Les syndicats se préparent au clash

C’est entendu ! Puisque la ministre refuse d’envisager une révision du protocole d’accord, les syndicats fourbissent leurs armes. CGSP, Sel-Setca, CSC, SLFP et Appel… Tous détiennent aujourd’hui un mandat clair de leurs affiliés pour passer à l’action. Et ils en sont certains : si la grève du 5 mai est confirmée, elle sera couronnée de succès. Les deux patrons de la CGSP et de la CSC, Pascal Chardome et Eugène Ernst étaient hier les invités de « Matin Première » sur la RTBF. Selon eux, la balle est à présent dans le camp du gouvernement. Mais qu’attendent-ils exactement? Eugène Ernst :

Ce que nous attendons, ce sont des gestes significatifs au niveau salarial et sur les aménagements de fin de carrière. Les enseignants estiment faire un travail excessivement important – il y en a beaucoup qui quittent le métier – et ils disent « il faut absolument faire quelque chose pour que les gens soient reconnus dans la fonction. » On sait aujourd’hui que le salaire est un élément de reconnaissance important. Ce qui a été mis sur la table est largement insuffisant1.

Non à un tutorat à la petite semaine !

Le recul des DPPR fait également caler les enseignants. C’était à prévoir. Les profs tiennent à leurs prépensions à 55 ans, surtout ceux qui exercent dans des conditions parfois très difficiles. Même les mesures transitoires ne font pas passer la pilule. Pascal Chardome :

On a dit tout le mal qu’on pensait de ce régime transitoire parce qu’en réalité il revient à accorder 6 mois supplémentaires – donc 1 an à mi-temps, soyons clairs – aux personnes qui sont proches de 55 ans. Mais avec une obligation de faire du tutorat de jeunes enseignants.

Mais aider les jeunes profs, n’est-ce pas positif? Cela fait des années que les syndicats réclament la mise en place de ce fameux tutorat. Pourquoi le refuser maintenant?

Parce qu’on ne sait pas ce que c’est. On nous parle de tutorat mais, jusqu’à présent, on n’a encore jamais eu une seule réunion pour dire ce que c’était. Alors, oui, c’est une excellente idée. Mais le faire à la petite semaine, comme ça, avec des gens qui ont décidé de partir… C’est clair, les seules personnes qui pourront faire du tutorat dans ce cadre, ce sont les gens qui demanderont une DPPR et ils ne pourront le faire que durant un an… Et donc l’investissement dans ce type de fonction – une fonction importante, ça ne s’improvise pas d’être tuteur – ne se crée pas avec des bouts de chandelles. On prend le temps. On réfléchit. Si les jeunes profs voient leur formation passer de 3 à 5 ans, le tutorat ne doit-il pas être pensé dans ce cadre?

Qui plus est, le tutorat pourrait également s’adresser à des professeurs plus jeunes, motivés par cette fonction. « Pourquoi avoir 55 ans pour être un bon tuteur » ?

De la poudre aux yeux?

Ces mesures transitoires, c’est donc, pour les syndicats, de la poudre aux yeux, une manière de faire croire que l’on a compris les difficultés que rencontrent les profs sur le terrain.

Quant à la nécessité de réfléchir une bonne fois à la question des fins de carrière, CGSP et CSC ne sont pas naïfs. Ils savent que reporter le débat ne pourra avoir que des conséquences fâcheuses à moyen et long terme mais ils souhaitent qu’une discussion sereine puisse s’engager et que l’on ne mette pas le couteau sous la gorge des profs simplement parce que le budget de la Communauté française (la Fédération Wallonie-Bruxelles, ndlr) va mal. Eugène Ernst :

Les mesures brutales ne nous semblent pas une bonne idée. L’enseignement, c’est un enjeu capital pour la Région wallonne et la Région bruxelloise. On est là à devoir former des gens et on doit avoir du personnel motivé, capable de faire face à ces défis. Et ce n’est pas en disant à ces personnes, qui sont parfois à bout de souffle « écoutez, vous allez devoir faire 3 ans de plus » qu’on va relever ensemble ces défis. On est d’accord pour une réflexion sur la carrière de l’enseignant mais il faut prendre le temps d’envisager toutes les possibilités pour que cette dernière soit la plus harmonieuse possible.

L’enseignement est victime d’une politique de « stop and go »

Et les 1000 postes qui ont été créés depuis que Marie-Dominique Simonet est ministre de l’Enseignement obligatoire? Pascal Chardome reconnait* que l’enseignement a été plutôt préservé ces dernières années. Mais explique que ces engagements ne font « que compenser les coupes sombres du passé. » Et Eugène Ernst de rappeler que de nombreux postes ont été supprimés dans les années 90′. Aujourd’hui, « on a commencé à corriger », explique le syndicaliste chrétien « mais on doit faire face à un nouveau boum* démographique », souligne-t-il.

