CSC : trois priorités pour revaloriser le métier

La CSC (chrétien) et la CGSP (socialiste) sont les deux syndicats les plus représentés dans le monde enseignant. Alors que se profile à l’automne un nouveau round de négociations sectorielles, Le Soir a demandé eux deux présidents leurs priorités pour revaloriser le métier d’enseignant. Eugène Ernst, le futur-Président de la CSC-Enseignement, est le second à ouvrir le bal.

Priorité n°1 : le respect des enseignants

Eugène Ernst succédera le 1er septembre à Prosper Boulangé pour piloter la centrale Enseignement du syndicat chrétien. Exactement sur la même ligne que son illustre prédécesseur. Pour lui aussi, ce sont les jeunes enseignants qui doivent être au cœur des préoccupations, vu leur propension inquiétante à s’enfuir à toutes jambes. Et le premier paramètre sur lequel il faut agir, selon lui, c’est le respect. « Les profs sont dépités parce qu’ils ne se sentent plus assez respectés. Ni par les élèves, ni par les parents ni, surtout, par les pouvoirs organisateurs. »

C’est par exemple la situation fréquente, pour ne pas dire systématique, du jeune enseignant qui ne sait toujours pas fin août où il donnera cours à la rentrée, ni à qui ni comment ; ce sont les profs qu’on appelle un dimanche pour effectuer un remplacement le lundi, sans le moindre accompagnement, sans outils ni consignes ; c’est l’incroyable délai qui perdure entre le moment où un enseignant effectue un intérim et celui où il est payé, alors que pendant tout ce temps, il perd évidemment son chômage : « On précipite dans la paupérisation des jeunes enseignants qui acceptent des charges temporaires pour échapper au chômage », regrette Eugène Ernst.

Et puis il y a la relation aux élèves et à leurs parents. Complètement dégradée.

Deux logiques s’affrontent, estime le syndicaliste, pas toujours compatibles. Les enseignants ont des objectifs d’apprentissage à moyen ou long terme, alors qu’élèves et parents s’inscrivent dans le court terme. Beaucoup perçoivent l’enseignement non plus comme un service public, mais comme une valeur marchande dont ils attendent des résultats immédiats. C’est le règne de l’enfant-roi et dès que quelque chose ne va pas, on se plaint à la direction. L’enseignant ne se sent pas toujours soutenu et son autorité est sapée.  Dans beaucoup d’écoles, ajoute Eugène Ernst, la violence verbale est la norme, quand elle n’est pas physique. « Et de nombreux professeurs ont peur des contacts avec certains parents. Il faut tout mettre en œuvre pour soutenir la fonction enseignante et rétablir son autorité ».

Priorité n°2 : les aspects financiers

Eugène Ernst le reconnaît : financièrement parlant, les profs ne sont pas si mal lotis. Du moins lorsqu’ils ont un horaire complet. « Mais ils ne bénéficient d’aucun avantage extralégal et, surtout, les temps partiels sont courants. Impossible, pour beaucoup, d’avoir une réelle indépendance matérielle. » Il est aussi de plus en plus difficile d’atteindre une stabilité dans la fonction, ajoute le secrétaire général. Les statuts prévoient un certain nombre de priorités, mais beaucoup ne les obtiennent pas.

Parce qu’ils n’ont pu avoir un horaire complet ou, tout simplement, à cause d’une de ces bizarreries dont notre enseignement est coutumier : l’ancienneté censée permettre aux enseignants de revendiquer un poste stable ne se mesure pas seulement à l’intérieur des réseaux, mais carrément vis-à-vis d’un même pouvoir organisateur. Autrement dit, un prof qui change de PO perd toute l’ancienneté acquise. « Et dans l’enseignement libre, un PO, c’est souvent une seule école », précise Eugène Ernst.

Priorité n°3 : l’accompagnement des jeunes

C’est clair, les jeunes enseignants et leurs conditions de travail sont au cœur des préoccupations des syndicats. La CSC est sur la même longueur d’onde que la CGSP : il faut profiter des discussions qui s’annoncent sur les fins de carrière pour alléger la charge de travail des enseignants plus âgés et leur permettre d’aider les plus jeunes à faire face aux difficultés.

