Le redoublement est-il une maltraitance?

L’enquête Pisa signale que les pays pratiquant le redoublement ont des résultats médiocres. Mais le redoublement n’est qu’une conséquence d’un mal bien plus profond : la culture de l’échec scolaire dont notre pays s’est fait une spécialité. Pour Jean-Pierre Coenen, Président de la Ligue des droits de l’enfant, c’est le système qui doit être repensé : « Le fait est que l’on vit un marché scolaire où les écoles se concurrencent en faisant valoir leur niveau d’exigence. On juge que l’échec est normal. La « bonne école » est pyramidale avec 150 enfants en 1ère secondaire, 60 en 6e. Et 90 ont été évacués vers d’autres filières. C’est culturel. Des familles demandent cela. On vit dans une société compétitive. » Faut-il donc bannir le redoublement?

Oui. Il faut pratiquer la remédiation immédiate. On pratique trop vite l’évaluation sommative – qui sanctionne. Il faut d’abord pratiquer l’évaluation formative – on contrôle le niveau des élèves. Si les compétences sont acquises, on passe à l’évaluation sommative. Sinon, on pratique la remédiation. En classe. Immédiatement. Je suis instituteur. La classe est divisée en groupes. Dans chaque groupe, chacun est responsable de ses propres apprentissages et de ceux des autres enfants du groupe. Et les élèves, entre eux, osent se dire les choses. Ils osent se dire : « J’ai pas compris car j’étais dans les nuages. » On dit souvent : tout le monde ne peut pas réussir. Faux. Tout le monde peut réussir. Ce qui différencie les enfants, et c’est pour ça qu’il faut une pédagogie différenciée, ce n’est pas l’intelligence, c’est la vitesse d’apprentissage. A l’élève lent, moi, je dis : « Tu veux du temps ?, On va t’en donner. » Et au bout du compte, il maîtrise les compétences et ses copains qui l’ont aidé ont consolidé leurs acquis en aidant l’élève plus lent. Au total, le niveau de tous a augmenté.

Des élèves trop bêtes? Non, peut-être trop lents

Pour l’enseignant, le redoublement est effectivement une maltraitance.C’est un point de vue et ce n’est pas le seul (lire aussi l’opinion d’Etienne Michel, Directeur du Secrétariat général de l’enseignement catholique, le Segec)

Un enfant qui redouble est en souffrance. Il vit avec le sentiment d’incompétence acquis. Il est extrêmement honteux. J’ai accueilli un élève qui avait redoublé. Il m’a dit : « Vous fatiguez pas, j’suis con. » Il faut des années pour changer le mental de ces enfants-là. L’école est un droit. Si l’école ne met pas en pratique tout ce qui est possible pour amener les enfants à maîtriser les compétences – comme la remédiation – alors, il y a déni de droit.1

  1. Le Soir – 15.12.10 []

A lire également




Vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Connect with Facebook

*

  1. Jacques dit :

    Possible !

  2. Catherine Tilquin dit :

    Il y a des milliers de choses à dire, je n’en citerai que 3:
    - Qu’on nous donne du temps en remaniant les programmes de dingues en secondaire (particulièrement en 1ère);
    - 21 élèves en 1ère (l’année de tous les dangers et de toutes les transitions) dont 10 au moins plus lents mais à des degrés divers;
    - 29 élèves dans des classes de primaire où se font les apprentissages les plus essentiels comme la lecture et surtout la compréhension de ce qu’on lit, le calcul, le langage et le vocabulaire …!!!

    Le redoublement n’est pas seulement l’échec d’un élève, c’est l’échec de toutes ces nouvelles théories pseudo pédagogiques et la culpabilisation des profs qui croulent sous la paperasse administrative et n’ont plus le temps de penser à d’autres moyens de « faire passer » la matière. Finalement nous travaillons plus pour être « en ordre » au niveau inspection que pour trouver des idées neuves pour nos élèves.