« Le malaise est général » affirme Pascal Chardome pour qui « l’enseignement en Communauté française est victime d’une politique de « stop and go » (« J’y vais, j’y vais pas »), qui est très mal ressentie par les enseignants ». Et il précise : « Les embellies ne durent jamais ».2

Pascal Chardome précise qu’il « ne prétend pas qu’il faut toujours des moyens nouveaux mais il faut débattre de ce qu’on peut faire avec ces moyens (…) Nous souhaitons avoir un débat de ce qu’on va faire avec les moyens disponibles. » Il remet d’ailleurs en question la politique contre l’échec menée par le gouvernement actuel.

Une politique qui coute* cher mais qui ne fonctionne pas vraiment. Il serait plus judicieux de repenser ensemble un projet ambitieux pour nos enfants.

Les syndicats avertissent donc Marie-Dominique Simonet et Jean-Claude Marcourt : il faudra revenir s’assoir* autour de la table. Ils resteront constructifs mais fermes. Deux ministres avertis…3

* reconnaît, boom, coûte, s’asseoir

Les mots suivis d’un astérisque sont écrits en accord avec l’orthographe réformée.

  1. Hausse de la prime de fin d’année de 120 euros bruts, c’est-à-dire environ 60 euros nets. []
  2. RTBF-info – 08.04.11 []
  3. Photo RTBF []

Commentaires

  1. Panier dit :

    Le tutorat! Pour qu’il soit efficace, il faudrait que les jeunes profs l’acceptent. Est-ce le cas? Pour moi, à l’heure actuelle, c’est loin d’être le cas. Les jeunes savent tout alors qu’à la sortie de l’Ecole Normale, on ne sait pas grand chose pour ne pas dire rien. Donner des conseils, aider à comprendre le fonctionnement d’une classe, donner des astuces et des ficelles pour que le début de carrière soit moins fastidieux, les jeunes profs n’en veulent pas et les rejettent. C’est du vécu, pas de la théorie. Pour pondre une réforme, il faut être sur le terrain, pas enfermé dans un bureau. Madame Simonet dit visiter une école chaque semaine. Lesquelles? Jamais je ne l’ai vue.
    J’ai 51 ans et je dois subir une très lourde opération dans les mois à venir. Après ma rééducation, que devrais-je faire? Retourner à l’école et attendre que l’heure de mes 58 ans sonne pour espérer partir à la retraite. Je serai sans doute épuisé, exténué et peut-être accompagné de la grande faucheuse qui m’enverra illico presto vers le repos éternel. Merci à ma profession à qui j’aurai tant donné sans doute au détriment de ma petite famille. Merci à Mesdames et Messieurs les Ministres de l’Education qui auront défilé tout au long de ma carrière sans vraiment savoir ce qu’est l’enseignement. Peut-être que Monsieur Dupont le savait mais il ne l’avait plus pratiqué depuis tellement longtemps. Pour les autres, c’est sans doute leurs souvenirs de potaches qui les reliaient à l’Enseignement.

    1. Martine Stasse dit :

      Comme je vous comprends !!! Ma situation est similaire à la vôtre et nous ne sommes sûrement pas que deux …

    2. pascal dit :

      Je compatis vraiment à vos problèmes de santé. Mais ce que vous dites à propos de la famille sacrifiée au nom du boulot, qui ne le vit pas aujourd’hui ? Quelle profession permet de jouir de loisirs, de moments en famille et d’épanouissement personnel sur le lieu de travail ? Tout le monde ne peut bénéficier d’un départ à 55 ans payé aussi bien. Il faudrait que nous arrêtions de ne voir que nous-mêmes. Non ?

  2. Martine Stasse dit :

    Je fais partie des 53-54 ans qui ont du mal à avaler que l’âge de la prépension soit reculé de 3 ans. Moi qui pensais pouvoir souffler un peu et profiter de la vie (avant que mon cancer ne m’emporte). J’ai déjà consacré tellement de temps à l’école (tellement plus qu’à moi). Les mesures transitoires ne me consolent pas du tout du tout. J’espère bien mieux. Faire grève et laisser mes enfants pour compte, je n’aime pas. Par contre, j’aime assez l’idée de la grève administrative.

    1. Benoit dit :

      Moi aussi, j’aurai 55 ans début janvier 2012, j’avais toujours pensé me retirer en douceur après plus de trente années d’enseignement, à quelques jours près je ne pourrai donc pas réaliser ce projet…

      1. Martine Stasse dit :

        Vous dites « à quelques jours près ». Quelle déception ce doit être ! Je compatis VRAIMENT !

      2. gregoire dit :

        @Benoit, je suis dans le même cas que vous, 55 ans début janvier. Serais curieux de connaître le nombre de mes collègues « quinqua » dans le même cas. J’ai déjà épuisé mes congés pour raison impérieuse de santé.

