Les “serious games” : quelle utilité pédagogique?

Imaginez un jeu vidéo avec des extraterrestres. E.T. se prépare à poser son vaisseau sur la Terre. Mais pour que l’opération se déroule sans casse, il doit répondre à une série de questions sur les pays de l’Union européenne. Folklore, sport, cinéma, géographie… tout y passe. Et si l’alien se trompe ou réfléchit trop longtemps? Game over!

Ce jeu existe bel et bien. Et nos élèves pourront même bientôt le découvrir. On le doit à la société bruxelloise Belle Productions, qui vient de remporter le prix spécial du jury lors du salon Serious Game de Lyon. Marc Meurisse, Administrateur de Belle Productions :

Le but est de sensibiliser les enfants à la connaissance de l’Europe en gardant un côté ludique et graphique. Nous sommes un peu en retard en Belgique, mais aujourd’hui le secteur est en pleine expansion.

Mais qu’est-ce qu’un serious game? Un jeu vidéo faisant appel aux mêmes approches de design et de savoir-faire que le jeu classique, c’est-à-dire interactivité, 3D, simulation, mise en scène, etc. Mais pas question de n’être qu’un jeu de divertissement, le serious game est aussi un véritable outil de sensibilisation, de formation ou de promotion. Un outil que peuvent utiliser les professionnels en général et ceux de l’éducation en particulier.

Le jeu est un bon moyen d’apprendre

De plus en plus d’entreprises sont en passe d’en faire leur nouvel outil de communication privilégié. Et dans les écoles, la curiosité commence à titiller les profs, surtout les plus jeunes, nés dans les années 80 et qui ont grandi avec les premiers jeux vidéos (Super Nintendo, Sega Saturne, etc.). Pour la génération zapping, ces jeunes qui passent d’une activité à l’autre sans arrêt et qui y puisent ce dont ils ont besoin, le jeu peut être un bon moyen d’apprendre.

Aujourd’hui, les jeunes ont l’habitude d’aller chercher l’information par eux-mêmes, comme dans un jeu vidéo, où les savoirs sont assimilés de manière active. Apprendre devient moins rébarbatif, il y a un aspect psychologique important.

Marc Meurisse : « L’avantage du serious game est qu’il propose une immersion émotionnelle. L’apprenant ne va pas simplement recevoir, il va agir. » Un exemple? Et l’Administrateur de dévoiler un projet en chantier de Belle Productions : « Les Secrets d’Ombyliss ».

Le joueur est plongé dans un univers inadapté : comptoirs trop hauts, endroits inaccessibles, inscriptions illisibles, dangers. Le but ? Sensibiliser les jeunes à l’accessibilité des lieux publics aux personnes handicapées. En expérimentant les situations, ils comprennent mieux. Et puis, dans un jeu, on a le droit de faire des erreurs.

« L’élève doit être accompagné »

Oui, un jeu peut servir à autre chose qu’à jouer. Pour peu que ce dernier exige un peu de concentration… ce qui est le cas des serious games. Frédéric Mignon est directeur multimédia de Crossroads, une société qui vient de créer « Bricomania » un jeu permettant d’affiner l’orientation professionnelle en testant différents métiers dans un magasin de bricolage.1

L’apprenant mobilise davantage ses capacités cognitives lorsqu’il joue. Cependant, un encadrement adéquat est essentiel, l’élève doit être accompagné. Et, malheureusement, les enseignants ne disposent pas toujours du temps et du matériel nécessaires à la mise en place d’un serious game. En Belgique, nous manquons de moyens, le secteur est un peu à la traine* comparé à la France ou aux pays anglo-saxons. Pourtant, nous regorgeons d’entreprises dynamiques.

Il faut donc continuer à informer les profs et à les sensibiliser aux vertus de ces jeux vidéos éducatifs d’un genre nouveau. Ceux qui sont intéressés pourront déjà se rendre le 19 mars prochain au 3e Colloque Tic à Gosselies organisé par la Communauté française et reconnu par l’Institut de la Formation en Cours de Carrière (IFC). Un atelier intitulé « Les jeux sérieux (serious games): un nouvel outil pour l’école? » sera organisé.

Alors qu’il a largement pénétré l’entreprise et la formation professionnelle, le jeu sérieux peine à pousser la porte de l’Ecole. Où en sont les usages ? Dans quelles disciplines est-il efficace ? Quelles résistances ? Comment les enseignants peuvent-ils réutiliser l’expérience des entreprises ? Nous découvrirons les différents aspects et questionnements tels que la différence entre l’e-learning et le serious game. Pourquoi la scénarisation d’un serious game peut-elle favoriser le développement de nouvelles compétences, de nouvelles connaissances ? « S’amuser et apprendre » plutôt que « S’amuser ou apprendre » ?

* Traîne

Les mots suivis d’un astérisque sont écrits en accord avec  l’orthographe réformée.

  1. La Libre – 24.01.11 []


Vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *