Simonet ne touchera pas au redoublement

Les résultats de l’enquête Pisa 2009 l’ont encore souligné récemment : les pays qui pratiquent systématiquement le redoublement (France, Espagne, Portugal, Luxembourg, Belgique…) obtiennent de moins bons résultats si on les compare à ceux des pays où le redoublement n’existe pas ou reste exceptionnel. Chez nous, en Communauté française, on peut vraiment parler d’une véritable « culture de l’échec ». Un exemple? A partir de la 3e secondaire, 50% des élèves ne seraient pas « à l’heure ». Un enfant sur deux.1 Les tests Pisa qui ont été soumis l’année dernière à des centaines de jeunes âgés de 15 ans ont montré que 40% de ces élèves n’étaient pas en 4e année secondaire, là où ils auraient dû normalement se trouver, mais en 3e. Pire, 8% végétaient encore en 1ère ou en 2e année.

A quoi sert donc le redoublement? En plus de ne pas être efficace, on sait aussi qu’il coûte cher. Très cher même. On l’estime à un peu plus de 50 millions d’euros dans le fondamental (c’est le coût du personnel nécessaire pour encadrer les élèves « retenus » au primaire alors qu’ils devraient être au secondaire) et à 318 millions au secondaire.

Plus de 350 millions d’euros jetés à la poubelle?

Si tout le monde connait dans son entourage un élève pour qui le redoublement a été profitable, cela n’empêche pas le système d’être globalement inefficace, surtout si l’on se contente de resservir le même plat, chaque année, de la même façon… Ce qui est bien souvent le cas. Jean-Pierre Coenen, Président de la Ligue des droits de l’enfant :

Un élève qui redouble augmente ses performances au 1er trimestre pour rechuter ensuite. En général, à la fin de l’année redoublée, l’élève se retrouve dans la situation scolaire qui était la sienne un an plus tôt.

Sans compter l’impact psychologique qui peut être désastreux, surtout si l’élève est jeune. Le sentiment d’échec, la coupure avec ses copains de classe, etc. L’idée populaire est que le redoublement est mieux vécu lorsqu’il intervient tôt. C’est faux évidemment. Que du contraire.

Pas touche!

Après avoir pris connaissance des résultats de Pisa, on pouvait espérer que la ministre de l’Enseignement accepte, au moins, d’ouvrir le débat sur le redoublement. Il n’en sera rien. On n’y touchera pas! Pour endiguer l’échec, dont le redoublement n’est que la traduction, Marie-Dominique Simonet entend plutôt miser sur les stratégies développées depuis quelques années… et qui expliqueraient, selon elle, nos progrès en lecture : l’encadrement différencié (soutien appuyé aux écoles en difficulté), les évaluations externes, etc. On ne changera donc pas les règles du jeu.

Mme Simonet est convaincue que ce sont les politiques menées depuis une dizaine d’années qui expliquent le « léger frémissement » dont nous avons été témoins en lecture (mais ne parlons ni des maths ni des sciences). Bonne nouvelle! A ce rythme-là, nous ferons peut-être mieux que l’Albanie dans une trentaine d’années. Mais la ministre peut-elle expliquer pourquoi cette politique « volontariste », ce soutien aux enseignants, ce renfort d’encadrement dans nos écoles ne profitent aux élèves… qu’en lecture? Parce que bon… eux comprennent peut-être très bien mais nous…

5% de redoublement… en maternelle!

Une chose cependant semble émouvoir la ministre CdH : le redoublement en maternelle! Selon les indicateurs de l’enseignement, rendus public en janvier 2010, pas moins de 5% des enfants redoubleraient leur année en 3e maternelle. La ministre avait, il y a quelques mois, commandé une étude quantitative et qualitative à l’ULg et l’ULB. Les universités devraient remettre leurs copies courant 2011. Mais la pratique du redoublement n’est cadrée par aucun texte avant les études primaires (où l’on peut redoubler une fois… voire deux exceptionnellement et toujours avec l’accord des parents) et secondaires (où, théoriquement, le redoublement est interdit entre la 1ère et la 2e année).

Et vous? Pensez-vous que le redoublement a encore un sens? Et pourquoi?2

  1. Indicateurs de l’enseignement – 2010 []
  2. Le Soir – 15.12.10 []

Commentaires

  1. Jacques dit :

    « Un élève qui redouble augmente ses performances au 1er trimestre pour rechuter ensuite. En général, à la fin de l’année redoublée, l’élève se retrouve dans la situation scolaire qui était la sienne un an plus tôt. »
    Et encore… c’est très optimiste. Le premier mois, oui, l’élève connaît un peu la matière et, souvent, il aime à le montrer à la classe mais cela fait long feu.
    Parfois, de manière exceptionnelle le redoublement est profitable et on se base sur ces exceptions pour en faire une généralité…

    1. Danièle dit :

      Nous ne vivons pas du tout la même chose : j’ai en tête de nombreux cas de redoublement qui ont permis à des élèves de récupérer des lacunes et de reprendre le cours « normal » de leurs humanités. Ce qui nous tracasse beaucoup aujourd’hui, c’est la nouvelle interdiction de mettre une AOB en fin de premier degré. Des élèves qui devraient absolument s’orienter vers le technique ne le font pas et dès le premier trimestre, c’est la catastrophe en 3° année.

