Y a-t-il trop de jours fériés « chrétiens »?

Les recommandations des Assises de l’interculturalité ont fait parler d’elles, comme prévu. L’idée de maintenir cinq jours fériés légaux - le 1er janvier, le 1er mai, le 21 juillet, le 11 novembre et le 25 décembre -, d’en supprimer cinq autres1 tout en en créant trois2 et en laissant le soin à chaque individu de choisir deux jours flottants selon sa culture ou sa religion a fait l’effet d’une bombe dans le petit monde de l’enseignement. Sans surprise, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer, entre autre, une atteinte sans précédent à nos racines judéo-chrétiennes.

Mais la proposition du Comité de pilotage de ces Assises pose aussi des problèmes pratiques. Dans les écoles, on ne voit pas très bien comment il sera possible d’offrir, à la carte, deux congés aux élèves – ainsi qu’aux professeurs – en fonction de leurs croyances (ou pas). C’est toute la question de savoir comment permettre à un individu de vivre sa culture tout en s’intégrant à la société belge. Beaucoup d’écoles accueillant un public issu de l’immigration font pourtant déjà des efforts afin de permettre à leurs élèves de pouvoir célébrer leurs cultes, en programmant, par exemple, une journée pédagogique lors de la fête de l’Aïd el-Kebir, l’une des fêtes les plus importantes de l’Islam.

Simonet, plutôt favorable

La ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet, estime qu’il serait pourtant possible de faire comme en Flandre, avec un jour de congé flottant pour les élèves.

Ça demande réflexion et concertation. D’un côté, c’est difficile, mais d’un autre, ca mettrait fin à une hypocrisie parce qu’il y a des enfants qui sont absents à la suite de certains évènements. Si la Flandre l’a fait, c’est que ça peut marcher.3

Le monde politique s’accorde cependant sur un point : ce dossier n’est pas prioritaire. Il y a des urgences à traiter avant de penser aux nouveaux congés qui devraient, idéalement, être d’abord pensés en fonction du rythme des élèves et non de leurs convictions.

Y a-t-il trop de jours fériés « chrétiens »?

Il y a ceux qui verraient bien notre calendrier se « laïciser » un brin et les autres qui défendent farouchement le maintien des traditions chrétiennes de notre pays. Avec quels arguments? « Ce que les Assises nous ont permis de faire, c’est d’écouter beaucoup de personnes et ce qui ressort, et c’est un témoignage très dur que je vais faire, c’est qu’il y a encore beaucoup trop de racisme » avoue Marie-Claire Foblets, co-présidente du Comité de pilotage « Interculturalité ».4

Racistes, les Belges? Ceux qui défendent les jours fériés chrétiens ignorent peut-être que ceux qu’ils jugent indispensables ne sont pas dans toute l’Europe pareils. Comme le dit Anne Morelli, Professeure à l’Université libre de Bruxelles et spécialiste de l’Histoire des religions et des minorités :

Si vous prenez un agenda bien fait, vous vous rendre vite compte que dans des tas de pays européens, le lundi de Pentecôte n’est pas un jour de fête. Même chose pour le 15 août, le lundi de Pâques ou le jeudi de l’Ascension. Il faut donc prendre le plus petit et non le plus grand dénominateur commun. Manifestement, le plus petit nombre de jours indispensables pour les chrétiens, c’est Noël, et éventuellement la Toussaint. Pâques et la Pentecôte tombent toujours un dimanche : ce n’est pas un problème ; pour ce qui concerne le jeudi de l’Ascension, faites un micro-trottoir et vous recueillerez les réponses les plus bizarres si vous demander ce que l’on fête à cette occasion… Ne parlons pas de l’Assomption, le 15 août. (…) Alors, bien sûr, il y a la question des écoles. Mais la réalité dans les établissements où il y a une forte proportion d’élèves musulmans, c’est que, déjà, ils ne sont pas au cours ce jour-là. C’est comme si on espérait que tout le monde vienne le jour de Noël.5

Peut-on envisager des accommodements raisonnables?

Faut-il envisager dans ce cas une extension éventuelle des accommodements raisonnables? Tommy Scholtès, spécialiste de l’information religieuse et directeur de l’agence de presse Cathobel pense que ce serait une manière de donner un statut à un certain nombre de fêtes d’autres religions mais il prévient aussi que certaines fêtes sont « sacrée » non pas tant qu’elles sont si importantes d’un point de vue religieux mais plutôt parce qu’elles font partie de la piété populaire. C’est le cas du 15 août, par exemple.M. Scholtès ne veut pas voir dans ces recommandations une tentative de « déchristianisation » de la société belge.

