Le harcèlement : le souci n°1 des profs

Souvenez-vous, le 1er septembre, la Communauté française mettait en service un numéro vert à disposition de ses enseignants : « assistance école ». Objectif : informer les victimes d’actes de violence, leur apporter soutien et accompagnement. Trois mois après son lancement, l’heure est au premier bilan. Au 13 décembre, 156 dossiers avaient été ouverts. L’Observatoire de la violence scolaire, qui gère ces données, pense que certains faits seraient peut-être restés dans l’ombre sans ce numéro.

Ce numéro réoriente les appelants vers des services qui existent (équipes mobiles, aide juridique, etc.) mais ne sont pas toujours suffisamment connus.

Le cabinet Simonet est convaincu qu’il peut jouer ce rôle de révélateur pour des personnes qui auraient pu buter sur certains blocages et ainsi être découragées.

Les statistiques…

Voici quelques chiffres : 63,5% des appelants sont des femmes, en majorité des enseignantes (50%) mais aussi des chefs d’établissement (28%) et même des parents ou des élèves (5%)… et ce même si le numéro ne leur est pas destiné. Si 60% des appels sont passés par les victimes elles-mêmes, les autres sont le fait de témoins qui veulent obtenir des informations ou dénoncer une situation difficile pour un collègue ou un professeur.

Au rayon des faits incriminés, le harcèlement moral arrive en tête (25%) suivi de la violence physique (19%), verbale (16%), institutionnelle – lorsque le prof se heurte à un mur administratif – (11%). Les incivilités (5%) les menaces (3%) et la cyberviolence (2%) ferment la marche. L’observatoire épingle également deux appels pour tentative de suicide et un pour un suicide.

Sont le plus souvent désignés comme auteurs : les élèves (18%), les parents (9%), les chefs d’établissement (8%) ou des collègues enseignants (5%).

Mais à quoi sert ce service? Peut-on y déposer plainte?

Ce n’est pas un appel à la délation mais un numéro d’écoute et d’information. Tout est d’ailleurs confidentiel. Dans 9% des cas, un soutien psychologique spécifique pourrait s’avérer utile.

Au besoin, le cabinet s’engage à aiguiller le dossier vers le service compétent qui mènera son enquête. Avec des sanctions possibles à la clé.

Le harcèlement en pôle position

La ministre Simonet, qui a pris connaissance de ces chiffres, se dit surprise de voir le harcèlement en tête de liste. Elle est néanmoins satisfaite de voir que l’outil rencontre une certaine demande de la part des enseignants.

Quand on vit une situation difficile sur le terrain et qu’on a l’impression de ne pas bénéficier de l’attention nécessaire, cela crée un stress qui peut être destructeur. ici, on gagne aussi du temps à déceler des situations qui peuvent être graves.

Le cabinet assure que ce numéro vert l’aidera à avancer la lutte contre les différents types de violence.

On ne peut combattre efficacement que ce que l’on connaît bien. Cela va nourrir l’Observatoire de la violence en milieu scolaire. Cela permettra d’affiner les catégories de violence et de mieux y répondre.1

  1. Sudpresse – 15.12.10 []

Commentaires

  1. Jacques dit :

    156 dossiers, c’est beaucoup ça ? J’avoue que je n’en sais rien. Quand on met tout en pourcentage, c’est impressionnant: exemple: cyberviolence 2% soit 3 cas.
    Attendons la fin de l’année mais il y a 100 000 enseignants en francophonie belge.

  2. On peut aussi imaginer que chaque coup de téléphone n’a pas débouché sur la création d’un dossier.

    1. Jacques dit :

      On peut l’imaginer…

  3. J’ai quelques doutes sur l’utilité réelle de ce numéro vert. La protection des travailleurs contre le harcèlement et la violence au travail est une obligation qui incombe aux employeurs (et la CFWB n’est pas l’employeur de enseignants des autres réseaux). La prise en charge des problèmes est réglementée par la loi sur le bien-être au travail. Je crains – pour ce qui concerne l’enseignement subventionné – que la communauté ne courre le risque d’embrouiller les choses plus que de les faire avancer. Je me console en me disant que cela permet quand même à la ministre de comptabiliser un ou deux communiqués de presse par an.

    1. Heureusement que c’est une obligation ! A MDR quand on fait le bilan des conséquences de tous ces actes de harcèlement, de violence physique ou verbale….

  4. marie dit :

    Dans mon école, le harcèlement vient essentiellement des parents. Je vous assure qu’on ne rigole pas quand on se fait agresser verbalement en public. Ils sont parfois vraiment durs et vraiment grossiers. Argent et bonne éducation (soi-disant) ne vont pas nécessairement de paire.

