Le coaching scolaire fâche les profs

Notre système scolaire est en panne. On la sait, les parents le savent et ce n’est pas faire injure à notre profession que de l’écrire ici. Les élèves n’ont jamais autant redoublé que ces dix dernières années. Le taux d’échecs en 1ère année du supérieur est gigantesque (jusqu’à 60% dans certaines filières) et, on ne le répètera jamais assez, si notre enseignement n’est pas sous-financé, l’argent n’est malheureusement pas consacré aux priorités des priorités (formation des enseignants, encadrement et remédiation des élèves, entretien des bâtiments, etc.). Du coup, « l’école gratuite » ne suffit plus pour de nombreux parents, qui se tournent alors vers le secteur privé pour combler les lacunes de leurs enfants. A côté du classique « marché noir » – le fils de la voisine qui vient donner quelques heures de maths après les cours -, il existe désormais un « marché blanc » en pleine expansion, entendez des firmes de coaching scolaire qui ont pignon sur rue et qui se paient même le luxe de faire de la publicité sur la chaine publique. C’est le cas d’Educadomo, dont la dernière campagne de presse a fait bondir la Confédération générale des enseignants (CGE) :

Le fonctionnement  d’un tel centre de coaching implique des choix que nous refusons et dénonçons. Le travail individuel à la maison prend le pas sur le travail collectif en classe; la responsabilité des parents est transformée en culpabilité, tout en offrant une possibilité de se débarrasser du problème en le confiant à quelqu’un d’autre contre rémunération. Ce qui a pour conséquence que les inégalités sociales sont davantage traduites en inégalités scolaires.

Un marché né de l’angoisse des parents

Pour les enseignants, c’est à l’école et à elle seule de prendre en charge les élèves qui éprouvent des difficultés.

Il n’y a pas de raison d’externaliser ce travail. Si, dans certains cas, le recours à une aide individualisée auprès de spécialistes se justifie (logopède, médecin, psychologue…), il est malhonnête de faire croire à des parents qu’une aide à domicile par des étudiants sans formation pédagogique puisse assurer la réussite de leurs enfants.

Mais ces boites privées de cours particuliers n’en ont cure et profitent d’un côté d’une demande croissante de parents inquiets et soucieux d’aider au mieux leurs enfants à surmonter leurs difficultés, de l’autre d’un certain intérêt des jeunes étudiants désireux d’arrondir ainsi leurs fins de mois. Les écoles même n’hésitent pas à faire leur publicité en distribuant aux élèves, en début d’année, une liste avec, parmi d’autres personnes-ressources, les coordonnées des boîtes de coaching !

Des coachs souvent sans qualification

Pour la CGE, l’essor du coaching scolaire est dû au « développement d’une société de la performance » – les boîtes de coaching « jouant là-dessus, sur l’angoisse des parents. »

Mais autant le savoir, « contrairement à d’autres formules comme Échec à l’échec ou les écoles de devoirs, Educadomo confie le coaching à des étudiants sans qualification pédagogique. »

La CGE appelle les acteurs scolaires, du politique aux syndicats, à se mobiliser pour que « le coaching payant externe n’ait plus de raison d’être ». Elle appelle les parents à « trouver le courage de renvoyer l’école à sa responsabilité dans l’apprentissage des enfants ». Car « en Belgique, l’enseignement obligatoire est gratuit. Les parents, quels que soient leurs moyens, ne doivent pas payer pour que leurs enfants apprennent ».1

Educadomo : « Une attention individuelle, c’est légitime »

Chez Educadomo, on ne comprend pas le pourquoi de cette levée de boucliers du monde enseignant. La société, née en 2005 et basée à Anvers et Bruxelles, emploie 8 personnes et dispose d’un réservoir de plus de 2.500 coachs actifs dans tout le pays. Elle propose un soutien scolaire à tous les étudiants, du primaire au supérieur en passant par le secondaire. Après le paiement d’un droit d’inscription (75 euros), l’heure de cours se facture 27 euros (+ le déplacement du coach).

En moyenne, pour vraiment aider un élève, il faut une dizaine d’heures de cours.

A l’heure actuelle, plus de 3.000 familles auraient déjà fait appel à la société pour plus de 100.000 heures de cours données depuis sa création. Un business qui marche, semble-t-il.

Comment Meir Malinsky, responsable de la société, s’explique-t-il le succès du coaching scolaire ?

L’école propose des remédiations mais la demande est telle que l’école ne peut pas suivre. Or, il est légitime que les parents souhaitent une attention individuelle, ce que l’école, souvent, ne peut plus offrir.

L’homme réfute également ne s’adresser qu’à une clientèle de niveau socio-économique supérieur. La coaching toucherait aujourd’hui un public de plus en plus hétérogène. Et la formation des coachs? Quid de leurs compétences à pouvoir enseigner?

Nos recruteurs, qui sont des enseignants, vérifient leur aptitude à prendre un élève en charge, à détecter les difficultés. Ils reçoivent aussi un vade-mecum. Un avantage : ils sont de la même génération que les élèves à aider – ils ont le même langage.

