Désignations : témoignages d’un cauchemar

Cela fait maintenant deux semaines que les enseignants ont repris le chemin de l’école. Du moins, ceux qui ont eu la chance de recevoir le coup de fil (ou le courrier) tant attendu. Trop nombreux sont ceux qui sont restés dans l’incertitude et aujourd’hui encore, des centaines de profs essaient de régulariser leur situation et d’obtenir enfin quelques heures de cours. S’il y en a qui préfèrent renoncer et choisir une nouvelle voie professionnelle, les autres s’accrochent au risque de se heurter parfois au mépris de l’administration et au copinage. Car la pénurie que nous vivons ne signifie nullement, et c’est paradoxal, que ce sera le plein emploi pour tous les enseignants. Il faudra parfois attendre quelques semaines pour décrocher un remplacement ici et là… ou plier bagage et rejoindre l’une des deux provinces (Hainaut et Bruxelles) où le manque de prof est le plus criant. Mais on gardera également à l’esprit qu’une place d’enseignant se mérite et que pour l’obtenir, il faut parfois se battre. Dire que quelques-uns pensent encore naïvement que tel ou tel poste leur est dû, classement faisant foi…

Trop de pistons, trop de copinage…

Enseignons.be a compilé les témoignages. Et ce n’est rien d’écrire que le service des désignations a fait preuve d’une incompétence crasse cet été. Nous n’avons jamais reçu autant de messages de la part de nos membres ou de représentants des syndicats : mauvaises désignations, non-respect du classement, grossièretés, menaces et chantages ont été le lot de nombreux temporaires qui essayaient, en vain bien souvent, d’y voir un peu plus clair. Bizarrement, la presse écrite ou télévisée n’a jamais relayé cette information. Mais si cette injustice est certainement moins médiatique que la problématique des enfants sans école, elle n’en reste pas moins un cancer qui ronge notre métier, qui écœure les meilleurs d’entre-nous, ceux qui refusent de s’abaisser à mendier pour travailler.

Témoignages

J’ai été désignée pour 16h dans une école. L’un de mes collègues n’a envoyé aucune candidature, est sorti deux ans après moi et a pourtant obtenu un temps-plein. Pourquoi faut-il toujours se battre pour faire respecter ses droits?1

J’ai reçu une désignation de la CF le 2 juillet ce qui était une super bonne nouvelle surtout que je restais dans le même établissement. Hier (31 aout), je me rends à l’école pour la réunion et je croise le préfet qui m’annonce au milieu du couloir qu’il n’y a pas de place pour moi ! Il ajoute qu’il ne m’a pas contacté car cela lui est sorti de la tête. Il était 14h quand j’ai appris que je n’avais pas de place aujourd’hui !2

Aujourd’hui, je peux même dire « très mauvaise expérience » à la CF. Le 29 août, toujours pas de nouvelle, je ne me tracassais pas trop en me disant que j’allais certainement encore être désignée dans la même école. 4 ans que j’y suis et j’ai la chance d’habiter ce village donc je m’y rends tous les jours à pieds. La directrice avait proposé ma candidature (comme tous les ans) pour un temps plein disponible ou un horaire de 18h (les deux horaires sur des places non-vacantes!). Et le 30 août, la directrice d’une autre école (à 30 km de chez moi) me téléphone pour me dire que je suis désignée chez eux. L’institutrice (temporaire) ayant obtenu la place que je souhaitais se tape 50 km et celle qui a obtenu les 18h (temporaire) fait une bonne trentaine de km (alors qu’elle n’habite pas très loin de l’école où j’ai été désignée). En me prévenant le 30 août, il me restait 1 jour pour trouver une voiture. J’appelle alors le syndicat qui m’informe que, si j’ai un temps plein, je ne peux rien dire car je ne suis qu’une temporaire et comme elle a si bien dit « les temporaires n’ont aucun droit ».
Si je veux essayer de changer la donne (1 jour avant la rentrée) je peux essayer de téléphoner au désignateur, mais surtout « ne rien revendiquer » car je dois le remercier de m’avoir donner un temps plein. Nous sommes de vrais pions que l’on balade comme on le sent. Et le pire, c’est que lorsqu’on pose des questions au désignateur où qu’on essaye de comprendre leur « choix »? on se fait répondre comme des malpropres. Nous avons des dates SCRUPULEUSES à respecter pour envoyer nos candidatures, ainsi que les candidatures pour les temporaires prioritaires, mais eux par contre, ont tous les droits, y compris celui de nous informer de gds changements 2 jours avant la rentrée et celui de ne pas penser au côté « humain » de leur décision.