  2. Frédéric dit :

    Pour que le redoublement soit efficace, il faut que les lacunes des élèves soient correctement identifiées et que les pistes pour les résorber soient balisées. Ce travail de base ne peut se faire que sur un groupe classe réduit.
    Or, les écoles ne disposent pas des moyens, notamment en termes de personnels et d’heures à y consacrer, pour organiser efficacement ces classes complémentaires.
    Certainement qu’aux yeux et surtout à la calculatrice de la ministre, le coût du redoublement est sensiblement moins lourd que le coût d’une augmentation du NTPP de chaque école.

  3. profbeb dit :

    Je crois que plutôt que de réfléchir à ce problème, notre ministre devrait penser à ce fameux nouveau concept du 1er degré… une catastrophe qui coutera cher à nos têtes blondes. S’inspirer de l’enseignement des pays du nord serait aussi une bonne idée…

  4. Jules dit :

    Tandis que l’élève qui ne redouble pas augmente ses performances, a une écoute hors catégorie, … ?
    C’est une question !

  5. marie dit :

    Je serais beaucoup plus nuancée. Il faut savoir pourquoi l’élève a redoublé. Personnellement, j’ai connu bien plus de cas où cela a été bénéfique que le contraire. Je vois chaque année sortir plusieurs rhétoriciens avec des résultats tout à fait honorables, alors qu’ils ont recommencé une année au cours du secondaire. Et mieux, ils réussissent bien dans le supérieur. Je pense qu’ils ont vécu un passage à vide momentané dû à l’adolescence et qu’ils étaient réfractaires à toute remédiation à ce moment-là et même à toute préoccupation scolaire. Ce mauvais cap géré, ils acceptent de nouveau de se consacrer à leurs études et cela marche. Il n’est pas toujours évident de mener de fronts problèmes personnels et scolarité. Certains font une chose à la fois, chacune à son tour. Et cela nécessite parfois deux ans pour y parvenir…

  6. Lucy dit :

    On ne peut supprimer le redoublement en deux coups de cuillères à pot sans avoir réalisé une réflexion approfondie sur le sujet. Cela ne s’improvise pas.
    Plus de redoublement ? Ok. Les écoles d’enseignement général se délesteront des élèves qui ne sont pas à niveau vers le technique ou le professionnel.
    Et dans le technique ou le professionnel, on fera quoi ? Si mes élèves n’avaient pas cette carotte pour les faire avancer, beaucoup ne feraient rien. Et qu’en ferions-nous ? Comment pourrions-nous leur délivrer un diplôme d’aptitude professionnelle ? Sur quelles bases ?
    Supprimer le redoublement, nécessite la mise en place de structures autres. Lesquelles ? Pensées par qui ?
    Qui dit changement dit finance. Combien ? A prendre où ?
    Il faudra certainement revoir notre enseignement un jour, mais pas petit bout par petit bout. Nous avons un urgent besoin d’une vue d’ensemble et d’un projet réaliste ! Et pas pensé par des instances virtuelles sans rapport concret à l’école, s’il vous plaît !

  7. marie dit :

    Analyse très clairvoyante, Lucy. Deux de mes enfants ont été orientés vers le TQ, mais ils n’avaient aucune fibre concrète. Nous avons décidé de les faire recommencer, pariant sur une prise de conscience de leur manque de travail. L’un était en 3e, l’autre en 4e. Le premier termine ses études de vétérinaire, le second est instituteur. Nous ne regrettons pas du tout nos décisions, vous pensez. Ils traversaient une mauvaise passe et ni leurs professeurs ni nous n’arrivions à les inciter à travailler. Le redoublement les a fait réfléchir…

  8. tommaret dit :

    Lucy, le redoublement n’a jamais empêché le général de « se délester » des élèves qu’ils -certains profs- considèrent comme n’étant pas au niveau qu’ils attendent.
    On sait très bien, et ce depuis longtemps, que les choix « technico-professionnels » ne sont pas des choix ‘positifs’ des élèves mais bien des ‘orientations’ ordonnées par des profs.Et dans bien des cas le redoublement est utilisé comme punition et ça n’a rien de positif.
    J’aimerais connaître la proportion de redoublement filles/garçons et ce depuis la féminisation de l’enseignement. Je pense que les garçons ont beaucoup perdu et dans la mixité et dans le fait de ne plus avoir cours qu’avec des profs féminins.