« Il ne peut être question de revenir sur le système des DPPR, martèle Eugène Ernst, mais nous sommes ouverts à l’idée de motiver les anciens à rester actifs plus longtemps. Par exemple en réduisant leur temps de travail au-delà d’un certain âge et en les incitant, sur base volontaire, à consacrer une partie de leur activité au soutien des enseignants qui débutent. » Pour la CSC, l’âge-pivot, « avant épuisement », devrait être 50 ans.

Pour le nouveau patron des enseignants chrétiens, c’est la qualité de l’enseignement qui est ici en cause. « Les conditions de travail des enseignants et les conditions d’apprentissage des élèves sont inextricablement liées. Sans amélioration des premières, on n’améliorera pas les secondes. »1

  1. Philippe Berkenbaum – Le Soir 26.08.10 []

A lire également



Vous êtes responsable de ce que vous publiez, aussi bien civilement que pénalement. Sont donc interdits sur ce site les propos: diffamatoires, haineux, obscènes, injurieux, menaçants, racistes, illégaux ou ne respectant pas la vie privée des personnes.

Merci de relire votre message avant de l’envoyer. Nous n’acceptons pas les commentaires comportant des erreurs orthographiques, grammaticales et syntaxiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Connect with Facebook

*

6 réponses à CSC : trois priorités pour revaloriser le métier

  1. Echocynique dit :

    Il fait rire, Prosper Boulangé.

    Le respect des profs?
    Comment se faire respecter quand les profs se mettent en grève alors qu’on leur demande d’enseigner le nombre d’heures contractuel.

    Quand ils font grève pour partir en congés payés à 55 ans.

    Quand les syndicats ne disent rien lors du décret Mixité, etc.

    Les aspects financiers et les nominations tardives? Le système des nominations à vie est tellement coûteux qu’on est obligé d’attendre le nombre d’élèves avant de pouvoir désigner les profs.

    Et ainsi de suite.

    Que les syndicats balayent devant leur porte au lieu de dire n’importe quoi!

  2. Prof de français dit :

    @ Echocynique : Vous êtes enseignant, vous ?

    Par contre, je vous suis totalement : il faudrait que les syndicats reviennent les pieds sur le terrain et écoutent la base ( à savoir leurs affiliés ).
    Les préoccupations de ces cocos dans leurs bureaux éloignés des classes sont loin de rencontrer les nôtres, sur le terrain.
    Les syndicats laissent passer des bêtises sans réagir ( PIA, par exemple ).

  3. alain dit :

    Remplacer la DPPR par une augmentation significative des salaires…..cela risque de coûter aussi cher….et je n’y crois pas ( et ce n’est pas cela que les enseignants qui sont à bout demandent)
    La remplacer par un « tutorat »: mais le tutorat de qui? Rares sont les jeunes qui endossent encore la carrière..et dans quelles conditions??? Le « tuteur » ne sera-t-il pas employé par les directions pour « remplacer » les collègues absents?…sauter d’une classe à l’autre est encore moins « confortable »pour l’enseignant en fin de carrière que de continuer à enseigner à horaire plein dans sa (ses) propres classes.
    Attention!!!

  4. pat dit :

    On n’est pas aidé si Ernst devient le n°1. Un vrai fossoyeur qui ne s’intéresse qu’à lui-même.
    D’accord avec les deux premières réponses !

  5. Julien dit :

    En tant que jeune instituteur et ayant l’idée d’aller voir autre part je trouve ça bof.

    Oui, le respect il n’y en a plus et je parle même pas de certains parents…

    Pour le salaire, il est pas si mal finalement. Si je me décide à quitter le métier, c’est pour le manque de stabilité. Trois années d’études et encore quoi, 10 ans(?) pour avoir une place stable? En gros, pas d’enfant ni de maison avant la trentaine car sans stabilité, on est jamais pris au sérieux et beaucoup de choses deviennent hors de portée.

  6. Echocynique dit :

    Oui je suis enseignant :-)