Si les fêtes de Yom Kippour (tradition juive) ou de l’Aïd (tradition musulmane) sont demandées par une partie significative de la population, je le comprendrais. Mais quand est-ce que cela devient important? Une minorité de la population a-t-elle la possibilité de demander que l’ensemble du pays soit mis sous régime férié? C’est en fait toute la question.6

Le professeur Guy Haarscher (ULB), lui, regrette que le rapport de ces Assises ait commis l’erreur de mettre sur le même plan les propositions de nature à lutter contre le racisme en tant que tel, à savoir le rejet des autres pour ce qu’ils sont, et l’acceptation ou non des revendications d’ordre religieux.

L’expression publique de la religion est difficile à gérer, elle s’accompagne souvent de régressions à l’égard des droits des femmes par exemple, de critiques à propos de la liberté sexuelle, de l’homosexualité, etc. En ce sens, les recommandations qui font la part belle aux revendications religieuses ostentatoires et conservatrices me semblent critiquables. C’est pour les mêmes raisons que je suis hostile au port du foulard et des signes convictionnels dans les services publics. Le rapport préconise leur interdiction uniquement si les fonctionnaires sont investis d’une fonction d’autorité. Cela me semble aller dans la mauvaise direction, parce que, quand on travaille pour l’Etat, on doit, quelle que soit la fonction occupée, pratiquer une neutralité absolue.7

Le débat n’est pas terminé

Sur Enseignons.be, le débat est vif depuis ce lundi. Sur la première communauté d’enseignants du pays, les professeurs souhaitent évidemment réagir. Extraits :

Nous sommes dans un pays de civilisation judéo chrétienne. Ceux qui arrivent ici doivent s’intégrer, donc accepter cette civilisation. Ils peuvent pratiquer leur religion, mais ils n’ont pas à imposer leurs coutumes dans notre pays. En faisant de telles propositions, ces « penseurs » font le lit de l’extrême-droite … y ont-ils pensé, enfermés dans leur tour d’ivoire ?8

Que de racisme dans ces propos ! Et cela vient de professeurs qui devraient enseigner la tolérance, les droits de l’homme. Je suis abasourdi ! La multiculturalité est un fait et il faut gérer ce fait là. Point.9

Le communautarisme N’EST PAS un fait. C’est une option politique et nous avons le droit de la contester. A force d’accepter le « politiquement correct » les partisans de cette reforme deviennent sourds aux problèmes du pays. Dire que la Belgique sera sauvée économiquement par les immigrés c’est une aberration. Les études macro-économiques faites dans d’autres pays ont montré tout le contraire. N’oubliez pas ce qu’avait prédit Boumedienne : « Nous vous vaincrons en utilisant vos lois et quand nous gagnerons nous vous gouvernerons avec la nôtre. »10

  1. Le lundi de Pâques, le 15 août, le lundi de Pentecôte… []
  2. La journée de la femme, la journée de lutte contre le racisme… []
  3. Sudpresse – 9.11.10 []
  4. JT RTL-TVI – 8.11.10 []
  5. Le Soir – 9.11.10 []
  6. idem. []
  7. La Libre – 9.11.10 []
  8. Baujoe – 9.11.10 []
  9. JacquesDB – 9.11.10 []
  10. Hakim – 10.11.10 []

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  1. JacquesDB dit :

    Anne Morelli ? Elle bouffe du curé tant qu’elle peut quitte même à mentir.
    Je préfère les propos du Père Scholtes.
    Personnellement, je ne suis pas certain que la masse de la population va accepter qu’on supprime le 15 août: c’est devenu une fête qui dépasse la religion.
    Supprimer les lundis de Pâques et de Pentecôte: pourquoi pas ? Je ne vois d’ailleurs pas en quoi ils sont considérés comme chrétiens…

  2. annak dit :

    Le mieux est l’ennemi du bien ! A force de vouloir contenter tout le monde, on va finir par arriver à un grand n’importe quoi.
    Imaginez que sous couvert de leur croyance les uns et les autres prennent d’office leurs jours de fête quoi que leur employeur organise. Pourquoi pas après tout, cela relève de la liberté individuelle !
    Ces assises ont mêlé des choses qui n’auraient pas dû l’être !

