Imaginez une filière d’enseignement qui donnerait accès à un job dans l’année dans 85% des cas. Une filière pourvoyeuse d’emplois stables et de qualité. Cela n’existe pas? Si, et bizarrement, les jeunes n’en veulent pas. Il s’agit de la formation en alternance (formation combinée au travail dans une entreprise) réservée aux élèves qui se lancent dans l’apprentissage d’un métier. Depuis 2005, le nombre d’apprentis ne cesse de chuter, partout en Belgique. Il a ainsi diminué de 7 % en Wallonie (de 5 533 à 5 139 élèves) en seulement six ans. En Flandre, cette chute est encore beaucoup plus importante : le nombre d’apprentis y a diminué de 23 % (de 5 736 à 4 422 élèves).
Cette tendance a été établie sur la base de la fréquentation des formations de l’IFAPME (Institut de formation en alternance et des indépendants et PME) et de Syntra, deux des organismes responsables de l’alternance, respectivement en Wallonie et en Flandre. Christine Mattheeuws, présidente du SNI, le syndicat neutre pour indépendants :
Ces chiffres montrent clairement que l’alternance est en net déclin. C’est dommage parce que plusieurs milliers de PME recherchent des jeunes motivés qu’ils peuvent aider à se former. En outre, les jeunes qui ont parcouru ce type de formation ont 85 % de chance d’avoir un emploi dans l’année même ! Par ailleurs, dans un délai de cinq ans, 18 % des apprentis se lancent en tant qu’indépendant.
La mauvaise image des métiers techniques
Pourquoi l’apprentissage a-t-il si peu la cote auprès des ados? Sans doute parce que les métiers techniques – et manuels – souffrent encore d’une perception négative dans notre société. Pour de nombreux parents, il est difficile d’accepter que son enfant puisse « descendre » en technique ou en professionnel… voire même quitter l’école pour apprendre un métier.
Les parents rêvent que leur enfant fasse de longues études. Et la réussite sur le marché de l’emploi permise par la filière en alternance reste méconnue. La régression est toutefois moins forte en Wallonie qu’en Flandre. Les Wallons ont plus gardé que les Flamands la fierté d’être artisan.
Le SNI regrette toutefois que les jeunes qui ont combiné travail et formation ne reçoivent pas de diplôme officiel en Wallonie. Cette absence de reconnaissance ne valorise pas la filière d’apprentissage.
En Flandre, depuis peu (juin 2010), c’est le cas et cela pourrait donner des impulsions positives à l’alternance. Quoi qu’il en soit, nous réclamons une grande campagne de promotion, en Wallonie et en Flandre, pour stimuler l’alternance. Surtout quand on voit que beaucoup de secteurs et de professions comme la construction, l’Horeca, les boulangers, les bouchers, les coiffeurs, les plombiers, arrivent difficilement à trouver de jeunes recrues.
Une filière à moderniser
Et pourquoi ne pas proposer de nouvelles formations au sein de cette filière, comme les nouvelles technologies de l’information et de la communication? Actuellement, selon le syndicat neutre pour indépendants, l’accent est exclusivement mis sur des professions plutôt artisanales.
Une extension de l’offre de formations et un mélange sain entre artisanat et technologie devrait permettre de rendre l’alternance plus attractive. Dans des pays comme l’Allemagne et la Suisse, un grand nombre d’élèves combinent travail et éducation. Cela devrait être le cas chez nous aussi.1
- La Libre – 25.02.11 [↩]
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Permettez-moi de vous signaler que l’IFA.PME est loin d’être la seule filière! Les CEFA (centre éducation et formation en alternance) dépendants de la CF existent bien et accueillent de nombreux élèves! A quand de l’alternance au niveau supérieur comme en France? Bien des élèves sortant du technique pourraient y trouver leur compte! Mais je suppose que nous n’avons pas encore les moyens???
Les élèves (et leur parents) n’en veulent pas ?
Logique quand pour exercer un métier en alternance, on a droit à des cours dignes du niveau primaire…
Parce qu’évidemment ceux qui choisissent l’apprentissage sont ceux qui n’ont pas réussi dans les études …
Résultat : une mauvaise image et un dégoût des filières manuelles qui se retrouvent en pénurie; et des tas de diplômés en « général » qui ne feront pas d’études supérieures et n’ont donc aucune qualification … bravo !