Pisa : notre école reste trop inégalitaire

Nous continuons notre analyse du dernier rapport Pisa dévoilé mardi. Dans son édito d’hier, intitulé « Il faut oser parler du redoublement », le journaliste du Soir, Pierre Bouillon, écrivait ceci : « Sur les 110 écoles francophones qui on participé au test 2009, 37 ont obtenu en lecture un score supérieur à celui obtenu par les champions de Finlande et Corée. Et ces élèves « d’élite » ne réussissent pas à nous faire valser au-dessus de la moyenne OCDE. C’est dire que les traînards sont paumés loin, très loin dans la cambrousse. » Tout est dit ! Si nos scores Pisa restent si médiocres depuis dix ans, ce n’est pas que nos élèves sont mauvais, ni stupides… c’est que l’écart entre les « bons », les « très bons » et les « très mauvais » est abyssal ! Notre école reste exceptionnellement inégalitaire. Et cela se paie cash.1

A l’autre bout du classement, la Finlande est le pays le moins inégalitaire : l’écart entre ses élèves les plus forts et ses élèves les plus faibles n’est que de 40 points. La Communauté française triple presque cet écart avec 151 points (l’équivalent de 4 années scolaires) !

Sans surprise, les élèves natifs réussissent mieux que les élèves immigrés… de même que les élèves issus de milieux socio-économiques favorisés laissent loin derrière les enfants issus de milieux plus modestes. L’écart entre le peloton (25 % des élèves les plus nantis) et l’échappée (25 % des moins nantis) est le plus grand de tous les pays industrialisés : 136 points d’écart, qui correspond à plus de 4 années de scolarité.2

Les filles plus performantes que les garçons

Personne ne s’étonnera non plus que les plus performants sont les élèves « à l’heure » (qui n’ont jamais redoublé). Les filles s’en sortent aussi mieux que les garçons. Une année d’étude. Voilà l’écart entre les garçons et les filles en Communauté française en lecture. Cet écart existe partout dans l’OCDE. Mais, parmi les pays où l’écart se réduit entre les sexes, c’est chez nous que Pisa note la meilleure progression : en 2000, l’écart était de à 35 points, en 2009, 25 points.

Pour Dominique Lafontaire, de l’ULg, c’est “la structure de notre système éducatif” qui explique en grande partie le déséquilibre. C’est-à-dire un système basé sur les filières.

Son raisonnement : plus on laisse l’opportunité aux parents de faire des choix sur les études de leurs enfants – filières générales, professionnelles ou techniques; redoublement ou non; etc. –, plus grandes sont les inégalités. Le constat se confirme d’ailleurs dans les autres pays pratiquant un enseignement à filières. C’est notamment le cas en Communauté flamande où l’écart entre favorisés et défavorisés est de 100.3

L’une des solutions pourrait donc être de réduire le choix… Non pas le nombre de choix (le nombre de filières ou d’écoles). Mais les moments où ils sont effectués.

Marie-Dominique Simonet réagit :

D’où notre volonté de renforcer le tronc commun comme nous l’avons fait avec la réforme du premier degré de l’enseignement secondaire. À l’heure actuelle, l’orientation vers des études professionnelles ou techniques ne peut se faire que vers la 3e année.

Il faut oser parler du redoublement

Parmi les jeunes interrogés, 48 % ont redoublé au moins une fois. On a donc testé des élèves qui n’étaient pas en 4e secondaire, l’année correspondant en principe à leur âge. Or, l’OCDE note que les pays où le redoublement est fréquent sont aussi ceux qui enregistrent les plus mauvais résultats. Faut-il donc enfin parler de l’utilité du redoublement? Chaque année, le constat est implacable. D’autres pays qui entretiennent cette culture de l’échec (France, Luxembourg, Portugal…) ne font pas beaucoup mieux.