    1. gio dit :

      Et quand c’est les profs qui agressent verbalement les élèves??
      Je suis enseignant aussi, et c’est vrai que tous les profs sont bien éduqués…
      N’est-ce pas????

      1. Marie dit :

        Et bien, vous devez alors bien savoir que dans ce cas-là, il y a les parents d’élève, ou, plus simplement, l’élève peut (très facilement) aller se plaindre auprès de l’administration justement…

  5. Marianne dit :

    Je suis enseignante et je suis concernée. Je vis l’enfer dans mon école. J’ai fait appel à la cellule des conseillers en prévention, j’ai frappé à beaucoup de portes et je ne vois plus d’issue. C’est l’horreur. Quand serons-nous enfin écoutés !

    1. abeillesecrete dit :

      Bonjour,
      je suis moi aussi confrontée à de grosses difficultés au sein de mon établissement. Vous pouvez vous adresser au spmt arista. Ils doivent vous prendre en charge et relayer vos difficultés auprès de l’administration.

    2. Vinciane Houyoux dit :

      Courage!
      C’est vrai que c’est un métier difficile où on a peu de reconnaissance directe. Seuls ceux qui sont sur le terrain peuvent comprendre. De plus, les histoires de recours pondues par je ne sais quel ministre n’ont rien arrangées, bien au contraire.
      Cela nous discrédite encore aux yeux des parents et des élèves, sans conter le travail administratif supplémentaire que cela demande pour éviter les problèmes.
      La société va mal, l’école pas très bien et ne parlons pas de notre gouvernement!!!
      Ce n’est pas fait pour nous rendre serein, mais il faut s’accrocher et se serrer les coudes et prendre chaque petit progrès dans les résultats ou dans l’attitude des élèves comme une victoire et se congratuler soi-même. Car il ne faut pas attendre malheureusement que cela vienne des élèves, des parents, des directions et encore moins des ministres et de la société en général! Comme je me le dis souvent, il faut tenir bon, faire de son mieux, prendre du recul et vivre une vie épanouissante à côté de son métier. Bonnes vacances et bonne rentrée!

    3. Annabelle Duaut dit :

      Bonjour,

      Je suis journaliste à Bruxelles et, dans le cadre d’un article sur les agressions et harcèlements des profs, je cherche à recueillir des témoignages de personnes ayant vécu cette situation. Évidemment, le témoignage peut-être anonyme.

      En espérant avoir des nouvelles de quelques internautes prochainement.

      Cordialement

  6. Jules dit :

    Harcèlement: je me suis fait engueulé par mon dirlo pour 5 minutes de retard ce vendredi super enneigé…

    1. Meert Marc dit :

      Je ne connais évidemment pas le contexte, et c’est bien là souvent le problème de ce genre de forum. Mais que Jules le vive mal, je le comprend tout à fait. Ne serait-il pas bon de prendre de la hauteur par rapport à un directeur aussi peu « humain ». Je crois que c’est le directeur qui va mal et cela se traduit sur les collègues… Prenons distance avec notre affect vis à vis de ce genre de situation. Facile à dire me direz vous et c’est vrai ! Car il m’est aussi difficile de vivre sereinement ce genre d’agression. Bonne fête de Noël à chacun.

    2. Vinciane Houyoux dit :

      Honteux!
      On a de la chance, nos directeurs semblent plus compréhensifs!

  7. temps dit :

    Dans un conflit, il faut toujours être deux. Peut-on se plaindre de ne pas trouver ce que l’on imagine ? ou que les autres ne sache pas gérer leurs propres défauts ? Peut-on accepter l’injustice en étant juge et partie ? Le problème aujourd’hui est plus sur une définition de la limite de l’autorité qui pour certain dépend de son envie. Cordialement

  8. fontaine dit :

    quand c’est un chef supérieur qui crois que tout lui est autorisé parce que la victime est connue pour être une grande gueule et que celle-ci veut changer. Alors la grande gueule est capable de changer pour le bien des autres à se rendre malade. que faire?

  9. françoise grave dit :

    Personnellement, en tant qu’enseignante, le harcèlement, c’est celui de certains élèves mais surtout les dénonciations calomnieuses des fédérations de parents d’élèves FCPE et PEEp dont les courriers diffamatoires et injurieux parviennent à ma hiérarchie sans que je puisse répondre. Des années de procédure et de démarches pour les récupérer et les faire parvenir au procureur de la république.
    Qui peut partager ce genre d’expérience?

