CGSP : trois priorités pour revaloriser le métier

La CSC (chrétien) et la CGSP (socialiste) sont les deux syndicats les plus représentés dans le monde enseignant. Alors que se profile à l’automne un nouveau round de négociations sectorielles, Le Soir a demandé eux deux présidents leurs priorités pour revaloriser le métier d’enseignant. Pascal Chardome, le Président de la CGSP-Enseignement est le premier à ouvrir le bal.

Priorité n°1?: la formation

Pascal Chardome veut une réforme de la formation des profs. Il faut, dit-il, l’amener au niveau universitaire, c’est-à-dire au niveau du master, même si elle reste dispensée en haute école. « Il ne reste plus que trois pays en Europe où ce n’est pas le cas. La formation des enseignants en Communauté française est aujourd’hui totalement inadaptée à la réalité des écoles. En particulier en matière de gestion des conflits, de détection des difficultés des élèves ou de remédiation. » Et ce, souligne-t-il, alors que la lutte contre l’échec scolaire est devenue pour tout le monde une priorité.

La CGSP regrette qu’aucune discussion n’ait débuté sur cette question et se dit ouverte à tous les scénarios, notamment sur les modalités d’un allongement des études et sur leur contenu. Elle rejette en tout cas en bloc l’argument selon lequel des études plus longues risqueraient de décourager les vocations?: «?Il suffit de voir qu’en Scandinavie, la pénurie d’enseignant a quasiment disparu après que les études ont été rallongées. Ils en sont presque à devoir imposer un numerus clausus?! » Pour Pascal Chardome, il va de soi qu’une formation approfondie s’accompagnera d’une «?revalorisation pécuniaire et sociétale » de la profession d’enseignant.

Priorité n°2?: l’accompagnement des jeunes

«?Deux jeunes enseignants sur cinq quittent le métier avant de l’avoir pratiqué cinq ans », martèle le président de la CGSP-Enseignement qui ne comprend pas que le gouvernement n’ait pas encore pris le taureau par les cornes, depuis le temps que dure l’hémorragie. Pour Pascal Chardome, les négociations sectorielles prévues d’ici la fin de l’année seront l’occasion de remettre le sujet sur la table, en le liant à la question très sensible des prépensions.

On sait en effet que pour des raisons budgétaires, la ministre Simonet veut revoir – sinon carrément supprimer – le système dit des DPPR (entendez?: départs précédant la pension de retraite) qui permet aux enseignants de partir en prépension dès 55 ans à des conditions favorables. «?Ce sera le sujet qui fâche de la rentrée », prédit Pascal Chardome, pour qui il est hors de question de le supprimer.

En revanche, le syndicat socialiste est prêt à débattre de l’aménagement des fins de carrières et propose des pistes alternatives. Dont celle qui consisterait à permettre aux enseignants plus âgés d’alléger leurs horaires pour consacrer une partie de leur temps de travail à accompagner des profs débutants. Pour les aider à faire leurs premiers pas. Et amortir ainsi le choc de la confrontation à des classes difficiles dans lesquelles ils sont aujourd’hui lâchés sans filet.

C’est ce que certains appellent le tutorat ou le mentorat des jeunes enseignants par leurs pairs plus expérimentés. Une idée défendue par tous les partis politiques avant les dernières élections régionales, mais qui n’a pas avancé d’un iota depuis un an que le gouvernement est en place. Or, dit Pascal Chardome, «?on ferait d’une pierre deux coups. En rendant le début de carrière moins difficile et la fin de carrière moins pénible, on réduirait l’hémorragie d’enseignants là où elle est la plus importante, chez les plus jeunes et les plus âgés ».

Priorité n°3?: l’attractivité du métier

Comment rendre le métier d’enseignant plus attractif?? Au-delà des pistes déjà évoquées, Pascal Chardome pense qu’il s’agit surtout d’améliorer les conditions de travail. Une piste à suivre?: celle de l’encadrement différencié. «?Il faut poursuivre et amplifier ce système, qui permet à la fois de diminuer le nombre d’élèves par professeur dans les écoles difficiles et de recruter des professionnels pour assister les enseignants. » Educateurs, psychologues, logopèdes, assistants sociaux, médiateurs… Ce dont les écoles ont besoin. Mais dans l’épure budgétaire qui est celle du gouvernement actuel, ce serait déjà beaucoup si le système était maintenu…1

  1. Philippe Berkenbaum – Le Soir 26.08.10 []

Commentaires

  1. Echocynique dit :

    Encore pire que leur collègue de la CSC!

