Forest : le projet d’école active a du plomb dans l’aile

Les parents et enseignants, fondateurs de l’ASBL « Les amis de l’Ecole active » restent dans l’attente d’une solution pour leur projet. Et le temps presse. La deadline? Le 15 février, dernier délai pour mettre le futur établissement aux normes et ainsi permettre les inscriptions scolaires pour la rentrée 2011. Mais pour certains, les carottes sont cuites.

Et pourtant, on y avait cru. Fin janvier, le ministre-Président bruxellois Charles Picqué (PS) accordait un subside de 50000 euros à l’ASBL. Cet argent était versé aux communes de St-Gilles et Forest. Il allait permettre d’engager un coordinateur chargé de faire avancer le dossier. Malheureusement, le bâtiment convoité – un internat de la Communauté française à Forest – était déjà (ré)occupé. Un appel avait été lancé par les administrateurs de l’association pour rencontrer les ministres Nollet et Simonet, le 31 janvier, afin de pouvoir « tous ensemble annoncer l’ouverture des inscriptions à l’Ecole active ».1

Mais tout le monde ne partage pas l’enthousiasme de ces parents. Côté politique, l’optimisme reste mesuré, car on estime que les délais sont beaucoup trop courts… et ce, malgré la pression qu’exerce l’opposition libérale, qui se dit « consternée » face à « l’inertie, l’immobilisme total » dans ce dossier de la part du gouvernement de la Communauté française.

Mais la Communauté française n’est pas la seule à se montrer prudente. L’interrégionale bruxelloise de la CGSP enseignement a littéralement descendu le projet, jugé élitiste.

Il n’est pas acceptable qu’une école qui relève du secteur privé occupe des bâtiments publics et puisse ainsi empêcher d’autres projets de création d’écoles du réseau officiel.

Les profs n’ont pas oublié ce qui s’est passé à « La Brise »

De toute évidence, la tentative de fermeture de « La Brise » (athénée de Watermael-Boitsfort) n’a pas été oubliée. La CGSP juge « honteux » le fait que la ministre Simonet n’ait, selon le syndicat, pas pris ses responsabilités et tout rejeté sur la Société Publique d’Administration des Bâtiments Scolaires bruxellois, tout en laissant faire l’ASBL porteuse du projet d’école active et laisser ainsi l’enseignement se privatiser. Pour Valérie De Nayer, la secrétaire interrégionale, l’école active forestoise est davantage une « somme de combats individuels qu’un réel projet pour la collectivité ».2

L’intention de l’ASBL est certainement très louable, mais c’est souvent malsain quand des parents sont à la tête d’un tel projet. On risque constamment le manque d’objectivité.

La réaction de la CGSP s’expliquerait aussi parce que la ministre n’a toujours pas pris position pour le projet de création d’une école maternelle et primaire de l’Athénée Royal Andrée Thomas de Forest. Les enseignants de cette école préparaient la mise sur pied d’un 1er degré à pédagogie dite « Freinet ». Ils ne comprennent donc pas que le monde politique puisse envisager de soutenir une initiative privée alors qu’il ne s’est pas encore prononcé sur le maintien des établissements existants qui ont demandé une dérogation parce qu’ils sont sous les normes de maintien.3

Cette école ne serait pas une priorité, selon la CGSP

Le syndicat cogne dur… et accuse l’ASBL « Les amis de l’Ecole active » de vouloir le beurre et l’argent du beurre.

Ils désirent un financement public, tout en gérant eux-mêmes leur école. C’est aussi une manière de contourner le décret inscription en inscrivant leurs enfants là où ils le veulent. Chez eux.

Selon la CGSP, il est « urgentissime » de d’abord répondre aux besoins démographiques dans l’enseignement maternel de plusieurs communes de l’ouest de Bruxelles, comme Molenbeek ou Anderlecht.4

Les enseignants de l’athénée royal Andrée Thomas ont observé jeudi un arrêt de travail pour protester contre l’attitude de la ministre de l’Enseignement.

Les parents, initiateurs du projet d’école active, encaissent le choc. Ils ne comprennent pas ces attaques plutôt virulentes.

C’est très étrange, car au sein de notre comité de soutien, regroupant près de 1 200 personnes, nous comptons énormément d’enseignants. Ils ont visiblement une autre vision de notre projet que leur syndicat. Je le rappelle : notre école est ouverte et accessible à tous. Elle respecte aussi tous les décrets de la Communauté française.

Ouverte à tous? Non, selon la CGSP, qui parle de « barrières naturelles ».

Le fait que cette école soit laïque exclut d’office une large partie de la population musulmane de Saint-Gilles et Forest.

  1. La Libre – 27.01.11 []
  2. Belga – 28.01.11 []
  3. La Capitale – 2.02.11 []
  4. La Libre – 27.01.11 []

Commentaires

  1. Echocynique dit :

    « Le fait que cette école soit laïque exclut d’office une large partie de la population musulmane de Saint-Gilles et Forest. »

    Ben tiens, vaut mieux une école juive ou catholique?

    Tant de mauvaise foi, c’est encore possible aujourd’hui?

  2. Tanaël dit :

    Les amalgames réalisés par la CGSP me laissent sans voix. Parler de secteur privé alors que les écoles de l’enseignement libre ont comme tout établissement scolaire une mission de service public est insultant envers les enseignants travaillant dans ce réseau qui scolarise plus de la moitié des élèves dans l’enseignement secondaire.
    Parler de « parents au pouvoir » alors que le Po doit associer des citoyens et des pouvoirs publics est au mieux de la désinformation, au pire un mensonge pur et simple.
    Enfin, dire que créer une école laïc provoquerait un élitisme de fait revient à considérer que tous les élèves des écoles dépendant du SEGEC sont composées d’élèves catholiques…

    J’en ai assez de ce discours qui consiste à dire que les écoles du libre détourneraient systématiquement les décrets afin de pouvoir choisir son public tandis que l’enseignement officiel serait un exemple de mixité sociale.
    La mixité sociale ou l’élitisme ne sont pas l’apanage d’un réseau, ils sont le plus souvent le résultat d’une tradition d’établissement ou de choix effectués par un PO. Et l’on peut observer des dérives dans tous les réseaux…

  3. Xaviereco dit :

    @Tanaël
    Je suis tout à fait d’accord avec vous.
    Cette école respectera le décret Inscriptions, donc je ne vois vraiment pas pourquoi la CGSP relance la guerre des réseaux. Avez-vous vu une réaction négative de la part des écoles du réseau libre confessionnel?
    Le problème est que la CGSP nous représente, nous les profs. Et représente aussi, et c’est le comble, des profs du SEGEC et de la FELSI…

  4. Virginie Pierre dit :

    Quand je pense qu’on crie partout qu’on manque d’école, qu’il faut se dépêcher de réagir… Des gens ont un projet mais les syndicats trouvent qu’il faut D’ABORD ouvrir des écoles ailleurs. D’autres disent que comme ils ont eu des problèmes de subsides chez eux, ou que leur école est aujourd’hui fermée, ils ne voient pas pourquoi une autre école s’ouvrirait, na! Belle mentalité les gens! Je rêve… Tout le monde devrait être content. Pensons un peu aux enfants!