Réflexions sur la remédiation

Commençons la nouvelle année civile par un petit topo sur la remédiation, qui, comme chacun le sait, est une des – nombreuses – priorités du gouvernement Olivier. Soutenir les élèves en difficulté, agir le plus rapidement possible sur les lacunes dès qu’elles pointent le bout de leur nez. Rares sont ceux qui ne peuvent souscrire à un tel programme. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’on entend par « remédiation », dans la mesure où chacun la voudrait à la fois accessible à tous… et efficace. Certains se prennent même à rêver d’une remédiation si performante qu’elle mettrait définitivement à terre tout ce que notre enseignement compte d’échec scolaire et de redoublement. Oui mais comment? La réponse à cette question n’est pas simple, car les pratiques de remédiation, quand elles existent, divergent fortement d’un prof à un autre, d’une école à une autre.

Dans une de ses dernières analyses, l’Ufapec (associations de parents de l’enseignement catholique) faisait état d’une étude menée sur la remédiation scolaire en 2009, en Grande-Bretagne. Et les résultats sont surprenants : plus un élève est aidé, moins il progresse. Les chercheurs britanniques ont été tellement surpris des résultats de leur étude qu’ils ont sollicité une année supplémentaire pour identifier les raisons de cet échec. Comment cela est-il possible?

Il semble que les modalités de l’encadrement jouent un rôle énorme dans l’efficience ou non d’une remédiation. En effet, dans le contexte britannique, les enfants en difficulté sont soustraits de leur classe pour bénéficier d’activités de soutien. Mais pendant qu’ils rattrapent lentement leur retard, la classe « soulagée » des élèves en difficulté avance plus vite et dans un climat plus serein. Une relation plus individuelle, plus affective, se construit avec l’assistant chargé de la remédiation, tandis que, de retour en classe, l’élève se retrouve, de par le grand nombre, dans une atmosphère plus froide, plus académique. Il se sent dès lors moins impliqué. Et les enseignants se déresponsabilisent petit à petit dans le sens où ils ne se sentent plus responsables de faire réussir tous les élèves de leur classe.1

Pour qu’une bonne remédiation soit possible, il faudrait donc que l’enseignant titulaire reste bien responsable de la réussite de tous ses élèves et que la remédiation soit, de préférence, collective plutôt qu’individuelle.

Les freins à contourner…

Mais existe-t-il d’autres freins que les modalités de l’encadrement pouvant jouer un rôle dans l’efficience ou non d’une remédiation? La réponse est oui. La Fondation Roi Baudouin s’est également intéressée à la question et a identifié certains freins à la remédiation, ces derniers pouvant être de divers ordres.

1. Les freins pédagogiques : on sait que tous les élèves n’apprennent pas de la même manière ni à la même vitesse. Hélas, les processus cognitifs qui permettent à l’élève d’appréhender la matière, de la comprendre et de l’assimiler restent méconnus de la plupart des enseignants. Les pédagogies différenciées, pourtant prônées dans les décrets, restent trop peu mises en œuvre. Quid d’une formation spécifique au repérage des lacunes et des difficultés de l’élève? Pour l’instant, ni les hautes écoles ni les universités ne proposent ce type de programme… si ce n’est aux psychopédagogues, appelés à devenir des spécialistes du diagnostic. On sait pourtant que l’estime de soi et le plaisir d’apprendre restent les clés essentielles de tout apprentissage. Sans formation adéquate, la remédiation restera trop peu efficace.

2. Les freins concurrentiels : l’école est un marché, ou se joue une concurrence féroce entre les établissements et à l’intérieur de ceux-ci. Le regard des autres, de la direction, des collègues… ainsi que la compétition qui existe entre les écoles poussent les enseignants à avancer avec les meilleurs… et les écoles à pratiquer une forme de sélection. Et donc échecs, redoublements, réorientations, etc. A mille lieues de l’école de la réussite, cela va sans dire.

3. Les freins culturels : la méconnaissance de la culture des familles plus populaires ou défavorisées empêche également une approche avec ce public.

4. Les freins organisationnels : le manque d’évaluation des pratiques de remédiation peut également être épinglé, ainsi que le manque de soutien aux enseignants, trop isolés. Enfin, il manque de continuité entre primaire et secondaire, voire entre maternel et primaire, ce qui se traduit par des pertes de temps dans le repérage des difficultés. Par ailleurs, le lien entre école et parents n’est pas suffisamment assuré, ces derniers n’étant de ce fait pas toujours au courant des processus d’apprentissages mis en place à l’école.2

Un sombre tableau

Le tableau n’est pas rose. Mais l’espoir de voir un jour se concrétiser une remédiation efficace et accessible à tous n’est pas mort pour autant. En témoignent la volonté politique d’inscrire la remédiation dans les textes et, sur le terrain, une prise de conscience et une attention envers les élèves en difficulté. Les parents comprennent également l’importance de leur implication dans la scolarité de leur enfant.

Mais la volonté est là !