Si je pouvais recommencer ma carrière, je ne choisirais certainement plus ce réseau, car malheureusement ce n’est pas ma première mauvaise expérience à la CF. Les autres fois, je sautais à cause de pistons!!3

J’en suis à ma 4e rentrée dans le métier et ma 3e à la CF et RIEN (l’année dernière rien avant janvier). Surpris, dégouté je suis. Je viens d’apprendre que dans une école, une personne est depuis janvier en remplacement et que de ce fait, elle est reprise pour un autre remplacement dans cette même école depuis la rentrée, jusqu’au 30 juin peut-être!! Mais vous savez quoi? Cette personne n’a qu’une seule candidature et en janvier 2010 elle n’avait aucune ancienneté!!!! Et moi, rien comme job! Il semble que les directions peuvent garder des temporaires pour des remplacements s’ils le désirent. C’est ça être instit ou prof? Jamais on m’avait signalé cette « petite précision du fonctionnement du système » à l’école normale…4

  1. Julie – 30.08.10 []
  2. Asmodée – 1.09.10 []
  3. Ana – 1.09.10 []
  4. dexter236 – 5.09.10 []

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  1. Julien dit :

    Chouette, je suis repris dans les témoignages!
    Je viens de contacter Le Soir, on va voir la suite!
    Même si je risque de changer, je compte me battre un peu car j’ai mal au ventre de voir et de lire tout cela!!
    Heureux de voir par contre que la situation est prise un peu plus sérieusement!
    La CF vaut elle la peine de se donner tant de mal?

  2. Wolteche Claude dit :

    Après 20 ans comme enseignant anglais/français langues étrangères je suis rentré en Belgique pour y faire autre chose que l’enseignement pour toutes les bonnes raisons que je vois dans vos témoignages :)

  3. Philippe dit :

    Je souhaite faire entendre un autre son de cloche ! Il est totalement injuste et indécent que le privilège de l’enseignant soit fonction de son ancienneté et pas de sa compétence ! C’est inacceptable!!! Ce sont les jeunes profs motivés et les élèves qui trinquent à cause de ces règles voulues par les syndicats …. Tout dépend du point de vue où on se place, Messieurs!

  4. Seccotinedbx dit :

    je suis sidérée par toutes ces magouilles mais il y en a partout.. malheureusement!
    Quand à la CF, je ne vois pas quels avantages elle offre… je travaille depuis 32 ans dans un PO communal et quand on y est … on y reste!!
    Bonne chance à vous!

  5. @Seccotinedbx : tout dépend du PO, dans la même entitée, j’ai été « évincée » par la fille du facteur et ensuite par la fille de l’inspecteur !!
    @Tous : Après 10 ans de voyages dans nos différentes provinces et réseaux je n’ai toujours pas d’école pour cette année, dur dur de rester motivée… courage à toutes et à tous…

  6. José Gregorio dit :

    Coupez les subsides à la guerre et ouvrez des écoles!

  7. Cécile 28 dit :

    Ingénieur agronome passionnée d’enseignement, j’ai quitté mon job dans le privé à 30 ans pr passer mon agrégation et enseigner par idéal, passion. J’ai ramé 4 ans en Belgique de remplacement en remplacement. Puis j’ai eu la chance d’être engagée par l’école belge du Burundi où je viens de commencer ma 3ème année comme prof de math-bio-religion et cette année « apprendre à apprendre » en 1ère secondaire. Si je rentre en Belgique, je n’ai aucune ancienneté, je redeviens « temporaire non prioritaire » alors vous comprenez, si un job d’agronome se présente, je marcherai sur mon coeur et laisserai ce si merveilleux métier… et franchement, je pense que des enfants y perdront car j’ai toujours eu un retour fantastique de mes élèves, ce sont EUX ma motivation, pas l’administration scandaleuse qui nous gère de façon écœurante…Mais bon, à l’approche de 40 ans, célibataire, je ne peux prendre le risque de galérer encore comme ça des années… Triste…