Cela suffit-il à en faire des profs qualifiés? Seuls les enfants qui ont suivi ces fameux cours particuliers peuvent le dire…

  1. Le Soir – 18.11.10 []

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Vos commentaires

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  1. marie dit :

    Cette tendance ne m’étonne pas. J’en ai des élèves « sous perfusion extra-scolaire »! Et pas mal, même. A qui la faute ? L’enfant, dès son plus jeune âge est assisté : pensez à toutes les activités qu’il se doit de pratiquer après l’école sous l’égide d’un moniteur ou d’un animateur. Quand a-t-il encore l’occasion de jouer seul, de créer par lui-même sans être stimulé par quelqu’un ? Et on voudrait qu’il se débrouille seul, qu’il travaille seul une fois aux études… Il n’y a pas de miracle, on ne peut lui en vouloir d’avoir tant de mal à y parvenir. En outre, à force de taper sur l’école,nos décideurs ont engendré une perte de crédit et les parents contaminés par cette méfiance ambiante se tournent vers d’autres alternatives qui, dans le chef de certains, sont plus prometteuses si elles sont chères. Pourquoi s’étonner que des gens sans scrupules s’engouffrent dans la brèche ?
    A force de tirer sur l’ambulance, voilà ce qui arrive, mesdames et messieurs les décideurs, faites davantage confiance aux enseignants de terrain.

  2. Daniel dit :

    Mais comment faire quand un prof est absent 3/4 mois et pas remplacé ? C’est la deuxième année que mon fils (3è et act 4è sec) n’a pas cours de Bio de sept à décembre (et pas d’examen en déc) pour cause de congé de maternité et d’absence de remplaçant ! Quid de la matière qui est ensuite vue à vitesse V et mal assimilée !! Et j’ai d’autres exemples !!

  3. JacquesDB dit :

    Plouff ! Un sacré pavé dans la mare des professeurs !
    Si cela existe, c’est qu’il y a une demande.
    S’il y a une demande, c’est qu’il y a un problème du côté de l’école !

  4. Frédéric dit :

    Le coaching scolaire existe depuis très longtemps mais il était mis en œuvre presque exclusivement par les parents ! Et ils passaient parfois bien plus de 10 ou 12 séances pour consolider les apprentissages ou remédier aux lacunes !
    Aujourd’hui, les parents préfèrent déléguer ce travail d’éducation à des coachs privés afin de prendre du temps pour faire d’autres choses avec leurs enfants (ou pas). C’est leur choix et les établissements scolaires (qui, eux, continuent à faire leur travail) n’en sont pas responsables !

  5. mantes217 dit :

    « c’est qu’il y a un problème du côté de l’école ! » Sans blague ! En voilà une nouvelle. Aux parents qui pestent contre les non-remplacements des profs ! Ce n’est que le début : PERSONNE ne veut faire ce métier ! PERSONNE !! C’est clair non ?

  6. wachtelaer dit :

    Il y a tous les jours des candidats pour faire ce boulot. le problème c’est que ce ne sont pas toujours les bons et que que, très souvent, ils sont mal préparés. mais c’est plus souvent la faute du système que des individus. ceci dit, la CGE s’indigne surtout pour se rendre intéressante; un commentaire plus détaillé sur mon blog.

  7. vaniria dit :

    Si les professeurs faisaient leur travail correctement, il ne faudrait pas demander à des étudiants de le faire à leur place et c’est tout.
    Heureusement que des sociétés comme Educadomo sont là pour aider les élèves.
    Il ne faut pas jeter la pierre à ces sociétés, mais aux écoles qui font en sorte que les parents se tournent vers elles.

  8. Julien dit :

    Et si les parents faisaient leur job de parent…AUSSI!

  9. Mandy dit :

    Excusez-moi,

    Je suis toute nouvelle coach chez Educadomo.

    Je suis en partie d’accord avec votre argumentation de manque de formations professionnelles. Cependant, Educadomo nous donne des outils; comme venir nous renseigner sur ce site. Nous passons des tests même s’ils sont bénins afin de voir si nous pouvons expliquer à des enfants la conjugaison ou encore l’accord des participes passés.

    Nous sommes en face de familles en demande. Un soucis de qualité entre en jeu. Personnellement, je retravaille les cours que je dois faire comprendre au bout de chou, la demoiselle ou le jeune homme en demande. Il est obligatoire d’avoir un souci de professionnalisme et donc d’essayer de donner son maximum.

    Quand il y a un manque de compréhension en classe, parfois on demande une reformulation par un élève. C’est ce que nous faisons ici individuellement.

    En effet, je n’ai pas de formation pour donner cours. Je fais des études en psychopédagogie et on ne nous apprend pas cela. Mais avons-nous réellement un effet nocif sur les enfants eux-mêmes? Des parents qui réagissent parce que leur enfant est en difficulté et qu’ils ne peuvent l’aider. Est-ce un problème? Rejet de leur culpabilité sur les épaules de quelqu’un d’autre est un peu poussé, je trouve.

