Le ministre Jean-Claude Marcourt peut se targuer d’avoir fait un fameux pied de nez à sa collègue de l’enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet, qui confirmait il y a quelques jours encore que l’allongement de la durée des études pour les régents et les instituteurs n’était pas pour demain. Il est vrai que cette réforme – prévue dans la déclaration de politique communautaire – risque de coûter la bagatelle de 800 millions d’euros. Il semblerait que le montant de l’addition ne gêne pas outre mesure le ministre socialiste… qui n’a encore rien dévoilé de ses pistes pour dénicher une telle somme.
Mais les réactions ont, dans l’ensemble, été plutôt positives. Même dans l’opposition où le MR, par la voix de Françoise Bertieaux, s’est réjouit de cette initiative. La libérale a insisté sur le fait que le renforcement des apprentissages de base des élèves repose nécessairement sur une bonne formation des enseignants et que la meilleure réponse qui puisse être donnée à la pénurie croissante que nous sommes en train de vivre repose sur le bagage qui leur sera donné pour embrasser leur carrière. La Bruxelloise regrette seulement qu’il faille encore attendre au minimum deux années avant de voir cette idée se concrétiser.
Je déplore que ce débat s’organise « à la Marcourt » qui, une fois de plus, va créer un groupe de réflexion et ce, pour gagner une année supplémentaire. Car sa table ronde sur l’enseignement supérieur a déjà eu lieu. Pourquoi le ministre n’a-t-il dès lors pas intégré cette question aux réflexions de la table ronde?
Une pluie de réactions… positives
La majorité est, on l’imagine, franchement enthousiaste. Ecolo épingle que la Belgique est un des derniers pays européens où ces études sont encore limitées à un cycle de trois ans. Pour les Verts, l’allongement à cinq ans de la durée des études pédagogiques devrait à la fois servir à renforcer le bagage académique de départ des enseignants mais aussi à permettre une immersion plus forte dans le métier.
Encourager le va-et-vient entre la haute école et le terrain
Mais cette mesure ne risque-t-elle pas d’aggraver davantage la pénurie, puisque durant deux ans, aucun nouvel enseignant ne pourra prêter le serment de Socrate? Le député Yves Reinkin (Ecolo) avance sa solution : appliquer aux futurs profs ce qui se fait pour les médecins et les avocats, à savoir un va-et-vient entre le terrain et les études après trois ou quatre années de formation.
Les syndicats applaudissent également. La CGSP prévient cependant que cette professionnalisation accrue du métier devra s’accompagner de « l’attribution d’un barème correspondant à celle-ci ». La FEF, plus méfiante, craint un effet d’annonce. Elle n’en dira pas plus tant que les étudiants des écoles normales, les premiers intéressés, n’auront pas été consultés. La fédération des Étudiants francophones assure « qu’elle participera à la réflexion. Le sujet est trop important. »1
- La Libre Belgique – 21.09.10 [↩]
Je trouve que ce n’est pas le fait de passer de 3 à 5 ans d’études qui va changer quelque chose. ce sont les formateurs qu’il faut changer. je suis sortie diplômée en 2004 et ma formation ne m’a pas beaucoup aidée ! J’ai appris en français durant ma dernière année : 6 mois de décompositions de phrases : les propositions subordonnées et relatives et 6 mois de cercles de lecture ! et en maths : les relations, les tangrams et la taxidistance ! Je croyais qu’on revoyait un cycle par année d’études et qu’on abordait de quelle manière acquérir les compétences nécessaires !!!! Les licenciés n’ont pratiquement jamais mis les pieds dans une classe primaire ou maternelle. Comment peuvent-ils nous donner des pistes, puisqu’ils ne connaissent bien souvent que la théorie ? Il faudrait que les formateurs soient plus des gens de terrain (et pas un instit qui vient 2 heures en AFP 2 heures par semaine tous les 15 jours !)qui nous transmettent leur savoir et leur expérience ! Pourquoi ne pas terminer sa carrière de cette manière ? Nathalie
100% d’accord avec Nathalie. Mon diplôme (licence en psychologie +AESS + rééducation en dyslexie/dysorthographie/dyscalculie)me permettait de donner cours aux futurs instituteurs et régents (y compris l’évaluation de leurs stages!), alors que je n’avais aucune expérience de ce métier (pas le moindre stage, même d’observation…)
Le plus fort : alors que j’aurais pu, tout à fait légalement, expliquer doctement à ces étudiants comment enseigner, il m’était interdit d’enseigner en primaires. Renseignements pris : j’aurais dû refaire complètement des études d’institutrice. J’étais donc considérée comme incapable d’enseigner en primaires, mais parfaitement capable d’enseigner … comment enseigner en primaires ! Où est la logique ???
Quant aux formateurs que j’ai rencontrés (j’ai été invitée plusieurs fois à des jurys de TFE pour de futurs régents en français), j’ai été EFFAREE par leur incompétence et surtout leur manque total de curiosité intellectuelle et d’implication avec leurs étudiants.
