Sort-on trop facilement diplômé du primaire ?

On savait que 94,9 % des écoliers de 6e primaire avaient réussi le Certificat d’étude de base (CEB) en juin dernier, soit 5 % de plus par rapport à 2009. La Libre donnait, il y a quelques jours, les scores par branche. Ils sont impressionnants : 0,8 % d’échec seulement en éveil, 1,5 % en français et 4,6 % en math…

Que vous inspirent comme réflexions ces taux de réussite « canon » ? Le journal Le Soir a posé cette question à José Soblet, Secrétaire général de la Fédération de l’enseignement secondaire catholique (Segec) et Nico Hirtt, enseignant, fondateur de l’Aped, Appel pour une école démocratique. Voici l’opinion du premier :

Le fait qu’il y ait 95, 96 ou 97 % des enfants qui réussissent leur CEB, en soi, c’est une excellente nouvelle : on ne peut que s’en féliciter. Mais ce qui me fait réagir c’est qu’au terme de la première année de l’enseignement secondaire, pour un faisceau de raisons, on se rend compte que les niveaux de réussite ne sont pas à cette hauteur-là… Et qu’ils sont même en assez net décrochage par rapport à ces pourcentages. Je dis donc qu’il y a là quelque chose à étudier. Ma suggestion est de mener une étude scientifique sur ce que recouvre réellement, en termes quantitatif et qualitatif, en termes de maîtrise de savoir et de compétences, ce qui est attesté par un CEB octroyé entre 50 et 60 % par exemple… Avec cette question très concrète : « Est-ce qu’avoir 60 % au CEB permet d’accéder à l’enseignement secondaire dans de bonnes conditions de réussite ? ». Etant entendu que, du côté de l’enseignement secondaire, il y a probablement des efforts à faire pour gérer l’hétérogénéité des publics, pour individualiser davantage l’enseignement, etc. Sur les dernières années, on constate que le taux d’échec en fin de première année commune est en augmentation. D’où mes questions : « qu’est-ce que recouvre vraiment ce CEB ? » et « n’y a-t-il pas une surévaluation du niveau d’attente de la part des enseignants du secondaire en termes de maîtrise d’un certain nombre de choses ? »…

Le libre-choix mis en cause

Nico Hirtt se montre lui beaucoup plus critique même s’il souligne qu’à l’Aped, on est favorable aux procédures d’évaluations centralisées des connaissances, mais à la condition que cela ne contribue pas à l’aggravation des différences de niveaux entre établissements. En clair, il ne faudrait pas que les taux de réussite au CEB deviennent un argument de compétition entre les écoles.

Bien plus que le chiffre élevé de réussite aux épreuves du CEB, ce qui m’interpelle, ce sont les disparités qui se cachent derrière ce taux général. Le problème majeur de notre enseignement est l’écart entre les niveaux de performance. La Belgique est le pays qui connaît le plus grand fossé entre les 10 % d’élèves qui réussissent le mieux et les 20 % de ceux qui réussissent le moins bien. Aujourd’hui, les enfants ne sont pas égaux devant l’école. L’enseignement reproduit les inégalités d’origine sociale et les transforme en inégalités de résultats et en inégalités d’orientation scolaire.

On connaît les causes structurelles de ce phénomène. La première d’entre elles réside dans le libre-choix scolaire, qui favorise la concentration sociale. En clair, les plus performants se retrouvent entre eux et ceux qui ont besoin du plus de soutien se retrouvent entre eux aussi. Et malheureusement, on ne donne pas à ces derniers le soutien dont ils ont besoin. On a commencé à prendre des mesures pour lutter contre ce phénomène de concentration dans le secondaire ; je pense qu’il faudrait s’y attaquer dans le primaire aussi.1

  1. Carte blanche – Le Soir – 26.10.10 []

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Vos commentaires

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  1. Marie dit :

    Comme déjà répété à plusieurs reprises, ce qui compte c’est la grille de correction :-) .