  3. baujoe dit :

    Bien d’accord avec Catherine Tilquin.
    J’ajouterais aussi le temps passé à « faire de l’éducatif » qui devrait être fait en famille !

  4. Anaïsnin dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec Catherine !

    Comment mettre en place de la remédiation efficace lorsqu’on a 30 élèves en classe (au 3è degré en ce qui me concerne) ? Je prends déjà sur mes temps de midi pour recevoir les élèves individuellement en difficultés afin de trouver des pistes pour les aider.

    De plus, certains de ces grands adolescents ne fichent rien, font le strict minimum et ce redoublement est le seul bâton qui fait avancer la barque ! Il y a tout de même un gros souci de motivation chez les « grands » … mais au final c’est de leur âge je pense !

    Sans l’ombre du redoublement, je me demande comment on le ferait bosser ces 15-18 ans … mais il doit certainement exister des techniques que je ne connais pas, qui ne font pas partie de notre système !

  5. Jules dit :

    Je confirme que beaucoup d’enseignants sont d’abord tracassés par « être en ordre ». Il faut dire que le décret inspection n’a pas été très clair cfr le courrier reçu par l’inspection général, le ministre …
    Les programmes ne sont pas d’une clarté limpide même pour des initiés.
    Enfin en justice c’est plus grave ;-) là il parle un français archaïque du moyen-âge, je pensais que nous devions être jugé dans la langue de la Communauté lol (j’espère ne jamais avoir besoin de leurs services).

  6. pat dit :

    Les inspecteurs « reçus » dans notre école (je suis éduc) n’ont regardé que les papiers (cours, jdc, compét…) Aucun ne s’est intéressé au suivi des élèves, à leur compréhension des matières, à leur intérêt pour celle-ci (en EDM par exemple, les programmes sont à pleurer, tant ils sont inintéressants pour des jeunes de 12 à 14 ans)…
    Pourquoi s’étonner ensuite que certains doublent ?
    Nos profs font un maximum mais il arrive de devoir prononcer un redoublement en fin d’année. De là à parler de maltraitance, on pousse le bouchon un peu loin !

  7. Damien dit :

    Je suis entièrement d’accord avec Catherine Tilquin pour son analyse.

    Anaïsnin a raison de parler du problème de motivation présent chez les élèves. Je nuancerais en disant que dans mon école, même le redoublement n’est plus un bâton.

    Et en effet, reste la demande administrative qui prend le pas sur tout le reste.

  8. michel dit :

    Les théories de M. Coenen découlent en ligne directe de l’après mai 68 et ce type de considérations est en train de littéralement miner toute notre société.

    S’il faut éviter de culpabiliser l’enfant en échec et l’encadrer au mieux, il ne faut pas non plus en arriver à surprotéger ces têtes en devenir car elles comprennent vite qu’elles peuvent survivre dans un système en ne plaçant pas trop d’efforts, ce qui est un signe très très néfaste pour leur insertion sociétale et professionnelle future…

    Alors aider les élèves en difficulté, percevoir ces difficultés, bien sur mais de grâce, arrêtons ces thèses de bobos qui feront de gros « bobos » (donc dégâts pour ceux qui n’auraient pas suivi) dans les forces vives de demain.

    L’assistanat généralisé est dangereux à terme car il fabrique des tyrans; en quelque sorte « le droit à l’handicap », mais pas le bon droit à la différence, le mauvais, celui où on revendique un statut particulier pour en abuser que ce soit intentionnellement ou non, car pendant que les fourmis travaillent les cigales chantent…

  9. franufle dit :

    « Des familles demandent cela. On vit dans une société compétitive »

    Il répond lui-même à la question qu’il s’est posée. Oui, M. Coenen, le monde n’est pas peuplé de bisounours et l’école n’est que le reflet de la société. Imaginer que tout le monde peut être bac+5 est utopique, une illusion gauchiste de rêveurs qui attendent toujours le grand soir. Il faut aider les plus faibles mais on sait très bien que ce sont les plus compétitifs qui obtiendront les postes les plus importants…