    Je comprends un peu de votre point de vue. Tout en n’étant pas d’accord sur tout.

    Par contre, je suis payée 10 euros l’heure. Les 27 dont vous parlez sont loin de ma somme, peut-être faudrait-il penser que se sont des étudiants qui donne ces cours, il y a donc un certain prix à respecter. Et puis voir le pourcentage prit par Educadomo. Y a-t-il réellement du vol?

  10. Schouchka dit :

    Votre article est à côté de la plaque! Coaching scolaire et remédiation n’ont rien à voir! Le coaching vise les attitudes et comportement du jeune dans sa scolarité et dans sa vie en général. Il ne s’agit en rien d’un cours de math donné par un étudiant de rétho! Des formations existent, avec certification en fin de session. Il ne s’agit pas pour le coach de remplacer les parents ou les membres du corps enseignants, mais bien d’offrir une corde en plus à l’arc personnnel et pédagogique du jeune!

  11. Danico dit :

    Disons les choses comme elles sont. L’école est un moule dans lequel on espère que chaque enfant puisse entrer pour être formé. C’est juste un doux rêve de gens pas réalistes ou obéissant à une idéologie. Car dans une classe de 20 élèves qui suivent plusieurs matières, il n’y aura JAMAIS une réussite minimum de 80% des points dans toutes les matières pour tous les élèves. Il faut arrêter de raconter des bêtises. Ces résultats exceptionnels, l’école ne les a jamais offerts avant l’arrivée des sociétés de soutien scolaire et elle ne les offrira pas non plus si ces sociétés devaient disparaître. L’école ne doit pas être en conflit ou en concurrence avec les entreprises de cours particuliers. Les deux doivent s’allier car même si la transmission de savoir est plus fiable de manière individuelle cela ne peut être fait qu’en soutien au travail collectif des écoles. Le nombre des sociétés de cours particuliers a augmenté en Belgique début des années 2000 après qu’on ait vu le succès de l’aventure d’Acadomia en France. Mais également et surtout, après qu’un business modèle rentable a pu être trouvé et mis en place en Belgique. Donc la floraison des entreprises dans ce secteur n’a rien à voir avec le soudain échec ou la subite faillite de l’école qui connaissait ses problèmes depuis bien avant les années 2000. Il ne faut pas avoir des réactions épidermiques simplement parce que des gens gagnent de l’argent dans le secteur de l’enseignement.

    Cet article rapporte des choses complètement inexactes. Le paragraphe « Un marché né de l’angoisse des parents » est véritablement absurde. C’est un bel exemple de production de fausses informations à partir d’un élément vrai. Les entreprises de soutien scolaire se font de l’argent mais elles ne se sont pas dites qu’elles allaient en gagner parce que les parents étaient tout d’un coup devenus plus angoissés qu’avant ! Soyons sérieux. Ce n’est pas comme ça qu’on fait un business plan. Arrêtez de faire croire que ces sociétés sont dirigées par des riches bêtes et méchants comme ceux que l’on voit dans les films de James Bond… Ce sont des gens qui ont saisi une opportunité d’apporter une solution rémunérée à un problème. Mais l’aspect payant à lui tout seul ne doit pas faire dire que la démarche est mauvaise. Le principe de la gratuité de l’école est très beau mais il ne doit pas interdire l’existence de services particuliers et payants. Ils doivent coexister. La CGE se trompe de cible et s’accroche bêtement au principe de gratuité de l’école alors que celle-ci, même parfaite, ne pourrait jamais offrir le meilleur à tous, en tout. Et ce, du simple fait que les cours à l’école sont collectifs. Il est là l’avantage du soutien scolaire payant. L’école que nous connaissons ne mettra jamais un prof derrière chaque élève. Arrêtez de vous mentir à vous-mêmes. Les entreprises trouvent le moyen de le faire pour ceux qui paient. Donc arrêtez également de « pleurer » pour ceux qui ne peuvent pas payer car votre maison ou votre voiture est probablement plus grosse que celle de votre voisin. Et je devine que vous ne vous battez pas contre cela. Ces critiques contre les sociétés de cours particuliers ne sont pas objectives, elles sont politiquement motivées. Mais pendant que certains font des acrobaties intellectuelles autour de la « gratuité » (il y a quand même des frais et des inégalités) de l’enseignement, les sociétés de soutien scolaire, elles, montrent des résultats. Elles paient des taxes, récupèrent une partie de l’argent noir que l’état perdait et surtout elles sauvent certains gamins. Donc plutôt que d’ »appeler les acteurs scolaires, du politique aux syndicats, à se mobiliser pour que « le coaching payant externe n’ait plus de raison d’être » » La CGE ferait mieux de faire preuve de plus de réalisme et d’arrêter de faire perdre du temps et de l’énergie à tout le monde, parents, enfants, écoles, politiques, syndicats et elle-même. Et arrêter les débats idéologiques stériles. Qui dirige ce machin d’ailleurs ???