    Sinon, le taux de réussite élevé au CEB peut provenir de plusieurs facteurs : le coût d’un élève dans une 1ère et 2e commune (plus faible que dans une différenciée), l’hypocrisie de nos penseurs en chambre, … Mais malheureusement, elle n’est pas le fruit d’une amélioration des « performances » chez nos têtes blondes, que du contraire.
    Evidemment cette baisse de régime tient à plusieurs facteurs aussi : la concurrence du net + jeux électroniques + tv …; le « burn out » d’enfants et parents, le nombre croissant d’enfants dont le français n’est pas la langue maternelle, …

  2. Sophie dit :

    Quand on sait que le niveau du CEB de juin n’était pas très élevé, on n’a pas besoin de s’étonner des super résultats obtenus….

  3. marie dit :

    Obtenir le CEB avec moins de 60% dans une matière, voire moins de 50%, c’est sûr que c’est trop peu. Un professeur doit faire progresser les élèves en difficultés, mais il doit aussi faire avancer les bons. Dans des classes de 24, les disparités sont telles que ce n’est pas facile. J’

  4. marie dit :

    J’ai un cours à deux vitesses en 1e secondaire, et je vous assure que cela me demande beaucoup d’imagination et de doigté pour ne pas blesser les élèves qui ne font que le minimum requis. Sans compter la somme de travail de conception d’exercices et de corrections.

  5. Guy Davin dit :

    On est reparti pour un tour; vous me faites rire avec votre niveau. Je tiens à préciser que dans notre école, l’équipe éducative n’accorde pas le CEB avec un échec; par contre, je connais un directeur qui a eu un sérieux problème pour avoir refusé d’octroyer le certificat aux élèves qui avaient moins de 60%. Selon mes sources fouillées avec un inspecteur, dans notre canton, le taux de réussite n’était pas meilleur dans les années 60,70,80,90. De manière unanime, dans notre commune, nous organisons les épreuves certificatives dans une salle surveillée par des observateurs externes.C’est un choix. Par contre, on peut faire passer le certificat dans sa classe sans avoir des observateurs donc…C’est déjà le cas avec le CTE en quatrième.On reçoit les épreuves deux semaines avant; l’honnêteté veut (c’est le cas dans nos écoles)que l’on ne regarde pas celles-ci avant la passation! Nous savons que d’autres ne pratiquent pas de cette manière puisqu’ils travaillent les matières deux semaines avant pour avoir de bons résultats (il y a toujours des fuites)… On pourrait envisager la solution qui consiste à surveiller les épreuves dans un autre PO; là, ce serait moins marrant pour les tricheurs.

  6. Guy Davin dit :

    Ne doit-on pas pratiquer le différenciation?…Même avec 24… que doit dire un instit qui a les 6 classes

    • jacqueline D. dit :

      L’instituteur qui a une « classe unique » a devant lui des élèves et des parents qui savent qu’il y a 6 niveaux dans la classe. C’est gérable (même si ça demande pas mal de travail). Le professeur de français de 3P qui a devant lui une classe de 24 a des élèves dont on fait semblant de croire (au niveau des programmes, des horaires,etc.) qu’ils ont tous le même niveau. Ces élèves ressentent le plus souvent comme une injustice de ne pas être tous traités de la même manière . De plus, pour pouvoir différencier, il faut que les élèves soient capables de travailler en autonomie, ou par petits groupes. Donc il faut qu’ils aient un comportement « scolaire » et qu’ils sachent lire des consignes. On est loin du compte dans une classe de 3P, croyez-en mon expérience !

  7. marie dit :

    Sauf que je n’ai pas que 24 élèves, mais 85…

  8. marie dit :

    Pour avoir accordé trop de temps à ma volonté d’individualiser mon enseignement, je viens d’avoir un sérieux avertissement de santé. Je vais devoir me résoudre à moins penser à mes élèves et plus à ma vie privée et personnelle. Je me dois d’accepter que je ne peux pas résoudre toutes les difficultés de mes élèves. Question de survie ! Je reproche au système de concourir à faire croire que le professeur peut remédier à tous les problèmes. Ce n’est pas vrai. Je ne vais pas renoncer, mais je vais apprendre à accepter qu’à l’impossible, nul n’est tenu.

