Allonger les études d’instituteur, la FEF dubitative

Faire passer les études d’instituteur et de régent de 3 à 5 ans? La FEF (Fédération des Étudiants Francophones) n’est pas convaincue. L’organisation étudiante mène actuellement une vaste enquête dans les hautes écoles afin de recueillir le sentiment des futurs enseignants… et peser le pour et le contre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les étudiants sont plutôt perplexes, a expliqué le président de la FEF, Michaël Verbauwhede. Selon lui, le ministre va vite en besogne lorsqu’il affirme qu’il y a consensus sur l’idée d’allonger les études.

Parmi les arguments souvent avancés par Jean-Claude Marcourt, le ministre de l’Enseignement supérieur, il y a la nécessité de s’aligner sur les études organisées dans les autres pays européens. Est-ce obligatoire? Non, répond la FEF.

Et la formation des profs? Sera-t-elle améliorée si elle est allongée de deux ans? Pas sûr. La formation pourrait aussi être aménagée sans prolongation de la durée des études. Si prolongation il y avait, elle devrait surtout permettre d’alléger les horaires des cours, qui mobilisent aujourd’hui de 8 heures à 18 heures des étudiants surchargés, sans compter les stages et autres travaux, souligne la FEF.

Renforcer ou non les stages

Seulement voilà, une fois sortis de l’école, nombreux sont les jeunes profs à estimer que leur formation n’a pas été suffisante. La plupart regrettent de ne pas avoir été formés aux nouvelles pédagogies, aux techniques de remédiation. Certains auraient aimé pouvoir suivre un véritable cours d’ouverture à la diversité culturelle, ce qui leur aurait permis de mieux comprendre les us et coutumes des populations issues de l’immigration. Côté stages, il serait bon de les renforcer.

Autre problème épinglé par la FEF : le cout* de ce nouveau cursus. Certains étudiants auront-ils encore les moyens de s’offrir une formation d’enseignant, surtout les jeunes de condition modeste? Les études sont chères et deux années d’études supplémentaires impliquent deux années de cout* de stages (matériel pédagogique, photocopies, déplacements,etc.) mais aussi de couts* indirects tels que le logement ou le transport.1

Une augmentation salariale? Pas pertinent

Par ailleurs, une potentielle augmentation salariale due au changement de barème ne semble pas être une raison suffisante d’étudier deux années supplémentaires.

C’est après avoir reçu 400 réponses des étudiants consultés que les responsables de la Fédération ont tiré ces conclusions. Ils espèrent terminer leur enquête d’ici Pâques. En attendant, ils exposeront leur point de vue aux représentants du ministre la semaine prochaine.2

* coût

Les mots suivis d’un astérisque sont écrits en accord avec l’orthographe réformée.

  1. Communiqué de presse FEF – 23.03.11 []
  2. Le Soir – 23.03.11 []


Vos commentaires

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  1. jules dit :

    Bonne initiative ! ;-)

  2. Lucky dit :

    La Communauté française n’a pas d’argent… (et l’enseignement n’est pas une priorité financière… quoi qu’en disent les politiciens !). Donc, la prolongation de 3 à 5 ans devra se faire comme d’habitude sans augmenter d’un cent le budget. Les mêmes cours seront donnés en 5 ans au lieu de 3… c’est tout. Quelques stages supplémentaires seront organisés (pour se donner bonne conscience) à condition qu’ils soient totalement gratuits (il suffit de ne pas rémunérer les maîtres de stage). Sachant cela, comment imaginer que les deux années supplémentaires apporteront quoi que ce soit de qualitatif…

    Il s’agit uniquement d’un effet d’annonce de nos politiques qui pourront à l’image d’autres pays se vanter de former les instits et régents en 5 ans… RIEN de plus… C’est à pleurer !

  3. Lucky dit :

    De plus l’effet pervers sera qu’il y aura beaucoup moins d’étudiants qui entameront ces études (dû aux coûts).
    La pénurie d’enseignants n’est pas prête d’être résorbée…

    • Claire dit :

      Ah ça non !
      La logique du « tout de travers » :
      -il manque d’enseignants: on allonge la durée des études …
      - il y a plein de jeunes au chômage: on retient les vieux au boulot plus longtemps
      Quelque chose m’échappe…

  4. JacquesDB dit :

    La FEF est dubitative, moi aussi, par rapport au fait que la FEF le soit: nous sommes un des très rares pays d’Europe à garder des études en 3 ans. Cela entraîne que nos enseignants ne peuvent pas professer dans d’autres régions.

    • Marie dit :

      On ne peut enseigner nulle part, même avec 5 ans d’études dans les dents (master en éducation par exemple).

      Pour enseigner en France, il faut avoir le concours…

      Au Luxembourg, pareil, il y a un examen à passer qui n’est pas facile du tout!

      Le nombre d’années d’étude n’a pas grand-chose à voir!

    • Claire dit :

      Faudrait savoir: il y a pénurie, pensons d’abord à garder nos enseignants chez nous !

