Peut-on s’habiller comme on veut à l’école?

On n’échappe pas à la mode, qu’elle soit de bon goût ou pas. Ni dans la rue ni à l’école. Si les strings un peu trop voyants et les piercings qui scintillent sur les nombrils commencent à se faire plus rares (merci l’hiver), une nouvelle tendance commence à toucher nos élèves de sexe masculin : le pantalon taille basse… mais alors très, très basse. Au point de laisser admirer la couleur du slip ou du caleçon.

Autoriser ou interdire?

Les États-Unis ont récemment décidé d’interdire les baggys. Mais chez nous, qu’en est-il? Peut-on s’habiller n’importe comment? Oui et non. Du côté de l’enseignement obligatoire en Communauté française, l’appréciation est laissée à chaque pouvoir organisateur… qui peut autoriser ou interdire un type de vêtement en particulier. Le cabinet Simonet reconnait qu’il n’a pas pris la peine de légiférer sur les tenues vestimentaires des élèves pour une simple raison : ces dernières doivent obligatoirement répondre aux bonnes mœurs.

Cela dit, les règlements des écoles décrivent l’obligation des tenues de la manière la plus large possible : tenue propre, décente et correcte. De cette façon, c’est au responsable de l’établissement à qui il advient de sanctionner.

Tenue correcte exigée

Même son de cloche du côté des directeurs. Eric Deguide, directeur du Lycée Emile Jacqmain de Bruxelles :

Au sein de mon école, je n’oblige pas les jeunes à s’habiller de telle ou telle façon mais si on remarque par exemple un trop gros trou dans les jeans d’une personne, nous allons la voir en lui disant de faire attention à ne pas attraper un rhume du genou.1

Pareille attention est également portée aux téléphones portables.

Nous autorisons les portables mais sous la condition qu’on ne les voit et surtout, qu’on ne les entende pas. Attention, si l’élève est pris en flagrant délit de tricherie avec son téléphone, il va de soi qu’il sera sanctionné.

Deux poids, deux mesures?

Tout comme le foulard et les autres signes religieux, c’est donc à chaque école de décider ce qui peut se porter et ce qui doit être enlevé. Avec le risque de tomber dans le règne de l’arbitraire. N’y aurait-il pas parfois deux poids, deux mesures? Le prosélytisme ne peut-il être que religieux? Ne faudrait-il pas aussi sensibiliser les élèves aux diktats de la mode et de la société de consommation? Les tenues frappées de sigles que nous portons ne sont pas neutres. Le débat est ouvert.

  1. DH – 12.01.11 []

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  1. JacquesDB dit :

    Je trouve que la question est bonne mais la réponse n’est pas facile. La caricature en est la belle expression. Qu’est-ce qu’une tenue correcte ? Il faut bien admettre que c’est vraiment le genre de sentiment qui est laissé à l’appréciation de chacun.
    A partir de quelle dimension le trou dans le jeans est-il trop grand (j’aime la remarque : « attention à ne pas attraper un rhume du genou »).
    Honnêtement, il n’y a pas beaucoup de problèmes dans mon école mais parfois des jeunes filles me disent: « je me suis faite engueuler par la préfète parce que mes collants avaient une couleur trop claire ». Si on veut, il n’y a qu’une seule réponse: l’uniforme ! Mais cela ne me tente guère.
    Dernière remarque: ce sujet pourrait s’appliquer aussi aux professeurs…

