Ça y est ! Le gouvernement est aujourd’hui en mesure de dire quels sont les établissements scolaires qui devront abandonner une part de leurs subventions et une part de leur personnel pour en faire profiter d’autres établissements. C’est le fameux dispositif « Robin des Bois » qui veut qu’une école « pas trop pauvre » vienne en aide à une école « un peu plus pauvre ». Imaginé en 2009 au moment de la formation de la coalition régionale/communautaire PS-Ecolo-CdH, le système a fait l’objet d’un décret l’hiver dernier. Il sera d’application à la rentrée de septembre 2011.
Pour rappel « Robin des Bois » est un des éléments du dispositif global d’aide aux écoles en difficultés. Le montant consacré par la Communauté française (en moyens de fonctionnement et personnel) est de 62 millions d’euros pour cette législature, soit une augmentation de 40 millions par rapport à 2004-2009. Mais sur ces 40 millions, l’exécutif ne déboursera « que » 33 millions, le solde étant amené par les écoles jugées plus favorisées.
Depuis hier, nous savons qui sont les écoles qui « donneront » et celles qui « recevront ». L’exécutif a adopté deux listes : une pour les écoles du fondamental et l’autre pour les établissements du secondaire. Le principe est très simple : chaque école s’est vue gratifier d’une « valeur » qui indique si elle sera aidée, si elle aidera ou… ni l’un ni l’autre. Mais comment a-t-on calculé cette valeur?
A chaque élève correspond en réalité un indice socioéconomique*, qui dépend du quartier où vit l’enfant. Pour chaque école, les indices de tous les élèves ont été additionnés afin d’obtenir l’indice socioéconomique* moyen de l’établissement. Toutes les écoles se retrouvent alors classées sur une échelle allant de 1 à 20. De 1 « très défavorisé » à 20 « très favorisé ».
Les écoles appartenant aux classes de 1 à 5 recevront de l’aide. Celles de 6 à 12 ne donneront rien… mais ne recevront rien non plus. Enfin, celles classées de 13 à 20 aideront. Évidemment, plus l’indice est bas, plus l’école bénéficiaire recevra. Et plus l’indice est élevé, plus l’établissement sera ponctionné. Le gouvernement précise que la ponction ne pourra s’élever au maximum qu’à 1% des moyens de l’école.
Un exemple? A Seraing (province de Liège), l’Athénée Lucie Dejardin est gratifié d’un 2. Il recevra des moyens supplémentaires tandis que son voisin, l’Athénée « Air Pur » (14), devra faire un petit sacrifice.
Pas un indice de qualité !
Mais est-ce qu’une école ayant comme valeur 1, 2 ou 3 est de moins bonne qualité qu’un établissement ayant 18, 19 ou 20 comme valeur? Les professeurs y sont-ils moins compétents? Absolument pas! Cet indice ne fait que signaler un éventuel état de nécessité. Sans plus. La question à mille euros est : « Mais les parents le savent-ils? » En cette période d’inscriptions en 1ère secondaire, publier une telle liste est à la fois un signe de transparence – regardez, nous n’avons rien à cacher – mais aussi une publicité dont certaines écoles se seraient bien passées. Certains diront qu’une fois encore, on colle des étiquettes sur les écoles… voire pire, sur les élèves!
Le système fait l’unanimité contre lui
Notons qu’au départ, la ministre Simonet avait imaginé de déplacer 20 millions (en subsides et personnel) des écoles les plus favorisées vers les établissements les moins favorisés. Le projet avait provoqué une levée de boucliers dans les écoles et les syndicats avaient obtenu la mise à mort du projet de décret. Croyaient-ils… Car à l’automne 2010, le cabinet relança l’idée, mais en ne misant cette fois que sur un montant plus modeste de 7 millions d’euros.
Dire que le décret « Robin des Bois » fait l’unanimité contre lui est un euphémisme. Syndicats, enseignants, directions et représentants des pouvoirs organisateurs, tous font valoir qu’il n’existe pas d’école riche. Les directeurs du secondaire catholique avaient même déclaré l’automne dernier qu’ »on ne colmate pas une brèche dans la coque d’un navire en enlevant des planches sur le côté bâbord pour réparer le côté tribord. »
Les disparités sont aussi énormes entre les écoles. Un rapide coup d’oeil à la liste suffit pour constater qu’à Bruxelles, par exemple, les écoles ont en général soit 1/20, soit 17-20/20. Tandis qu’ailleurs, des communes entières n’ont que des écoles « très riches » (Wavre par exemple), ou « très pauvres » (comme La Louvière).1
La Communauté française note qu’avec ce refinancement, le nombre d’enfants couverts par le dispositif d’aide aux écoles en difficulté passera de 12,5 à 25%.2
La liste des écoles est disponible ici : les écoles primaires et les écoles secondaires.
* socio-économique
Les mots suivis d’un astérisque sont écrits en accord avec l’orthographe réformée.
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LE SYSTÈME FAIT L’UNANIMITÉ CONTRE LUI
D’autant que Robin des bois avait un comportement amoral.
Bonjour,
En créant et en publiant ces listes, la CF va faciliter le choix des parents de classes sociales favorisées qui n’ont pas envie de la mixité sociale. Ce n’est pas ce qui était attendu… Je trouve cela un peu naïf.
Je trouve ça tout simplement scandaleux, quand comprendront-ils que toutes les écoles ont besoin de plus de moyens? Je travaille dans une école avec un indice élevé, ce qui pour le moment avec des classes de 24 enfants en 1ère année (et surtout on ne peut pas limiter le nombre d’élèves à un nombre plus raisonnable en 1ère), nous donne droit à 2.5 périodes de 50 minutes de remédiation par semaine par classe, alors qu’il serait idéal d’en avoir une par jour, car nos élèves aussi ont des difficultés et non des moindres!
Merci à tous ces politiques bien pensants de tirer tout l’enseignement vers le bas! Ca me fait bondir!
Bravo pour la publication de cette liste ! En période de pénurie, les jeunes professeurs pourront mieux choisir les écoles ….où ils ne voudront pas donner cours !