplées non?
    Mes enfants sont en enseignement néerlandophone car j’estime qu’il leur est nécessaire d’acquérir une bonne connaissance du néerlandais. Les flamands demandent aux francophones de faire des efforts pour apprendre le NL et après voilà qu’ils s’en plaignent…

  7. Renaud dit :

    Comment contourner la règle alors ?