La ministre CdH de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet, était l’invitée de Pascal Vrebos sur Bel RTL, ce lundi matin. A ceux qui n’ont pas eu le courage de se réveiller pour l’écouter à 7h50, Enseignons.be vous livre ici quelques extraits de son interview.
Pascal Vrebos : Alors, souvenez-vous Mme la ministre, avant les élections, tous les partis avaient, en chœur, parlé du refinancement de l’enseignement, dit que la formation était la priorité des priorités. Et voilà que les syndicats renvoient votre accord social, annoncent une grève et parlent de propositions insuffisantes voire méprisantes. Réactions?
Marie-Dominique Simonet : Oh, je pense que ce ne sont pas des propositions méprisantes, ni insuffisantes. D’un autre côté, c’est sûr que ce n’est pas la baraka.
P.V : On avait fait trop de promesses avant les élections?
M-D Simonet : Mais on les a tenues, parce que l’enseignement EST une priorité. Et je suis fière de pouvoir le dire. Depuis que j’ai repris le département, on a engagé 1.200 personnes… enseignants, éducateurs, dans les écoles. Est-ce que vous connaissez un secteur où on a engagé 1.200 personnes pendant la crise?
P.V : Est-ce que cette grève va vous faire bouger?
M-D Simonet : On a entendu les syndicats. On a mis 34 millions sur la table. Si on compare avec l’accord interprofessionnel (AIP) qui est de 100 millions, nous, pour un seul secteur de la Communauté française, on met 34 millions, c’est déjà sérieux.
34 millions d’euros sur la table : « C’est sérieux »
P.V : Donc, les syndicats exagèrent?
M-D Simonet : Chacun est libre d’avoir son appréciation. Ils ont la leur. Mais je répète, dans le contexte actuel, c’est déjà très bien.
P.V : Vous le savez, dans quelques années, il y aura de plus en plus de jeunes à Bruxelles. Il faudra construire des écoles. Vous y pensez? Et vous allez les construire avec quel argent, avec quels profs?
M-D Simonet : On fait beaucoup plus qu’y penser. Le gouvernement de la Communauté française, qui travaille d’ailleurs avec le gouvernement bruxellois – on a une « task force » qui se réunit très régulièrement – a décidé de créer 10.500 places, dont 60% seront à Bruxelles et ce seront des écoles nouvelles et des extensions. Nous savons que ce ne sera pas encore assez mais ces places-là sont décidées, elles sont financées et les travaux vont bientôt commencer.
Aux éventuels grévistes : « Réfléchissez »
P.V : Un décret qui est aussi contesté, c’est le fameux décret « Robin des Bois », 7 millions des écoles riches vers les écoles pauvres. C’est quoi une école riche?
M-D Simonet : Je le répète : il n’y a pas d’écoles riches. Par contre, dans toutes les écoles, il y a parfois une classe où un élève a des difficultés. Mais il y a des écoles qui n’ont que ce type d’élèves. Si on veut alléger la pénibilité du travail, il faut donner plus de moyens à ces écoles-là.
P.V : Que dites-vous aux professeurs qui vont faire grève le 5 mai ?
M-D Simonet : Je leur dis de réfléchir à ce que le gouvernement a mis sur la table. Et j’entends que le métier d’enseignant a évolué : les élèves, les familles ont changé et c’est un métier difficile. Nous avons augmenté l’emploi, il y a de la revalorisation salariale pour chaque enseignant et pour les bas salaires et les directeurs. On a voulu concentrer sur les besoins, il y a aussi de la formation. Et puis, c’est une étape. C’était la négociation 2011-2012… Il y aura 2013-2014…
« dans les écoles difficiles c’est moins facile » dixit Mme Simonet (RTBF radio début avril 2011)… Quand Mme Simonet a-t-elle enseigné? Quand a-t-elle été élue aux élections régionales? Quand a-t-elle été choisie comme ministre parmi les députés/sénateurs ?
Quand j’entends Mme Onkelinx dire (RTBF radio, jeudi 14 avril) qu’il faut s’occuper des infirmières car c’est un métier pénible, qu’elles travaillent la nuit et que beaucoup quittent à 48 ans; je dirai que c’est méprisant pour les profs car ne passent-ils pas des nuits à préparer et corriger? Les conseils de classe et réunions de parents après les heures de la journée? Combien ont déjà envie de quitter la profession avant 48 ans? Et combien la quittent dans les 3 premières années? Est-ce que l’enseignement n’est pas pénible avant 48 ans ????
Heuu faut quand même pas exagérer… passer des nuits à corriger et à préparer ?? Si on est insomniaque, pourquoi pas !
Avez-vous déjà travaillé dans le privé ? 38 heures semaines, vous connaissez ??
Oui j’ai travaillé plus de 3 ans dans le privé. Oui j’ai connu le 38h (temps béni!). Je n’ai qu’un mot à vous dire: je travaille beaucoup plus d’heures aujourd’hui dans l’enseignement que je ne le faisais dans le privé!
Dans le privé, journée finie, vous rentrez à la maison et vous savez que vous pouvez ranger votre « sac de travail » dans un coin jusqu’au lendemain.
Dans l’enseignement, quand vous arrivez enfin chez vous, il vous reste à resortir vos affaires et à commencez la deuxième journée de travail (corrections, préparations, rencontres parents, journée péda, projets éventuels pour les élèves, etc)
Heureusement que j’aime mon métier d’enseignante, sinon je retournerais bien vite vers le privé pour n’avoir QUE mes 38h de travail!