  2. Lundi dernier je me suis retrouvé « nez à trou de balle » avec un élève dans les escaliers en montant en classe. Ma collègue et moi en avons ri sur le moment tout en étant estomaqués.
    J’apprends ici que cela s’appelle un baggy. Tous les jeunes sont influencés par la mode. Jeune dans les années ’70, on m’interdisait les jeans, les baskets et les cheveux longs.
    Plus tard, on a interdit les punks, puis on en est venu aux « signes religieux » à cause des mahométanes à qui l’on reproche leur excès de pudeurs tout en ne disant rien sur les strings et les piercings des autres. Faut-il légiférer alors que les règlements scolaires sont d’application et rappellent que chacun doit être vêtu de manière décente ? Le Statut des enseignants prévoit également une tenue vestimentaire appropriée à la fonction, mais quel est l’enseignant qui lit son statut ?
    Je me souviens d’une époque pas très lointaine où les chefs d’établissement faisaient un rapport sur la manière de se conduire, de s’exprimer, de s’habiller des profs … L’exemple vient toujours du haut vers le bas. Sans être vieux jeu, j’avoue que je confonds parfois certain(e)s élèves avec certain(e)s de mes jeunes collègues… tout est dit.
    La question religieuse et de ses signes est un épiphénomène.

  3. pascal dit :

    Cela dépend des milieux. J’ai deux soucis cette année : une jeune fille qui vient avec des tenues hyper sexy (pour ne pas dire sexe) long t-shirt sur un collant ou grand décolleté, et un garçon qui descend son pantalon en-dessous des fesses !!!
    Moi, cela me déplaît et je leur dis. Mais rien ne change sur le long terme. J’essaie de leur expliquer que le respect de soi est aussi important que le respect des autres. Mais… L’uniforme ? Je ne serais pas contre. On peut faire cool : jeans normal et t-shirt blanc.

  4. marie dit :

    Même avec un uniforme, les élèves arrivent à déjouer les règles. On ne va tout de même pas en arriver à des sanctions extrêmes pour un vêtement. Néanmoins, je reconnais que je suis parfois mal à l’aise quant à la tenue de mes élèves. Je m’efforce de ne jamais stigmatiser ceux qui peuvent déranger par leurs habitudes vestimentaires. J’essaie le dialogue individuel, mais ça marche ou ça ne marche pas. Dur dur !

  5. Jean Lee dit :

    Même l’uniforme se personnalise, les filles raccourcissent leur jupe et les garçons portent leur pantalons ou vestes en fermant tel ou tel bouton, mais ca ne pose pas de problème de « bonnes mœurs ».

    La mode des strings/caleçons qui dépassent à vite été contrée dans l’établissement proche de chez moi. C’est effectivement des règles qui se font au jour le jour mais qui sont également indispensables aux enfants pour leur apprendre les codes de la société.

  6. jop dit :

    Je suis favorable à des règles plus strictes. Il est clair que la décence est à l’appréciation de chacun mais il est des choses dont l’évidence est telle qu’il est dommage de faire comme si elles n’existaient pas. Si j’étais directrice d’école, je n’autoriserais pas les pantalons taille basse qui laissent voir les sous-vêtements (que ça soit le caleçon d’un gamin ou le string d’une jeune fille), de même que je conseillerais le port d’un t-shirt ou une chemise un peu longue afin qu’on ne voie pas les sous-vêtements, le nombril ou la raie des fesses, à tout bout de champ (quand l’élève s’abaisse, quand il lève le bras…). Pour le reste, pas de décolleté, pas de dos nu (un t-shirt à manches courtes c’est quand même le minimum, on n’est pas à la plage), pas de mini-jupe ou de mini-short. Tout ceci me semble totalement accessible et relevant du simple bon sens.

    Après pour la sécurité, je déconseillerais le port de chaussures inadéquates (tong, talons aiguilles…), les bijoux ostensibles (risque de blessures au cours de sport ou de vol), et les vêtements de marque, ou en tout cas, avec des marques affichées visiblement.

    Cette remarque vaut autant pour les élèves que pour les profs !

    L’uniforme ? Je ne suis pas contre sans en être convaincue non plus. La personnalisation de l’uniforme ne me gène pas, je pense au contraire que c’est dans l’ »interdit » que la personnalité et la créativité s’exprime le plus et le mieux. Ainsi si une jeune fille contourne la règle d’un uniforme bleu marine en portant des bas fluo, pourquoi pas ;-)