L’alcool, un fléau si banal

L’abus d’alcool est responsable de 2,5 millions de décès (soit 4 %) chaque année dans le monde selon les derniers chiffres de l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé. Un problème mondial qui compromet autant le développement social que celui de l’individu et qui se classe troisième facteur de risque de morbidité dans le monde. Paradoxalement, c’est la hausse du niveau de vie qui entraîne une hausse considérable de la consommation, un peu partout dans le monde mais particulièrement dans les pays émergents. Après l’Europe et le continent américain, des États comme l’Inde ou la Chine voient apparaitre des pratiques comme le binge drinking1. Ce phénomène touche surtout les jeunes âgés de 14 à 25 ans.

Si le tabac ou le cannabis restent stigmatisés dans notre société, ce n’est pas le cas de l’alcool, plutôt banalisé voire même valorisé. Ici on encouragera son grand garçon à boire son premier verre de vin, là on racontera, non sans une certaine fierté, la première vraie cuite de la petite… Sans oublier que l’alcool est une composante essentielle de certains rites sociaux comme les baptêmes étudiants. S’il n’est pas rare d’aborder la question de la cigarette ou de la drogue avec nos élèves, bizarrement, l’alcool est souvent oublié. Pour le ministère de la santé lui-même, la lutte contre la surconsommation de boissons alcoolisées ne semble pas figurer parmi les priorités de santé publique.

Et pourtant, l’abus d’alcool est la cause principale d’une soixantaine de types de blessures ou de maladies.

La consommation nocive d’alcool est un déterminant majeur de troubles neuropsychiatriques tels que les troubles liés à l’alcool et l’épilepsie et d’autres maladies non transmissibles comme les maladies cardio-vasculaires, la cirrhose du foie et divers cancers. L’usage nocif de l’alcool est également associé à plusieurs maladies infectieuses comme le VIH/sida, la tuberculose et les infections sexuellement transmissibles (IST). Car la consommation d’alcool affaiblit le système immunitaire et a un effet négatif sur l’observance par le patient du traitement antirétroviral.2

« Pour les jeunes, l’alcool n’est pas dangereux »

Chez les jeunes, la boisson peut avoir d’autres conséquences : décrochage scolaire, traumatismes intentionnels ou non intentionnels dus à la violence, aux accidents de la route, etc.

Les jeunes ne s’imaginent pas que l’alcool est une drogue comme les autres. Boire est devenu un rite social, accompli de plus en plus tôt. Il n’est pas rare de voir des enfants de 12 ou 13 ans qui reconnaissent une consommation problématique. Chez certains, les soirées entre copains se résument à une gigantesque beuverie. Avec les risques que l’on sait pour la santé et le danger qu’ils peuvent alors représenter pour eux-mêmes et pour les autres.

Si les plus gros consommateurs restent encore les garçons, les filles commencent, elles aussi, à boire de plus en plus tôt… et de plus en plus.  A 15 et 16 ans, 40 pc des garçons et 26 pc des filles consomment de l’alcool au moins une fois par semaine. Le budget moyen d’une sortie au café tourne autour des 25 euros. Et nombreux sont les cafés ou dancings qui, pour les attirer, offrent des boissons gratuites à volonté à la gent féminine.

Attention aux alcopops

Épinglons aussi la mode des alcopops3, ces boissons alcoolisées sucrées au goût et agréables à boire, spécialement destinées aux adolescents. En Suisse, leur vente est interdite aux moins de 18 ans. Ce pays a parfaitement compris que plus la consommation d’alcool est précoce et fréquente, plus le risque est grand de voir se développer des problèmes d’alcool au cours de la vie.

Ce qui est pernicieux, c’est que les alcopops sont présentés comme de la limonade. C’est faux. C’est de l’alcool. Et les jeunes filles en sont particulièrement friandes: elles préfèrent en général les boissons sucrées qui font passer leur aversion pour le goût prononcé de l’alcool. De plus, le mélange de sucre et de gaz carbonique peut accélérer la vitesse d’absorption de l’alcool.4

Pour terminer sur une note positive, signalons qu’une consommation modérée d’alcool (par exemple, un verre de vin par jour) peut s’avérer bénéfique au niveau de la prévention des maladies cardiaques ainsi que des attaques cérébrales. Et c’est l’OMS qui le dit.

  1. Mode de consommation excessif de grandes quantités de boissons alcoolisées sur une courte période de temps. []
  2. La Libre – 16.02.11 []
  3. Limonades ou autres boissons sucrées mélangées à de l’alcool fort; Smirnoff Ice et Bacardi Breezer en sont deux exemples connus. []
  4. La Libre – 29.09.2004 []


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  1. JacquesDB dit :

    Curieux… aucun commentaire par rapport à ce fléau sociétal.