Notons aussi que le rapport pointe que les pays qui paient mieux leurs enseignants obtiennent de bons scores. En revanche, le fait de réduire le nombre d’élèves par classe n’aurait aucune incidence sur les résultats. Voilà qui pourrait donner un argument supplémentaire aux syndicats, occupés à négocier avec le gouvernement le prochain accord social dans l’enseignement.

  1. Le Soir – 8.12.10 []
  2. Le Vif – 8.12.10 []
  3. La DH – 8.12.10 []

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  1. Monelle dit :

    « En revanche, le fait de réduire le nombre d’élèves par classe n’aurait aucune incidence sur les résultats. »
    Il va falloir que l’on m’explique!
    Ce matin, à cause des intempéries, je me suis retrouvée avec 16 élèves au lieu des 23 habituels.
    J’ai eu le temps de m’occuper de tous, des bons comme des moins bons, de remédier à certains problèmes, corriger des copies à côté des enfants concernés… ce que j’ai rarement ou pas l’occasion de faire en temps normal. Donc, une explication s’impose par rapport à la phrase de l’article. Pour moi, justement, le fait d’avoir moins d’élèves en classe ne peut qu’apporter du meilleur.
    On cite la Finlande en exemple, et je sais, par ma famille qui y vit, que les classes n’y sont pas surpeuplées.

  2. Jean-Marie dit :

    Je suis toujours sidéré par les résultats de PISA, par les commentaires et les interprétations qui en sont donnés.
    La Belgique se classe 8ème (11ème si on tient compte de Shangai, Hong-Kong et Singapour). Il s’agit d’un score remarquable. Exceptés la Finlande et les Pays-Bas, nous faisons (beaucoup) mieux que tous les autres pays européens. Au lieu de s’en réjouir, on met en exergue le score trop moyen de la Communauté française, notamment concernant l’écart-type.
    Les études montrent clairement les principales causes qui sont essentiellement socio-économiques et immigration. Plutôt qu’embêter tout le monde, surtout ceux qui vont bien, les Ayatollahs des compétences devraient consacrer toutes les trop maigres ressources disponibles à l’encadrement des plus faibles. Il s’agirait ainsi d’améliorer la moyenne en réduisant l’écart-type « par la gauche » (réduire le nombre de plus faibles.)
    Pourquoi ne publie-t-on pas les résultats des petits Lorrains, des petits Nordistes, des petits Bretons… et des petits de Neuilly, les comparaisons seraient très instructives.

    • Marie-Paule dit :

      « Pourquoi ne publie-t-on pas les résultats des petits Lorrains, des petits Nordistes, des petits Bretons… et des petits de Neuilly, les comparaisons seraient très instructives. »

      La réponse est simple. En Belgique les systèmes scolaires de la Communauté française et de la Communauté flamande sont bien distincts. En France, un seul ministère de l’enseignement pilote tout l’enseignement français, il y a un seul programme pour tous les élèves. Et les résultats sont TRES différents. Ceux de la communauté française ne sont pas MOYENS mais franchement DECEVANTS et ceux de la Flandre, en comparaison, sont EXCELLENTS. Il serait honnête de réfléchir à améliorer ces résultats au lieu de nier la réalité …

  3. Jules dit :

    Tout à fait d’accord avec l’analyse de Jean-Marie :-) !

  4. Jacques dit :

    :-) Merci Jean-Marie. Il convient parfois de voir les choses objectivement.

  5. Xavier dit :

    « Les études montrent clairement les principales causes qui sont essentiellement socio-économiques et immigration »

    Je voudrais voir une étude qui démontrent que ce sont les causes.
    Il y a bien sûr une corrélation, comme il y a une corrélation entre la consommation de bière aux USA et la mortalité infantile au Japon. Mais là personne ne demande aux Américains de boire moins de bière…

    J’attends une étude scientifique, par exemple, comprendre pourquoi des élèves de milieu socio-économique faible réussissent mieux que des élèves de milieu socio-économique plus favorable.