La gentillesse aurait-elle déserté les cours d’école, remplacée par la loi de la jungle ? Pour les spécialistes, pas de doute. Psychologues, psychiatres, enseignants, éducateurs, tous constatent le même phénomène : la violence et le harcèlement tendent à devenir la norme des rapports entre les enfants, mais aussi avec les adultes. Aucune tranche d’âge n’est épargnée.
André Agard-Maréchal, psychologue scolaire depuis trente ans, remarque que même « l’école maternelle, autrefois havre de paix, est touchée : les tout-petits peuvent être d’une violence débordante ».
Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Serge Tisseron, qui vient de publier un ouvrage sur l’empathie, a recensé plusieurs causes : les difficultés sociales (chômage, crise), culturelles ou encore familiales (familles monoparentales ou éclatées), qui placent les enfants en situation d’insécurité profonde, mais aussi l’institution scolaire elle-même.
« Je suis frappé de constater à quel point l’école est devenue une pyramide de maltraitances, dont les enfants sont les dernières victimes, témoigne le psychiatre, qui intervient régulièrement en milieu scolaire. Nommer des professeurs débutants face aux classes les plus dures, par exemple, c’est de la maltraitance ! » Or, souligne le médecin, on ne peut pas être empathique si l’on ne se sent pas en sécurité.
Dès lors, comment les enseignants peuvent-ils briser ce cercle vicieux et (ré) apprendre la gentillesse à nos enfants ? « Ils doivent chercher les raisons de ces comportements et intervenir à bon escient en apportant toujours une réponse », explique Alain Braconnier, pédopsychiatre.
L’ambiance d’un établissement est fondamentale. « La présence attentive des adultes, le soutien de la hiérarchie aux enseignants développent un sentiment de sécurité, indispensable à tous », affirme André Agard-Maréchal.
Traquer les humiliations
Moqueries, quolibets entre enfants, mais aussi humiliations des professeurs envers leurs élèves font le lit de la violence à l’école et de l’apprentissage de la méchanceté. Les mini tortionnaires, qui peuvent aussi être torturés à leur tour, « sentent » les faiblesses et foncent dessus.
Recadrer les insolences
Une fois encore, la pire des attitudes serait d’ignorer l’insolence. Dès qu’il y a transgression — et l’insolence en est une — il doit y avoir sanction. Pour autant, elle doit être adaptée au cas par cas. En revanche, si l’insolence devient la norme des échanges, Alain Braconnier et André Agard-Maréchal recommandent tous deux l’exclusion du provocateur, quel que soit son âge : marquer le refus de ce comportement par l’exclusion de la classe est utile à l’enfant comme au groupe.
Développer l’empathie
Présente dès l’enfance, l’empathie, cette extraordinaire capacité à se mettre à la place de l’autre, doit impérativement être développée si nous voulons que nos enfants deviennent des êtres humains civilisés. Pour favoriser l’identification, tous les moyens sont bons. Claude Diologent, professeur des écoles, invite les enfants à exprimer ce qu’ils ressentent lorsqu’ils sont insultés… afin qu’ils prennent conscience de ce que l’autre peut ressentir lorsqu’ils sont insultants.
Faire des activités ensemble
Rien de mieux pour favoriser les échanges et désamorcer les conflits que partager des activités. À condition que tout le monde participe vraiment. Visiter une exposition, c’est très bien, mais mieux vaut, selon Serge Tisseron, un jeu de société bien mené ou un atelier « pâtisserie », où tous les enfants coopèrent.1
- Alsace.fr – 13.11.10 [↩]
Nous, enseignants, nous avons déjà un exemple à donner en nous montrant fermes, bien sûr, mais rien n’empêche le sourire, l’amabilité, les renforcements positifs… vis-à-vis de nos élèves. Nos ados – c’est la tranche d’âge de mes élèves – ont si souvent une image négative d’eux-mêmes.
Apprendre la gentillesse à l’école…
Et bientôt, Mesdames Messieurs, pour votre plus grand plaisir :
Apprendre la politesse à l’école
Apprendre à se brosser les dents à l’école
Apprendre à lacer ses chaussures à l’écolé
Apprendre à jouer à l’école
Apprendre à …
Vive l’école !!!