  9. Lobet dit :

    Ok le redoublement n’est pas un élèves une bonne solution pour les élèves en difficultés.Mais que fait-on dans nos classes avec des élèves qui n’ont pas le niveau? Cela ralenti les autres,ils sont découragés parce qu’ils ne savent pas suivre et notre système scolaire ne propose pas grand chose pour les aider…

    1. Lobet dit :

      Je voulais dire que le redoublement n’est pas une solution pour les élèves en difficultés mais les mots que je tape sautent de ligne tout le temps et mon message est incompréhensible car mes mots sont déplacés dans mes phrases,sorry

  10. Jules dit :

    Eh ben tommaret un commentaire qui devra en amener beaucoup d’autres …
    Je pense qu’il faut pouvoir laisser une chance à tous nos élèves et que rien n’est fait pour aider les plus faibles.
    Évidemment, il faut qu’ils acceptent de s’aider aussi!
    Nous avons des élèves qui décrochent complètement et nous les laissons croupir dans nos classes.
    Notre système oblige quasiment à la réorientation.

  11. pat dit :

    Des constats, encore des constats. (Que je partage en gros)
    Mais qui a un début de solution ? Une idée ?

  12. Jules dit :

    Des idées, ils en existent mais l’angélisme et la non action de certains est à pleurer.
    Il faut permettre que le cours se donne dans TOUTES les classes.
    Un élève renvoyé devrait déjà être envoyé dans une structure adéquaté (lol) …

  13. Jipi dit :

    Le redoublement reste, dans certains cas, la seule voie permettant de faire redémarrer l’étudiant sur de nouvelles bases. Marre de ces discours économico-pédagogiques visant à faire croire le contraire.

  14. Dan dit :

    D’accord avec Jipi.
    1) Notre pays ne pratique plus le redoublement comme il y a 20 ans (jusqu’en 2e du secondaire, un élève peut tout réussir…sans réussir) et les résultats sont moins bons. Il est donc faux de dire qu’on le pratique.
    2) Rien ne prouve la corrélation du seul redoublement et des résultats moins bons. J’attribuerais plutôt ces derniers au communisme scolaire ambiant et aux pièges à l’étude, similaires aux pièges à l’emploi, ainsi qu’à d’autres multiples causes.
    3) On a tort de ne faire des statistiques que sur le caractère utilitaire du redoublement pour ceux qui le subissent et non sur le caractère dissuasif pour ceux que ça force à travailler. Si on élimine ce redoublement, le nombre d’échecs augmentera encore plus.

  15. Luc Peeters dit :

    Non seulement le redoublement généralisé – nous sommes quasi les champions du monde – est très coûteux et les ressources ainsi dépensées en vain pourraient l’être à d’autres choses plus utiles mais – plus grave, il porte atteinte à l’image de soi des élèves, il les décourage, sape leur moral, voire leur espoir. Le redoublement est une stratégie simpliste de gestion des apprentissages.

  16. marie dit :

    La remédiation immédiate est évidemment indispensable. Et si elle ne porte pas ses fruits, que fait-on ? Et quand ce sont plusieurs cours qui posent problème ? Remédier dans une ou deux branches, c’est faisable. Mais dans beaucoup de branches à la fois, je n’y crois pas. Alors ne reste que le redoublement dans l’état actuel des choses. Qu’on arrête de leurrer le public en faisant croire que le redoublement est toujours préjudiciable !

  17. pat dit :

    Le redoublement couteux, soit ! Mais alors appelez un chat un chat. Ne faites pas croire que c’est préjudiciable à l’image de soi. Ayez la franchise de dire « ça coute trop cher ! » Ça c’est un refrain qu’on connait !

  18. Mimi dit :

    Je pense qu’effectivement, le redoublement n’est pas une solution… Mais je pense aussi qu’à cause d’une surcharge des programmes, de vraies remédiations ne sont pas organisées. Elles ont souvent lieu pendant le temps de midi (pratique dans l’école de mon fils), mais comment voulez-vous que des ados qui viennent de vivre 5 heures de cours soient encore disponibles pour une remédiation? Moins de cours et plus de temps de remédiation pour ceux qui en ont besoin. Beaucoup de pays ont nettement moins de cours dans leurs grilles horaires que chez nous et ils ne s’en sortent pas moins bien dans leurs études supérieures.

  19. yu dit :

    Ca sert à rient de redoubler, franchement on perd trop d’argent.