Quand les écoles se débrouillent

C’est l’une des difficultés des écoles : pourvoir au remplacement des profs absents. C’est même souvent la croix et la bannière. Pour pouvoir être temporairement remplacé, il faut que l’enseignant soit absent pour une période assez longue, deux semaines au moins, ce qui n’est souvent pas clair dès le départ. Et lorsque le besoin est identifié, où trouver un remplaçant prêt à ajouter des heures de cours à son programme existant ou à s’investir dans une école pour quelques jours ou quelques semaines? Sans parler de la continuité des cours…

Le résultat est là. A cause de cette carence, les élèves dont un professeur est manquant et non remplacé ne voient pas du tout le programme de leur année scolaire. Ils accumulent ainsi les lacunes et ne peuvent être évalués correctement.

« J’ai l’impression qu’on fait des économies sur le dos des élèves. »

Autre problème : ils ont souvent comme professeur, une personne qui n’est pas formée pour le poste. Dans une école du nord de Bruxelles, à Laeken, un professeur licencié en romanes et détenteur d’une agrégation doit enseigner le français à des élèves du niveau inférieur et même à des classes dites « différenciées ». Comme il n’est pas employé à la place qu’il devrait occuper normalement (à savoir professeur de français et de latin pour les trois dernières années du secondaire supérieur), il est en « article 20 » et coûte moins cher à son établissement. Seulement, sa formation ne correspond pas aux classes dont il a la charge.

Après une agrégation universitaire, nous avons un très faible bagage en pédagogie. Nous avons effectué 30 heures de stage et on nous donne des enfants qui ont, au contraire, besoin d’avoir de très bons pédagogues. Ils ont déjà raté deux années dans le primaire et doivent passer leur CEB et nous n’avons aucun conseil.

La pénurie contraint également les directeurs d’établissement à engager des diplômés de sciences économiques pour enseigner le néerlandais et qui ne sont pas bilingues. « Si vous avez un diplôme du supérieur et un certificat de bonnes vies et mœurs, vous pouvez enseigner, explique un professeur. C’est dramatique pour les enfants. »

Bientôt des « articles 20  » majoritaires dans les écoles?

D’autres sont engagés du jour au lendemain. C’est le cas de Cédric, professeur de français depuis deux ans.

J’ai postulé pour un poste de professeur de français dans une école bruxelloise. J’ai été reçu en entretien et j’ai bien précisé que je terminais mon mémoire de journalisme et que je n’avais pas d’agrégation. Le chef d’établissement m’a plutôt vendu le poste sans me poser de question. J’ai commencé le lendemain alors que je n’avais jamais enseigné. En tout, l’annonce pour ce poste vacant est restée 3 semaines sur Internet et il n’y a pas eu d’autre candidat.

Ensuite, Cédric n’a jamais eu ni de formation en interne ni de contrôle poussé de la part de sa direction, bien trop contente d’avoir trouvé un remplaçant.1

  1. Le Soir – V. Lhuillier – 26.08.10 []

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Vos commentaires

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  1. Anaïsnin dit :

    Juste pour corriger ce qui est écrit ci-dessus : un licencié en romanes + agrégation a bien le titre pour enseigner dans les TROIS dernières années de l’enseignement secondaire (et les deux dernières en P et TQ) et n’a nullement le titre pour enseigner le latin …

  2. Prof de français dit :

    Pourquoi ne pas constituer une réserve de professeurs pour une série d’écoles ?
    Cette solution, même si elle est critiquable et comporte quelques désavantages, aurait le mérite de pallier au remplacement de membres du personnel absents…

  3. Benoit dit :

    Attacher 4 professeurs à chaque école, couvrant presque l’entièreté des disciplines (math-sciences ; littéraire ; langues) qui seraient chargés, durant toute l’année scolaire, de palier aux absences des uns et des autres (maladies, formations,…) et qui pourraient aider au travail administratif et/ou éducatif le reste du temps…

  4. caro dit :

    bon… et… des titulaires remplaçants ??? rattachés à un groupe d’écoles ??? ya pas moyen ???