De ce travail mené avec la Fondation, ont été déduites diverses pistes d’action. Parmi celles-ci, on citera la mise sur pied d’un dossier pédagogique qui suivrait l’élève tout au long de sa scolarité afin d’éviter les diagnostics successifs et redondants; la création de tranches horaires spécifiques pour la remédiation; la suppression du redoublement; la mise en exergue des solutions trouvées par les établissements à public défavorisé qui obtiennent de bons résultats aux évaluations externes; ou encore, bien entendu, l’amélioration de la formation des enseignants.

Le chantier est ouvert… et le travail gigantesque. Mais développer et améliorer notre remédiation, et par là notre enseignement en général, est à ce prix.

  1. La Libre – 20.12.10 []
  2. idem []

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Vos commentaires

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  1. Jules I dit :

    Je donne cours de remédiation avec 16 élèves ! Je suis déjà monté à 24 élèves qui viennent de profs différents.

  2. JacquesDB dit :

    Cela peut paraître surprenant mais je le constate souvent.

  3. pascal dit :

    Dans mon horaire, j’ai une heure de remédiation. Bien trop peu.
    J’encadre des élèves que je ne connais pas (des 1e que je n’ai pas)
    Je ne dispose ni de manuels, ni d’ordinateur, ni du moindre outil. Je n’ai que mon savoir et mon expérience.
    Depuis le début de l’année, j’ai 5 élèves réguliers. Certains pour des soucis ponctuels d’autres avec de grosses lacunes.
    J’aime cette heure passée avec eux mais je ne suis pas sûr de leur apporter quelque chose de durable !

  4. pascal dit :

    Pour ce qui est des dossiers pédagogiques qui suivent l’élève…
    Nous remplissons un PAI et personne ne le lit au 2e degré !!!
    Et quand élève nous arrive d’ailleurs, l’école ne nous transmet pas ce PAI.
    L’utilité est toute relative !

  5. marie dit :

    « Plus un élève est assisté moins il progresse ». C’est le reproche que je fais à la remédiation dont l’élève (et parfois les parents) attend une solution miracle pour avoir la moyenne en fin d’année sans avoir de réelle perspective dans la durée. Malgré une longue pratique du métier, je ne me sens pas capable d’aider tous mes élèves en difficulté et je n’y arrive pas. Question de/d’ (in)compétence ! Déjà poser le diagnostic m’est souvent impossible. On ne me l’a pas appris. Alors trouver des solutions… Ce ne sont pas les quelques formations qui peuvent aider un enseignant, pas plus que les conclusions dégagées des épreuves externes.
    Je fais ce que je peux avec les moyens qui sont les miens, comme nombre de mes collègues.
    Alors on peut multiplier toutes les périodes de remédiation, tant que celle-ci ne sera pas efficacement assurée, cela ne servira guère. Il est impératif de mieux former les futurs professeurs, c’est vrai. Et que fait-on avec les « vieux » enseignants qui, comme moi, sont bien démunis sur le terrain ?

  6. Xavier dit :

    Evidemment si la remédiation consiste à expliquer les mêmes choses…

    Je fais de la « remédiation ». En fait, je permets à tous les élèves (des élèves que j’ai et d’autres que je n’ai pas) de venir le midi ou après les cours.

    Je fais plus que réexliquer: l’élève analyse la manière dont il a écouté au cours, ses prises de notes, sa manière d’étudier, sa manière de répondre au test. Et ensuite seulement je lui fais découvrir comment il aurait pu comprendre, à partir de ses notes, des exercices, et ainsi de suite.

    C’est bien différent que ce que l’on entend par remédiation…

    Concernant les PIA, dans une des écoles où j’enseigne, non seulement ils sont lus au 2ème degré mais ils sont mis à jour parce que c’est une source d’infos irremplaçable.

  7. marie dit :

    Ce que je fais s’apparente souvent plus à du rattrapage qu’à de la remédiation. La gestion mentale que j’ai suivie m’aide beaucoup pour donner cours et pour remédier à certains problèmes, mais d’autres difficultés échappent à ma compétence.

  8. Jules I dit :

    9 fois sur 10 le conseil de classe voit exactement les élèves qui peuvent progresser (et sauver, si si ça arrive) grâce aux remédiations. Malheureusement, on y place des élèves qui n’en retirent rien pour montrer aux parents que nous agissons.
    Certains élèves ont un tel vécu, que l’école devient impuissante (lol !!!) et rien n’existe pour les aider.
    Honnêtement, nous rencontrons des situations où les parents démissionnent ou mettent leurs enfants dans des situations inextricables.
    Les SAJ nous disent ne plus agir que lorsqu’ils pensent que la vie de l’enfant est en danger, ils sont débordés.

  9. lilig dit :

    Même impression que Marie; je me sens assez démunie d’autant que les élèves qui viennent veulent des résultats rapides. Ils viennent parce qu’ils ont raté une interro ou parce qu’ils veulent réussir la suivante. Quand un élève vient en remédiation pour des problèmes d’orthographe, je peux travailler, au mieux, sur un texte en une heure et les progrès, s’il y en a, sont très maigres.

  10. Flo dit :

    Bonjour,
    Connaissez-vous des ASBL qui aident à combattre le décrochage scolaire et qui agissent soit en partenariat avec l’école soit en parallèle ?
    Merci