  5. Lucky dit :

     »Les études de base en médecine vont passer de 7 à 6 ans »… sans autre commentaire

    • Claire dit :

      Rions un coup : si on applique la règle proportionnelle, cela signifie-t-il que les enseignants seront alors payé 5/6 èmes des revenus d’un médecin ?
      Une autre règle proportionnelle, tant qu’on y est : puisque l’on diminue le nombre d’années d’études des médecins, le tarif des consultations diminuera-t-il également , d’1/7ème ?
      Je rigole…c’est tout ce que nous pouvons encore faire ! C’est d’un ridicule…mieux vaut rire que pleurer…

  6. Tanael dit :

    Passer les études à cinq ans me semble inévitable à moyen terme au vu des évolutions du métier. Le tout est de voir ce que comprendra cette formation ainsi que ce que la cf sera prête à mettre sur la table pour rendre la carrière d’enseignant attrayante tant au point de vue pécunier qu’au niveau des conditions de travail. Malheureusement, à ce niveau, on est loin du compte…

  7. Est-ce aux étudiants à dire ce qu’il en est de la durée de leurs études ?
    La Belgique francophone sera-t-elle le dernier village gaulois de l’Europe à résister encore ? Est-ce tenable, souhaitable ?
    Enfin, ces études allongées devraient à terme profiter à l’ensemble du corps professoral , non ? Tous au barême 501 !

    • Bastin Jules dit :

      Et profiter aux enfants ? Quand on lit des phrases telles « profiter aux enseignants », on rigole. Bonne idée que d’octroyer ce barème 501 à tous les enseignants, faisons vite revenir dans le giron des établissements les enseignants démissionnaires partis chercher leur bonheur ailleurs. Ils reviendront certainement parés des plus belles armes pour faire face aux nombreux troubles des apprentissages. Mettre un peu plus à sec la communauté pour permettre à bobonne d’acheter une deuxième voiture. Non merci. Priorité aux enfants !

  8. marie dit :

    Pour avoir eu des stagiaires (régents), je constate que malheureusement, leur culture générale est souvent de plus en plus médiocre. Ils maîtrisent bien ce qui leur a été enseigné dans l’enseignement supérieur (encore heureux !) mais, en dehors de cela, c’est maigre. L’enseignement supérieur est bien obligé de compenser les manques culturels du secondaire. A force d’y travailler les compétences, on y a négligé les connaissances. En outre, nous sommes confrontés à tant de difficultés chez nos élèves que la formation des profs doit être en effet plus pointue pour y faire face.
    Toutefois, je crains que cet allongement n’accentue encore la pénurie. Qui aura envie de faire de longues études si le salaire n’est pas considérablement valorisé ?

  9. rigolo dit :

    @Patrick
    Non ce n’est pas aux étudiants de décider mais il est intéressant de se renseigner sur la manière dont ils perçoivent cet allongement. J’ai vécu la période de transition de 2 à 3 … ce serait trop long d’ expliquer toutes les absurdités constatées.
    Pour le barème 501, vous êtes d’un optimisme à toute épreuve lol, il sera pour tout le monde dans environ 40 ans (ou plus)…

    • Piou dit :

      Moi aussi j’ai pratiquement vécu la transition de 2 à 3 ans (ça ne faisait pas très longtemps que cela avait été mis en place). Et je peux vous dire que la 3ème année n’était à cette époque qu’une année de remplissage !!! Heureusement qu’il y avait les stages et le TFE à rédiger. Car sinon, les profs n’avaient rien à nous proposer. Ils avaient plutôt l’air de s’ennuyer et nous aussi ! De la vaste blague… Alors, passer de 3 à 5 ans … Je n’ose imaginer ce que ça va donner …

  10. Jessica dit :

    Etant sortie de l’école il y a moins de deux ans, je suis d’accord pour ce prolongement à condition que la formation soit revue en profondeur. La vision à l’école normale de l’enseignement n’est pas du tout en accord avec la réalité.

  11. Nath dit :

    Allonger les études d’instituteur…la question est :
    A qui profite le crime ?
    Les meilleurs sortiront à 23 ans et devront atteindre 40 ans (pour l’instant) de carrière…donc travailler minimum jusque 63 ans ! L’objectif n’est pas de proposer des formations plus performantes mais de pousser encore plus loin l’âge de la retraite et donc de faire gagner de l’argent à l’état…
    C’est la pénurie déjà…5 ans d’études ne vont pas nous aider !
    Le quart des instituteurs sortant des écoles normales ne postulent pas dans l’enseignement.
    Autre chose : le salaire d’un instituteur va alors augmenter et ainsi être équivalent à celui d’un ingénieur ?
    Mon oeil! Il n’y a pas d’argent !
    Je vois bien un jeune se lancer dans un métier qui lui sera rémunéré à 1200€ après 5 années d’études.
    Non, non et non!
    La solution est simple : maintenir les 3 ans et en première, mettre les étudiants sur le terrain directement. 2 mois en DI, deux mois en Dm et deux mois en DS. En février, vous verrez le nombre d’étudiants fondre comme neige au soleil !
    Ce métier est un métier de passion.
    Après 6 mois sur le terrain, en suivant la vraie vie d’un instituteur au quotidien dans une classe avec tout ce que cela comporte (et croyez-moi cela est par moment énorme !), il ne restera que des passionnés motivés pour ce dur métier. Et là, tout sera possible. Le reste des 3 années est largement suffisant pour former de très bons enseignants. J’en connais qui ont été formés en un an ! A condition d’éliminer tout ce qui est superflu au niveau des études.