Un CEF à l’extrême gauche?

Nous vous en parlions il y a quelques jours, le comité des élèves francophones (CEF) a finalement obtenu la reconnaissance de la Communauté française en tant qu’organisation de jeunesse. Le premier syndicat pour les élèves de secondaire a donc officiellement vu le jour ce 1er janvier 2011. L’aboutissement d’un travail de six ans pour cette association née à Liège, qui a déjà engrangé quelques jolies victoires, comme la fermeture, en 2008, d’une librairie qui vendait des ouvrages fascistes et racistes en Cité ardente. S’engager pour une citoyenneté active et critique est un des credos du comité des élèves. Un engagement que les jeunes poursuivent via leur plate-forme « élèves contre la division », née en marge de la manifestation « Shame » à Bruxelles, le 23 janvier dernier.

Prochaine étape après la reconnaissance officielle et les subsides qui l’accompagnent : grandir… et grandir encore, afin d’obtenir, un jour, le statut d’ « organisation représentative », que le pouvoir concerte dans le cadre de l’élaboration de sa politique.

Le comité noyauté par le PTB?

Mais la route est longue. Pour l’heure, le CEF n’est présent que dans une vingtaine d’écoles et ne totalise que quelques centaines de membres à peine. « Ce n’est pas suffisant, admet Lise Jamagne, élève de rhéto à Liège et membre du comité fédéral du CEF. Nous voulons être le syndicat représentatif de tous les élèves de la Communauté française.»

Un vœu tout ce qu’il y a de plus louable. Mais pour pouvoir prétendre à une véritable légitimité, le comité devra faire la preuve de son pluralisme politique et philosophique. Et à ce sujet, certains observateurs ne cachent pas leur inquiétude. L’acte fondateur du CEF, tel que publié au « Moniteur belge » du 5 mai 2009, est assez intéressant : sur les cinq personnes qui ont signé les statuts de l’ASBL, figurent quatre personnes liées au parti des travailleurs. Le cinquième signataire n’est autre que Mathias El Berhoumi, ex-président de la Fédération des étudiants francophones (FEF) et membre du parti Ecolo. Le soutien de la FEF à sa petite sœur de l’enseignement secondaire n’a rien d’étonnant. Les deux associations ont depuis longtemps convenu de travailler ensemble, autant que possible. Mais que penser des quatre autres militants (deux étudiants et deux enseignants), anciens candidats sur les listes PTB et/ou membres de Comac, le mouvement de jeunes du PTB ? Notons encore qu’Olivier Fellemans, le nouveau permanent engagé par le comité, a lui aussi figuré sur les listes du parti d’extrême gauche. Le nouveau syndicat des élèves serait-il instrumentalisé par le parti des travailleurs ? L’homme s’en défend : « Certes, le CEF a été créé en partie par des gens de Comac, et Comac encourage ses membres à adhérer au CEF, mais la majorité des membres ne sont pas de Comac et sur notre site (www.lecef.be), nous renvoyons vers les sites des diverses organisations de jeunesse politique. »

Il faudra montrer patte blanche !

Bien sûr, le monde associatif en général, et étudiant en particulier, est souvent traversé par des courants politiques. Et il suffit de jeter un œil aux différentes « luttes » que le CEF entend mener (15 élèves par classe, école totalement gratuite…) pour comprendre que nous avons en face de nous une association située plutôt « à gauche ». Mais cette influence « pétébéiste » ne risque-t-elle pas de discréditer le mouvement ?  Seul l’avenir le dira. La FEF aura, c’est certain, un grand rôle à jouer pour aider le CEF à devenir, on le lui souhaite, le syndicat de « tous » les élèves.1

  1. La Libre Belgique – 27.01.11 []

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Vos commentaires

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  1. nico dit :

    C’est pas surprenant! Y’a que des cocos pour être assez motivés pour faire un syndicat des élèves! Ceux de droite jouent à la Playstation pendant ce temps.

  2. Echocynique dit :

    La référence au Comac a disparu de leur site.

    Condition pour avoir les subsides?

  3. Maquestiau dit :

    « Mais pour pouvoir prétendre à une véritable légitimité, le comité devra faire la preuve de son pluralisme politique et philosophique »
    Depuis quand un syndicat (fut-il celui des élèves) doit faire preuve d’un pluralisme (et j’imagine « représenter tout le monde »???) Quel manque de vision de ce qu’est un organisme de représentation. Une fois de plus.
    Les organisations de jeunesses subsidiées ne sont pas « pluralistes », c’est le financement de l’ensemble qui garantit le pluralisme.

  4. frederic Mascetti dit :

    L’extrême gauche est absolument toujours présente lorsqu’il s’agit de l’enseignement et tout le monde fait comme si ce n’était pas grave. Si le FN cadenassait cette association, cela ferait hurler, à juste titre. Or, l’extrême gauche est dangereuse comme tous les extrêmes. Il y a quelques années, des bombes explosaient en Belgique à cause de l’extrême gauche. Il faut combattre l’extrémisme quel qu’il soit. Dans les goulags, il y a eu 60.000.000 de morts.

  5. Demander 15 élèves par classe et que l’école soit réellement gratuite ne me semble pas d’ »extrême gauche » : la première revendication est le rêve de la plupart des profs et la seconde celui de bien des parents pour lesquels la bourse ne couvre pas nécessairement les frais et est payée… en fin d’année scolaire… On ne peut pas à la fois se plaindre des mauvais résultats de pas mal d’élèves et qualifier d’extrémiste la contestation de classes trop peuplées. Ceci dit, ce n’est pas la seule raison de ces résultats et le simplisme et/ou l’inexpérience sont aussi les marques de la jeunesse, politiquement marquée ou non.
    Saluons la création de ce syndicat d’élèves, il commence… A nous parents, grands-parents, enseignants de (tenter de) transmettre à nos jeunes et la curiosité pour ce qui les concerne, et le goût pour l’engagement, et les valeurs morales et intellectuelles favorisant l’esprit critique, et la tolérance…