    • jacqueline D. dit :

      Comme je vous comprends ! Bravo à vous de changer de cap et de prendre soin de vous avant tout.N’oubliez jamais qu’AUCUN donneur de leçon ne serait capable d’appliquer une semaine, dans vos classes, les « conseils éclairés » qu’ils vous donnent à longueur de recyclages, d’articles savants et …de consignes sur la mise en oeuvre de leurs programmes!

  9. annak dit :

    Mais qu’est-ce qui a donc tant changé ?
    Ma grand’mère, née en 1898, savait lire, écrire, compter et ne faisait quasiment pas de fautes d’orthographe. Elle n’avait pourtant fait que 3 années d’école primaire avant de devoir arrêter pour aider sa maman à élever les plus jeunes.
    Ne me dites pas que nos enfants sont moins malins !
    Sont-ils moins instruits ???
    Expliquez-moi !

    • jacqueline D. dit :

      Je fais le même constat Que vous, Annak. Et je pense que c’est dû en grande partie à l’évolution des programmes. De « mon temps » (née en 1946), TOUTES les matinées en primaire étaient consacrées aux « bases » : lire, écrire, calculer. Point barre.Les après-midi : géographie, histoire, dessin, chant, couture, actualités, religion, hygiène, culture, etc. Une sortie par an (le fameux « voyage scolaire »).
      Jetez un coup d’oeil sur les programmes des enfants d’aujourd’hui, regardez leurs cahiers, leurs horaires … le temps consacré aux « bases » a dû être divisé par 2, voire par 3.
      Ce qui est tragique (à mon avis) pour les enfants de milieu populaire (les autres s’en sortiront toujours). Il me semble essentiel que l’école primaire assure des bases solides. L’enfant qui sait VRAIMENT lire pourra acquérir des connaissances dans tous les domaines par la suite, qu’il continue des études ou pas. Pour moi, des sujets comme l’alimentation saine, le code de la route, l’écologie, le théâtre, les « projets », les « reportages » et autres (dont je ne nie pas l’importance, loin de là) passent après les bases. L’instituteur n’a pas le temps de les aborder en profondeur, en développant l’esprit critique. Donc , qu’on les aborde en-dehors des heures scolaires (par ex. pendant les fameuses « garderies » du matin, du soir et des vacances ! Avec du personnel formé, bien sûr !)

  10. guydavin dit :

    En réponse à Marie…
    On ne rajeunit pas; je trouve absurde d’aller dans mon cas jusqu’à 68 ans vu mon arrêt d’un peu moins de 10 ans.Je n’irai pas jusqu’à cette échéance…

  11. Marie dit :

    Pauvre Marie, je pense que Guy n’est pas sur la même longueur d’onde cfr commentaire du mois dernier.
    Mais je suis entièrement d’accord avec toi.

  12. CChrist dit :

    Au vu des critères de réussite demandé dans les CEB, je me demande encore pourquoi nous (enseignants au degré supérieur) nous sommes si exigeants avec nos élèves… Apprenons-leur juste à utiliser une calculette, utiliser une dictionnaire, un Atlas et ils obtiendront leur CEB! Heureusement que nous ne nous arrêtons pas à cela!

  13. guydavin dit :

    Dans les bases, il y avait le respect des instits; on donnait de l’importance aux devoirs. Nous sommes dans un monde virtuel où le parent demande à l’enfant d’être rapide pour apprendre. Nos enfants sont des Nitendoiste, Playstationistes, des Wifistes ayant une orthographite aigüe, une calculite aggravante. La faute à qui?… Les parents font des enfants …à toi l’instit de l’éduquer à tous les niveaux; les rôles ont changé. Regardons l’horaire d’un enfant pour le we. Il n’y a plus de place pour les devoirs et les leçons. A neuf ans il est fréquent d’attendre de la bouche d’un enfant qu’il n’a pas eu le temps…Cela m’énerve…

  14. Marie dit :

    Et oui Guydavin, je te rejoins encore sur ce point. Notre seul discordance se trouve dans l’article du mois passé ;-)

  15. angélique dit :

    Ca fait 3 ans que je ne vais plus en cours et je n’ai toujours pas mon diplôme. Je veux réussir à l’avoir mais je ne peux le passer à l’école à cause de mes problèmes de dépression. Que dois-je faire ?