    1. Montignie dit :

      L’enseignement est un boulot très dur dans lequel le prof est désespérément seul… même s’il boit le café à côté de ses collègues. La pratique des fiches de renseignement me semble plus que jamais d’actualité même si cela est interdit dans la loi en Belgique tout comme en France, je suppose. Les directions acceptent de jouer le jeu de la délation et collectionnent les lettres de plaintes. En somme, ils demandent aux profs de « discipliner » les élèves déviants tout en collectionnant les plaintes que ne manquent pas de faire, évidemment, les élèves. Ce témoignage n’a pas de preuve par des faits, malheureusement (il faudrait pour cela faire un cambriolage) mais c’est la seule explication au comportement tout à fait déplacé des directions indélicates et sous-diplômées!!! (car malheureusement la pénurie existe là aussi).

  10. de Vermont dit :

    03 avr 2011
    Harcèlement depuis 4 ans dans mon établissement. La principale a commencé par saboter tous mes projets pédagogiques (elle envoyait par exemple l’autocar pour un voyage à une autre adresse que celle du collège), ne validait pas mes stages, ne m’adressait pas des tas de convocations, me convoquait brutalement dans son bureau pour exercer sur moi des intimidations me montrant qu’elle connaissait mes moindres faits et gestes, me faisant croire que les parents d’élèves voulaient porter plainte contre moi, me hurlant dessus devant des parents ou des enfants punis à la porte de son bureau. Elle m’a mise à l’écart, au placard: je n’ai ni 3eme, ni ne peux être prof principale, ni candidate sur les listes du CA, ni être coordinatrice, ni…ni ni….Elle décide quand on doit me parler, quand on doit m’agresser ou m’accuser de tout ce qui va mal. Le jour où j’ai compris de quoi il s’agissait, c’était au cours d’une convocation sans queue ni tête. Comme je prenais des notes, elle m’a lancé: « De toute façon, personne ne vous croira, vous pourriez avoir tout inventé ». Puis cette année, ça a été acharnement. Mots écrits sur moi dans des carnets de correspondance, heures de colle annulées, railleries sur mes remarques. Des enfants étaient chargés de m’insulter alors qu’ils ne me connaissaient même pas. Après l’apparition sur un mur d’une grande inscription portant mon nom, elle a fait circuler des rumeurs parmi les profs et parmi les élèves. Puis, l’horreur: destruction de tous mes cahiers de texte, liquide déversé à ma porte de classe, destruction de mon matériel informatique, des travaux d’élèves…dépôt d’un sac d’excréments à la porte de ma salle… oui, dans un collège, ça se fait! Puis elle a elle-même écrit des mots orduriers sur mon compte qu’elle a glissés dans mon casier et jetés dans l’escalier. Récemment, on a déversé un décapant pour peintures dans ma salle et sur ma chaise… pantalon non remboursé, odeur toxique; puis elle a fait étaler des détergents à l’état pur pour faire partir cette odeur qui persistait plus que prévu. On a bloqué le gymnase pour que mes élèves n’aient pas leurs affaires pour travailler en subtilisant la clé de l’agent et en la cachant dans le gymnase… Mes cours ont été interrompus 1000 fois par les surveillants… j’en passe et des meilleures. Ah oui, le harcèlement physique: on vous fait changer de salle constamment et pour une erreur de salle, on met vos élèves dehors!!!
    L’inspecteur d’académie ne répond toujours pas à mes courriers recommandés tandis que le médiateur a estimé que tout allait bien. J’ai dû porter plainte après l’histoire du produit toxique.
    Maintenant c’est l’arrêt maladie forcé. C’est ça l’Education nationale à laquelle j’ai consacré ma vie? Qui nomme-t-on à la tête des établissements? Que cherchent-ils à faire?
    Personnellement, je suis une prof passionnée qui en a toujours fait plus que ce qu’on lui demandait. Je n’ai jamais demandé la moindre rémunération, j’adore enseigner et dois me morfondre à la maison au lieu de travailler, je n’ai même jamais fait grève. Que cherchent cette personne et ses sbires? car évidemment, elle se fait assister par des adjoints qui n’ont pas grand chose d’autre à faire. C’est triste, c’est odieux. Les enfants, tout le monde s’en fiche là-dedans. Ils supportent. Ils m’ont toujours soutenue et j’en suis fière et heureuse.

  11. papou dit :

    Mon épouse a dû arrêter d’enseigner après 30 ans de carrière. En cause, les agressions verbales de petits caïds que les parents ne sont jamais parvenus à éduquer et la crainte croissante de recevoir un coup de crétins de 20 ans qui sont toujours dans une classe d’âge moyen 16 ans.

  12. maman dit :

    Et un enfant qui subit un harcèlement de la part d’un enseignant, quel est le recours ?

    1. Wauthier dit :

      Bonjour !

      Ce sujet m’intéresse…. Si vous avez des réponses, je suis preneuse !
      Merci beaucoup, courage et bonne journée !

      Mme Wauthier