L’échec préoccupe davantage les profs

C’est désormais ainsi, chaque année, l’inspection scolaire dépose un rapport sur les visites effectuées l’année précédente dans les écoles. L’an dernier, ce rapport avait été accablant pour le corps enseignant. Celui de 2010 ne contredit pas les conclusions concrètes de l’an dernier, mais elle introduit des raisons d’espérer. « Il serait assurément sot de croire qu’un an plus tard la situation ait changé de façon significative, écrit Roger Godet, inspecteur général coordinateur, auteur du présent rapport. Chacun sait qu’un système aussi complexe que l’est notre système scolaire n’évolue en effet pas d’une façon aussi rapide. Ce rapport ne vise donc pas à apprécier les évolutions qui auraient pu être réalisées en une année scolaire. Il vise à approfondir, à enrichir les constats, les analyses et les propositions faites au terme de l’année scolaire 2008-2009. »

Remédiation: les profs jouent le jeu

Principal enseignement positif: les profs semblent maintenant définitivement acquis à la nécessité de venir en aide aux élèves en difficulté. Les inspecteurs mentionnent ce souci dans tous les niveaux de l’enseignement, soulignant des exemples où les profs usent même de leur temps libre pour venir en aide aux élèves à problèmes. Au secondaire, cette remédiation est centrée sur maths, français et 2ème langue. Elle est plus appuyée au premier degré. Le rapport relève également une grande disparité au niveau des modalités (participation volontaire ou non de l’élève à la remédiation, périodicité, etc.). Au primaire s’est développée la pratique du maître de remédiation avec à l’occasion des formules de cotitulariat où ce maître est intégré à la classe. Mais l’inspection scolaire pointe aussi que, trop souvent encore, la remédiation intervient après des contrôles certificatifs, alors qu’une intervention serait souhaitable sans attendre l’évaluation formelle.Comprendre pourquoi un élève se plante, ce n’est pas simple. Godet écrit: « Quels que soient les disciplines ou les niveaux d’enseignement, les enseignants éprouvent des difficultés à deux égards: l’identification des difficultés, de leurs causes, et l’anticipation de ces mêmes difficultés. »

Les maths: le traditionnel casse-pipe

Quelles sont les matières à problèmes? Les mathématiques restent, comme l’indiquait déjà le rapport de l’an dernier, la matière où les difficultés sont les plus nombreuses: « quand un élève a plusieurs échecs, le plus souvent un de ces échecs concerne cette discipline« , dit le rapport. Un chiffre: 35,8% des 4èmes secondaires étaient en échec en maths en juin 2009. En juin 2010, à l’épreuve de fin de primaire (CEB), 64,7% des élèves en échec l’étaient en maths, uniquement en maths.Pourquoi posent-elles tant de difficultés aux enfants? « Le temps consacré aux apprentissages mathématiques ne semblent pas être en cause », écrit Roger Godet. Alors? Il est noté que le primaire privilégie les apprentissages numériques « au détriment des autres domaines ». Au secondaire, si la « répartition entre les divers domaines semble d’avantage en correspondance avec le programme », on relève que la trigonométrie est souvent (27% des écoles) reportée de la 3ème à la 4ème, voire supprimée. Au 2ème degré du secondaire, l’inspection constate de façon générale des « dépassements importants en algèbre ». De tout ça, l’inspection en tire que le « problème de la planification se pose assurément en mathématiques ». Et si la planification sur l’année pose question, ce serait surtout la planification au long du cursus qui pose problème (il manque surtout du « liant » à la charnière primaire/secondaire et entre les 3ème et 4ème secondaires). Selon le rapport, les profs de maths conçoivent leur disciplines comme un « mur de briques » (d’où l’idée, par exemple, que l’on peut reporter une discipline comme la trigonométrie à l’année suivante). Les inspecteurs préfèrent l’idée de spirale, avec l’élargissement progressif des concepts.

Le contrôles des absences

Enfin, les inspecteurs ont également analysé une série d’aspects de la « vie scolaire » comme le contrôle des absences. De là il ressort qu’en cas d’absence ou de décrochage scolaire, l’école préfère le contact direct avec le jeune et sa famille, plutôt que les démarches administratives et écrites.

L’immersion linguistique

Pour ce qui est de l’immersion, l’inspection est descendue dans 25 écoles primaires et 10 écoles secondaires pratiquant l’immersion linguistique. Et alors ? Il en ressort que l’esprit du décret est respecté. Mais ils observent par contre que dans les cours enseignés dans la langue-cible, le programme n’est pas toujours couvert. Au primaire, le programme serait respecté dans moins de la moitié des classes visitées. Même proportions au secondaire.1

  1. Source: Le Soir, 10/11/2010 []

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Vos commentaires

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  1. lilig dit :

    « Les profs semblent maintenant définitivement acquis à la nécessité de venir en aide aux élèves en difficulté »
    Ben oui, sans les inspections, on n’y aurait jamais pensé !

