C’est aujourd’hui que le professeur au secondaire et assistant à l’UCL, Dany Etienne, défendra sa thèse portant sur l’enseignement des langues en Communauté française. Son étude, explosive, épingle les programmes flous, le manque d’équipements, les classes surpeuplées et le zapping des élèves, qui, par exemple, choisissent une langue en 1ère secondaire, pour mieux l’abandonner l’année suivante, etc. Difficile dans ces conditions de former des citoyens bilingues… même après six années d’études et, théoriquement, 700 heures de cours. Surtout quand les profs de langues se font rares… Pénurie, te revoilà!
Ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CdH) a souhaité réagir. Au programme : un Pisa des langues et un recours plus régulier à l’informatique.
J’analyserai cette thèse et en tiendrai compte. Mais on ne l’a pas attendue pour agir. Deux exemples. J’ai décidé d’inscrire la Communauté française dans le programme européen Comenius qui offre à des élèves dès 14 ans d’étudier plusieurs mois à l’étranger. Cela démarrera à la rentrée. Deux : j’ai décidé d’investir, et ça coûte 300.000 euros, pour que la Communauté participe à une sorte de « Pisa des langues »; organisé à l’échelle européenne, il testera nos élèves de 4e secondaire en anglais et allemand. Le test a démarré le 7 février et s’achèvera en mars. On testera 75 écoles en anglais, 50 en allemand. Le test prévoit une production écrite, une compréhension à l’audition et à la lecture.
« L’apprentissage des langues fait débat dans beaucoup de pays »
Après l’étude quantitative, un test qualitatif. Mais les résultats risquent de ne surprendre personne. Selon Marie-Dominique Simonet, le problème est général dans toute l’Europe. Ce qui explique ce test en langues. Quant aux programmes et aux référentiels, ils seraient en train d’être adaptés. Deadline : 2012, lorsque les résultats seront connus.
« Si je descends le nombre d’élèves par classe, il faudra davantage d’enseignants »
Notre ministre ne nie pas non plus que la taille des classes est un gros problème. Mais en situation de pénurie, il ne faut pas faire la fine bouche… Une solution? Développer le recours à l’informatique.
Pendant que l’enseignant s’occupe d’une partie de la classe, d’autres peuvent s’entraîner sur des logiciels. Voilà des techniques nouvelles, qui se développent – et que n’ont du reste pas connues les étudiants de Bac 1 que l’auteur de la thèse a rencontrés. Des choses bougent comme l’enseignement en immersion, qui est en croissance. Il y a 88 écoles secondaires en immersion cette année – c’est 9 de plus que l’an dernier ; et 152 écoles primaires – c’est 10 de plus.
La question qui se pose est « si un grand nombre d’écoles n’ont même pas de quoi s’équiper en dictionnaires, pourront-elles installer des ordinateurs et former leurs enseignants »? Vous avez dit « Plan cyber-classes »? Encore faudrait-il qu’il aboutisse… Et si vous voulez notre avis, ce n’est pas pour ce soir.1
- Le Soir – 10.02.11 [↩]
Le nombre d’élèves est un problème quel que soit le cours (en France, c’est encore pire). Ce n’est pas toujours la quantité qui est le premier problème, mais bien l’éducation.
Les langues occupent quasi 40% de l’horaire d’un ado de 3e pour un résultat maigre dans les langues étrangères.
A quand une langue européenne ? Une langue est une convention qui sert à communiquer. Il n’existe pas 20 façons de calculer en Europe ni d’écrire les nombres.
Il est utile de remonter dans l’histoire pour comprendre la complexité des langues et le pourquoi de cette complexité.
Madame Simonet ne doit pas savoir que Bruxelles existe. Sinon, je ne m’explique pas sa réaction optimiste. Pas un mot sur la pénurie d’enseignants en langues, pas un mot sur le décalage entre les obligations légales imposées aux écoles bruxelloises et les moyens accordés par la CF (4h subventionnées au 3e degré alors qu’il faut en organiser 10 !). J’ai déjà dénoncé cette situation en 2007 (http://claudewachtelaer.unblog.fr/2007/11/23/bilinguisme-les-derobades-du-politique/). Je constate que l’aveuglement du politique persiste et qu’on ne mène toujours pas les bonnes actions pour résoudre le problème.
Romaniste réellement bilingue, j’enseigne le français depuis plus de 40 ans à des élèves d’origines très diverses. J’observe qu’on les traite « officiellement » en idiots complets (dialogues à étudier par coeur – peu ou pas de grammaire et donc pas la possibilité de s’approprier les caractéristiques fondamentales de la langue – vocabulaire inutilisable – exercices rares (etc…!!!)). La thèse de Dany Etienne m’intéresse donc au plus haut point et j’aimerais pouvoir l’acquérir.
Mia Vossen
Madame Vossen,
Exactement ! Ma fille en fin de 6ème primaire n’avait pas vu le passé composé et elle avait étudié des listes de vocabulaire… En août, j’ai commencé à lui expliquer moi-même le passé en néerlandais car elle entrait en septembre en immersion!!
Voilà la réalité du néerlandais depuis la 3ème maternelle et résultat..du vocabulaire et un grand zéro de grammaire.