  3. annak dit :

    Et si on laissait le choix à chaque ville ou région ? Le lendemain du Doudou devrait être férié ! Pareil le lundi des fêtes de Wallonie à Namur et le 15 août à Liège !
    Ca promet…

  4. Quels sont tous nos congés scolaires ?
    Comptons que nous avons très officiellement 183 jours de travail. Dans ses 182 j, l’élève a droit à trente jours pour faire des révisions et passer des examens . Son année scolaire compte alors 152 jours pour valider sa nouvelle année avec des matières inconnues de lui.
    Une année civile comptant 365 jours, un simple calcul montre qu’un élève a 182 jours de congé par an. Quelles sont ces congés chrétiens qui dérangent certains.
    Les grandes vacances = 62 jours qui n’ont rien de bien chrétiens sauf le 15 août qui n’affecte que les catholiques romains. Un jour sur les 62 en question.
    Les vacances de la Toussaint : la Toussaint compte deux jours = un jour pour les saints catholiques et un autre pour la commémoration des défunts. Cela fait deux jours sur les 9 de ce congé, en comprenant deux « samedimanches » (;)).
    Noël : sur 15 j de vacances il n’y a que le 25 décembre qu’on peut qualifier de chrétien = 1 jour.
    Pâques : certes il s’agit bien de 15 jours, mais le jour des Pâques, c’est tout de même toujours un dimanche, on aurait congé de toute façon. Nous avons le lundi de Pâques. Soit : un jour.
    Ah ! Voilà le lundi de Pentecôte et le Jeudi de l’Ascension : deux jours contestables et contestés.
    Si je compte bien : 2 j (>Toussaint + Morts) + 1 j (Assomption ou Dormition du 15 aout)
    + 1j (>Noël) + 1 j (>Pâques) + 1j (>Pentecôte) + 1j (>Ascension) = 7 jours « chrétiens » sur les 182 jours du total. Donc 175 qui ne seraient pas chrétiens. L’homme est la mesure de toute chose, n’est-ce pas ?
    Si on les supprimait (ces sept jours chrétiens), cela nous ferait gagner une semaine (= 7 jours) de quoi exactement: congé ou travail ? Bon et alors… ? Déjà que les élèves ont des jours blancs… et nous des cheveux gris…
    Je m’étonne de ces cris d’orfraie pour si peu.
    Je m’étonne aussi de l’islamisation en douceur de la société belge et de nos institutions dont les écoles et qu’en même temps on veuille la décatholiciser et la déchristianiser. On introduit des coutumes islamistes en même temps qu’on reproche des coutumes catholiques depuis longtemps « laïcisées » et pratiquées sans une once de religion par le plus grand nombre.
    On s’excite pour un sapin de Noël qu’il faut cacher et qui n’a rien de chrétien sous couleur qu’il ne faut pas blesser la sensibilité d’amis musulmans. Excusez-moi, mais là j’ai beaucoup de mal à comprendre ceux qui nous gouvernent quand ils sont présents sur la scène politico-médiatique. Qu’ils essaient de dire quelque chose de « cohérent » et de clair.
    Par contre , je ne risque pas d’oublier la fin de l’article qui se termine par cette citation de Boumedienne :  » N’oubliez pas ce qu’avait prédit Boumedienne : « Nous vous vaincrons en utilisant vos lois et quand nous gagnerons nous vous gouvernerons avec la nôtre. » (supra, Hakim – 10.11.10 )
    Pour mémoire:
    En Communauté française, il y a de nombreuses années que les circulaires parlent très officiellement des congés d’automne, d’hiver et de printemps. Much ado for nothing.

  5. GérardMansoif dit gugus dit :

    J’utilise un pseudo…Je crois en moi puis-je avoir un jour de congé? Ma religion; croire en moi j’y ai droit non?????????????????????

  6. sév dit :

    Ce n’est pas du racisme que de vouloir s’accrocher à des traditions,
    il est vrai qu’en Belgique l’interculturalité est mise au premier plan mais à un moment donné il faut mettre un frein et se rappeler qui on est, les habitants « étrangers » de notre pays eux s’accrochent à leurs traditions et nous les jettent en pleine face; jusqu’ici la politique à été tolérante (peut-etre trop?)mais là STOP!
    S’ils veulent des congés pour leurs célébrations qu’ils les prennent, mais je ne veux pas fêter la fête du mouton, sinon je porterais un voile et je ferais ma prière 5 fois par jour.Donc je VEUX garder mes fêtes chrétiennes et vivre ma vie de belge chrétienne, à eux de s’adapter à nos coutumes s’ils veulent vivre avec nous et pas à moi de vivre à leur manière!

  7. pascal dit :

    Patrick, je partage entièrement votre analyse.