  2. Christine dit :

    On continue à nous infantiliser…Marre de ce système dégradant! Laissez nous faire notre métier! Ceux qui ont choisi ce métier par vocation ne supportent plus les critiques incessantes. Au lieu de juger de loin, plongez vous dans les classes sans juger…vous verrez comme votre point de vue changera vite!!

  3. marie dit :

    Il faut bien que les inspecteurs justifient leur salaire… Ce qui me sidère, c’est que la remédiation ne diminue guère le taux d’échec et ce, dans tous les cours. Quant aux maths, c’est incroyable qu’il ait fallu attendre l’inspection pour que les pontes se rendent compte qu’il y a un gros problème dans cette discipline. Depuis le temps que mes collègues ne savent plus à quel saint se vouer ! Enfin si cela peut contribuer à faire évoluer les choses…

  4. Marie dit :

    Dans mon école, il y avait plus de remédiations il y a 20 ans qu’aujourd’hui et je ne compte pas le bénévolat. Les profs ont, en grande majorité,toujours le souci des élèves et espèrent leurs réussites mais le bénévolat a fondu comme neige au soleil suite aux grèves de 1990 et 1996 (merci à M. Di Rupo et Mme Onkelinx, ceci sans stigmatisation d’un parti). J’allais oublier la réussite d’office de 1ère vers la 2e (difficulté de motiver les élèves)

    Concernant l’inspection, le système ne marche pas. Qu’est-ce qu’un inspecteur ? lol … si si réfléchissez et vous aurez une bonne réponse. Pourquoi vouloir devenir inspecteur ? Comment le devient-on ? (mdr)
    Qu’ils lisent les cours et examens : normal. Mais les profs qui ne font pas leur boulot, malheureusement ça existe, ils ne vont pas nécessairement les déceler. En effet si les cours sont communs, ils n’ont pas nécessairement participé à leurs élaborations.Sans compter qu’ils ne peuvent absolument pas apprécier leurs attitudes en classe.

  5. Benoit dit :

    M’enfin ?!!??
    Et tous les (très) bons résultats du CEB dans tout ça, alors ? En math, en français, etc etc.
    Je suis très étonné !!

  6. marie dit :

    J’ai une collègue qui a été inspectée et dont la conscience professionnelle, sur laquelle il n’y a rien à redire, a été sanctionnée par un rapport conforme. Ce que l’inspection n’a pas perçu, c’est que son cours ne passe pas parce qu’elle manque totalement de psychologie et qu’elle a une si mauvaise relation avec ses élèves que les conflits sont légions et que les résultats s’en ressentent. Ca l’inspection telle qu’elle est conçue n’a pas pu le voir. L’inspection est là pour voir si on respecte les programmes et la méthodologie des compétences. MAIS un bon prof, c’est d’abord et avant tout, quelqu’un qui sait faire passer son cours, selon moi… pas seulement quelqu’un qui est en règle administrativement.

  7. JacquesDB dit :

    Puis-je me permettre de poser une question naïve ?
    Pour quelle raison oblige-t-on tous les élèves à faire des maths ?
    Non, ne hurlez pas… Je pose simplement la question ?

  8. annak dit :

    Je vous invite à lire le dernier article de Nico Hurt sur les compétences et notre système d’apprentissage. Une diziane de pages reflètant beaucoup de ce que les profs disent et redisent depuis des années et que personne n’entend !
    On va dans le mur !

  9. Marie dit :

    Une explication qui en vaut une autre : enseignement général, qui « donne » donc des connaissances de base et devrait permettre de se débrouiller par la suite. Or, les math. interviennent dans une multitude de domaines, ce serait bien prétentieux de ma part de les citer tous.
    Un élève qui n’aurait plus de math. dès les secondaires serait donc « contraint » de faire déjà des choix très importants quant à son orientation.
    Maintenant, j’aurais pu mettre en évidence les points importants de ce cours : l’analyse, la justification, l’abstraction, …

    Cette question pourrait s’appliquer à tous les cours ;-) . Nous devrions tous nous remettre à l’agriculture mais basique … néandertalienne sinon les maths vont se ramener.

    C’est l’ensemble des cours qui
    donnent une formation générale.

    Voila JacquesDB, cette question est très importante pour nos élèves et je m’efforce d’une façon plus précise, en fonction des matières, d’y répondre … ici sans trop réfléchir ;-)

    • JacquesDB dit :

      Merci d’avoir pris la peine de me répondre et d’éclairer ma lanterne.