Il reste que l’essentiel serait sans doute de revoir les programmes, qui sont des monuments de « novlangue », inapplicables sur le terrain.
La formation des instituteurs en 5 ans …. et celle des régents resterait à 3 ans !? Je m’interroge !!!
On ne peut former correctement les futurs enseignants que si l’on a, soi-même, pratiqué !!! Bien d’accord avec Nathalie et Jacqueline !
INCROYABLE !!! La définition du mot « gouverner » est à revoir. Comme enseignant, j’ai l’occasion de lire pas mal d’imbécilités mais celle-ci est de taille et émane d’adultes.
Comme dit plus haut, la formation de ceux qui enseignent aux futurs instits, régents et licenciés (ne pas les oublier) est à pleurer.
Bon, passons à 5 ans car évidemment il y a un tas de sujets élémentaires qui n’ont pas pu être dispensés. Mais non … nous passons à 5 ans mais rien de concret, ils sont politiciens et ils improvisent (il faut penser aux élections). LA PREUVE, il suffit de remonter en 1984 on augmente la durée des études, mais les étudiants reçoivent exactement le même cours et je ne parle pas de ceux qui doublent qui iront rejoindre les malheureux à 3 ans mais ces doublants n’en feront que 2 !!?
Enfin, comme la Communauté française est riche est que c’est la que la solution se trouve …
Ahhh juste encore un mot, regardez où se situe la France aux tests pour les maternelles et comparer avec la Belgique. Cqfd.
Le monde politique ( et judiciaire, mais ça c’est une autre affaire) devient vraiment désolant. Vive la démocratie, tant qu’une majorité ne s’intéresse pas de plus près à leurs actes (et à l’histoire).
J’ai oublié … certains individus peu soucieux de nos élèves trouvent cette mesure super. Est-ce leurs intérêts ou celui des enfants qu’ils mettent en priorité ? Il suffit de regarder qui applaudit et de réfléchir aux implications.
Je suis aussi d’accord avec Nathalie et Jacqueline, cependant je trouve cette idée de passer à 5 ans plutôt que 3 intéressante car cela permettrait une meilleure formation des futurs enseignants (voir les résultats en Finlande par exemple), cela permettrait aussi de mieux répartir le programme, les cours sur les 5 années. Car ces 3 années d’études sont très concentrées: tests et travaux quotidiens, stages (pas encore assez nombreux), TFE. On nous demande beaucoup en peu de temps. Il est bien sur évident que le programme à enseigner devra être modifié en fonction du nombre d’années, il devra être plus riche et plus intéressant pour les futurs enseignants.
Madame Simonet est défavorable à une dépense qu’elle estime à 800 millions d’euros pour allonger la formation des professeurs, lui préférant « approfondir les formations continues, en cours de carrière, pour donner aux enseignants les outils dont ils ont besoin. »
A quels experts en pédagogie notre Ministre compte-t-elle confier son « projet ambitieux de formation » ?
L’inspectrice chimie biologie DS, à la question « savez vous ce qu’est la dyslexie » nous répond « je ne sais pas, je ne suis pas médecin »
L’inspectrice de mathématiques DS répond « c’est quand les enfants confondent les b et les d »
Le conseiller pédagogique mathématique DS fraîchement promu, bien informé de la dyslexie d’un de ses élèves du temps où il était prof (deux mois avant sa promotion) ne lui a posé qu’une seule question lors de son examen oral de juin : sur une fiche écrite, une question de géométrie dans l’espace. Le dyslexique éprouve de grosses difficultés à se projeter dans l’espace, mais le tir au sort en a décidé ainsi : l’unique question de théorie permettant d’évaluer ce que cet élève a appris en math pendant sa cinquième année secondaire est une question de géométrie dans l’espace. Le prof ne lui a posé aucune question, l’élève,« comme les autres », a répondu par écrit au tableau, ce qui est une difficulté connue chez l’élève dyslexique. La figure dessinée par l’élève est en miroir, mais le prof ne l’a pas aidé à représenter sa figure correctement afin que sa démonstration se base sur un schéma juste. Il l’a laissé se perdre dans sa confusion, ne lui a rien demandé, l’a noté 0/40, « manque absolu de travail », qu’il prouve en expliquant que « l’élève s’est décidé à passer en dernier, c’est le cas de ceux qui n’ont pas étudié leur théorie ».
Y a t il plus experts en pédagogie que deux inspectrices du DS et un chargé de mission auprès de la Commission de pilotage?
A quels experts en pédagogie notre Ministre compte-t-elle confier son « projet ambitieux de formation » ?
Eh bien si ils sont formés comme nous l’avons été à l’université, cela va être une belle régression !
€ Dine,
La Finlande … lol as-tu fouillé quelques minutes seulement sur la situation sociale de ce pays et leurs difficultés ?
Si nous devions copier ce qui marche bien ailleurs, cela ferait longtemps que nous ferions des toits plats comme dans les pays chauds