  3. Damien dit :

    Décidément, les têtes « pensantes » syndicales n’ont rien compris aux demandes du terrain…

    Le salaire et la fin de carrière ne sont pas la préoccupation de bon nombre d’enseignants.
    Certes, les enseignants ont dit non aux faibles mesures proposées, mais il n’y a pas que ça.

    A titre personnel, je pense qu’il y a plein de petites mesures destinées à améliorer d’une part l’image de la profession et d’autre part nos conditions de travail (moins d’administratif « qui ne sert à rien », par exemple. Ou proposer des locaux de cours décents. ou… Ou… Ou… ). Certaines même ne coûteraient rien.

    Le clash risquerait d’être double : le taux de participation à cette grève pourrait être plus faible que ne l’espèrent ( e.a. ) les syndicats.

  4. marie dit :

    Bien que syndiquée, je ne me sens pas défendue par mon syndicat ni par aucun autre : ils ne pensent qu’au salaire et pas aux conditions de travail difficiles, même en dehors des d+. Zola (que j’adore) est mort, il y a des défis propres au XXIe siècle. Hélas ! ils n’entendent pas notre désir d’amélioration qualitative des conditions de travail. Avec pareille ignorance, ils ne contribueront pas à nous aider et à attirer les jeunes vers la profession.

    1. veronique dit :

      Je ne suis pas d’accord. Les syndicats ne pensent pas qu’à une augmentation salariale. Mais ils y pensent aussi!! Quoi de plus normal? Nous travaillons dans des conditions pas faciles, nous ne sommes pas payés juillet-août, …. pour un salaire de misère! Alors on comprend que bien des jeunes quittent l’enseignement pour d’autres professions ou qu’ils ne veulent pas s’orienter vers l’enseignement. Partir en pré-retraite? Oui! Mais pas possible dans les conditions proposées!

  5. marie dit :

    Comme les plus jeunes, je ne me sens pas concernée par les fins de carrière, mais par ma carrière au moment où je la vis… pourtant je pourrais partir. Mais que voulez-vous, je n’ai pas les moyens de partir à 55 ans…

  6. marie dit :

    Et si nous, qui ne sommes pas d’accord avec l’idée trop réductrice de nos syndicats, nous manifestions un weekend ou un mercredi après-midi ? Je suis sûre que des non syndiqués nous rejoindraient au slogan de « pour une amélioration de nos conditions de travail ». Mais je n’ai pas l’âme d’un organisateur de manifestation. Quelques-uns s’en sentiraient-ils la capacité ? J’en suis et je fais de la réclame.

  7. stillemant dit :

    Les syndicats disent qu’ils écoutent la base et que c’est la raison pour laquelle ils rejettent tout en bloc… Qui a contacté qui? Je n’ai reçu aucun courrier, aucun mail me demandant mon avis.. et vous???

    1. Jamar dit :

      Etre syndiqué, ce n’est pas que cotiser… Des réunions sont organisées dans vos régionales et les informations sont affichées aux valves (encore faut-il prendre la peine de les lire).
      Cordialement.

  8. pascal dit :

    J’ignore si la grève sera un succès. Moi je ne ferai pas grève.
    Je suis désolé pour ceux qui y croyaient dur comme fer. On savait pourtant que cela n’aurait qu’un temps et on a déjà prolongé les DPPR.
    Moi je veux une amélioration qualitative de mon métier maintenant et pas de ma retraite dans cinq ans ou plus. C’est maintenant que j’ai besoin d’oxygène, de changements !

  9. Jean dit :

    Moi, je suis « atteint » par la limite d’âge et j’en suis bien heureux. En juin, bye bye!

  10. Lucky dit :

    Simonet oublie une chose en comparant les prépensions à celles des flamands : ils ont obtenu en contrepartie une revalorisation de l’ordre de 5 %… il suffit de comparer nos barèmes avec les leurs…

    Les politiciens sont des menteurs… ce n’est pas nouveau… L’enseignement une priorité … oui lors des élections, non après…

  11. Anaïsnin dit :

    « Les syndicats disent qu’ils écoutent la base et que c’est la raison pour laquelle ils rejettent tout en bloc… Qui a contacté qui? Je n’ai reçu aucun courrier, aucun mail me demandant mon avis.. et vous??? »

    @stilleman : Bien sûr qu’on m’a sollicitée pour donner mon avis ! AG organisée par les régionales, possibilité pour chacun de s’y rendre et de voter pour faire connaître sa position en tant qu’affilié. J’imagine que comme tous les affiliés – si vous êtes affilié – on vous aura sollicité d’une manière ou d’une autre !

  12. Jean dit :

    C’est vrai qu’au niveau des syndicats, on n’a rien entendu! Mais comme les métallos et les cheminots, défendons notre profession!