    La formation? Ce n’est pas la durée qui est importante, mais le contenu. les élèves changent (et cela ne date pas d’hier) et les formations restent les mêmes.

    Et pour les congés payés à 55 ans, il persiste, signe et insiste.

    Que fait le syndicat pour rendre l’ambiance de travail plus motivante? Rien: il demande à la ministre plus d’argent, plus d’avantages, plus, plus, toujours plus?

    Serait temps que les syndicalistes soient formés, à la gestion, à la motivation.

    3 ans ou 5 ans?

  2. hedwigeviolette dit :

    En tant que déléguée syndicale par « obligation morale »…je ne me retrouve absolument pas (ni moi ni mes collègues) dans ces « aspirations ». Quand vont-ils dénoncer les lourdeurs administratives comme le fameux dossier PIA? Les conditions de réussite, les règles à suivre aux délibés qui sont une honte pour les profs. Bref…nos conditions sur le terrain…Et pas des grandes idées qui ne vont rien changer à notre quotidien.

  3. alain dit :

    Remplacer la DPPR par une augmentation significative des salaires…..cela risque de coûter aussi cher….et je n’y crois pas ( et ce n’est pas cela que les enseignants qui sont à bout demandent)
    La remplacer par un « tutorat »: mais le tutorat de qui? Rares sont les jeunes qui endossent encore la carrière..et dans quelles conditions??? Le « tuteur » ne sera-t-il pas employé par les directions pour « remplacer » les collègues absents?…sauter d’une classe à l’autre est encore moins « confortable »pour l’enseignant en fin de carrière que de continuer à enseigner à horaire plein dans sa (ses) propres classes.
    Attention!!!

  4. Xavier dit :

    @hedwigeviolette

    Le PIA peut être un outil extraordinaire.

    En fait j’enseigne dans deux écoles, une du CEPEONS et une du SEGEC;

    Les profs du SEGEC sont enchantés, ceux du CEPEONS pas.

    Peut-être est-ce la traduction dans les faits du décret qui pose problème?

    Sans vouloir relancer une polémique sur les réseaux, c’est peut-être l’application du décret (ou de la circulaire) qui est différente?

  5. oufti10 dit :

    Allonger les études comme en 1984 (les instituteurs et les régents) sans que rien ne soit prévu.
    Allonger pour allonger voila un beau programme politique. J’adore cette manière de gérer.

    Comme déja dit dans plusieurs messages précédents, tous les soucis de l’enseignement ne sont pas dans l’argent.
    Mais c’est plus facile de dire que c’est une question de budget.

  6. oufti10 dit :

    Des outils extraordinaires … il en existe plein dans tous les domaines.
    Mais, sont-ils adaptés à tout le monde ? Fixer des objectifs, c’est super. Donner des pistes pour y arriver c’est normal. Imposer un tas de c … c’est c …

  7. Xavier dit :

    @Oufti

    C’est notre devoir de citoyen de « remonter » les infos à qui de droit.

    Deux exemples: la revue PROF: « elle doit plaire puisque rares sont les profs qui ont demandé de ne plus la recevoir »

    les formations « La plupart des formations ont suffisamment de profs inscrits et les évaluations sont « relativement » (sic) bonnes »

    Donc « au-dessus », tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes…

  8. Salamone dit :

    Je pense que l’idée de « tutorat » des jeunes enseignants est excellente et permettrait aussi à l’enseignant de mieux combattre l’échec scolaire.
    En effet, les jeunes enseignants ne sont pas « aptes » lorsqu’ils débutent à cerner les différents problèmes que peuvent rencontrer les enfants en apprentissage. Alors que les enseignants expérimentés, qui ont déjà vécu différentes situations (dyslexie, dyscalculie, hyperactivité avec TDA ou pas, et autres problèmes, …) seraient tout à fait aptes à faire remarquer aux jeunes enseignants que tel ou tel enfant aurait des difficultés parce qu’il présente l’un de ses troubles! Les enseignants expérimentés qui se sentent la vocation d’aider les jeunes enseignants, pourraient leur apporter une aide précieuse dans la préparation des projets de classe, pour motiver les enfants (car cela est aussi un problème majeur). Bref, je ne m’étalerai pas davantage sur ce sujet qui mérite vraiment d’aboutir.