Un enseignant travaille 24 h avec les élèves + 2h de réunion (concertation) +2 à 4h par jour de prépa et corrections (w-e aussi), faites le compte…
J’ai travaillé dans le privé avant de décider un changement de cap et de faire d’autres études pour devenir enseignante. J’aime mon métier, mais je gagne moins chaque mois; ne parlons pas de la dérisoire prime de fin d’année… Les nuits de corrections, surtout en décembre et juin ? Oui, je connais, ce n’est pas un mythe, le we à peindre la classe je connais aussi, les fancy-fair qui nous mobilisent bénévolement le w-e aussi. Les conseils de classes qui durent jusqu’à 21h (parfois dans 3 écoles différentes) je connais aussi… Alors ce couplet du « les profs ne travaillent pas », j’ai du mal à l’entendre !
Robin des bois: bref, il faut que cela soit pénible pour tout le monde !
Pourquoi ne pas proposer à Mme Simonet un Robin des bois avec les ministres. On prend aux ministres l’argent nécessaire à l’augmentation des enseignants.
Pas de commentaire.
Comme tous les ministres de l’enseignement avant elle, elle se fout de la gueule du monde (et surtout des enseignants)… Nous serons en grève le 5 mai et même si objectivement, ça ne sert pas à grand-chose, ce sera déjà ça !
Pour régler une fuite à un robinet, il n’est pas nécessaire d’avoir 300 personnes pour réparer !
Toujours l’argent, est-ce vraiment le gros problème de l’enseignement ? Pourquoi le métier est-il pénible ?
Pourquoi les jeunes ne restent pas et les plus « anciens » veulent quitter ?
Nos politiciens et beaucoup de monde pensent que tout est une question d’argent.
J’ai bien réfléchis Madame Simonet et je reste convaincu que vos propositions (notamment 120 euros brut par an) sont MÉPRISANTES pour les enseignants… et on ne parle nulle part d’une réelle revalorisation des CONDITIONS de travail… (encore plus important).
Elle est scandaleuse! Moi je dis au finish!
Et moi je dis grève du zèle et rétention des résultats! Pas de conseils de classes, pas d’avis de passage dans la classe supérieure… La SNCB, le Tec, … prennent toujours les gens en otages. Touchons-les dans ce qu’ils ont de plus cher…leurs têtes blondes, leurs vacances de juillet pour lesquelles ils partent déjà le 25 juin… Et vous verrez si la ministre ne va pas relire sa copie!
@ Christine:
1) La grève est un acte collectif. Proposer des rétentions de points crée une situation individuelle intenable: le prof est seul face à sa hierarchie… Donc non. La grève, c’est tous ensemble, au même moment, sur le trottoir (ou sur les boulevards !), soit pour commencer le 5 mai à Liège.
2) l’utilisation de la terminologie « prise d’otage » quant aux mouvements sociaux est faite abusivement par le patronat. La prise d’otage est un délit puisqu’il y a menace de mort. Merci de ne plus utiliser ces termes pour parler de grèves ou arrêt de travail (même de la SNCB ou des TEC !). Ou alors, acceptez d’être taxée de violeuse quand vous évaluez un élève.
3) Aucun syndicaliste ne veut « toucher aux têtes blondes », au contraire, il faut faire comprendre aux parents que les revendications du front commun apportaient un plus indéniable à la qualité du service public offert à leurs enfants.
@ Frederic Cools:
être en grève servira AU MINIMUM à souder les enseignants à la veille de nouvelles restrictions budgétaires (le MR et le VLD sont impatients d’avoir un gouvernement fédéral pour prendre des « mesures »). Il ne faut pas partir perdant, quoi qu’en dise la Ministre, il y a des marges de négociation. Il ne pas oublier également que les mesures sur les DPPR ne répondent pas à une urgence budgétaires puisque les effets ne se feront sentir pleinement que dans quelques années (il y a moyen de refuser que l’on prenne la crise actuelle comme alibi pour détruire la bouée de sauvetage des plus fatigués d’entre nous !)
TOUS EN GREVE LE 5 MAI !
En plus la formation parlons-en : on n’est pas remplacé donc ce sont les collègues qui prennent les enfants dans leur classe parfois déjà en surnombre!
Fatiguée! très fatiguée… 55 ans et je n’ai jamais travaillé dans une école « riche » (n’importe quoi!)
Alors ok! on est bien d’accord: il faut faire des économies. Juste une question: où sont passées celles de 95??? Dans l’entretien des personnes à l’origine des multiples réformes?
Soit… et donc Mme Simonet reconnaît une pénibilité à notre tâche. Mais! c’est pénible bien sûr, juste que cela le sera un peu plus longtemps.
Et nulle part, je n’ai entendu que cette pénibilité allait être analysée de façon à y remédier.
Je n’aborde même pas la dégringolade depuis le début de ma carrière. Simplement, les situations totalement ubuesques que je vis depuis 5-6 ans! Du n’importe quoi! L’élève qui envoie un policier à l’hosto mais qui débarque chez nous parce qu’il n’y a plus de place en IPPJ (facile!), celui qui entre et sort et rentre et ressort et rerentre en IPPJ en s’en vantant, ceux qui recommencent la même année pour la 3ème fois, majeurs pourtant et qui viennent foutre la m** en classe, privant par ailleurs les autres du droit élémentaire à l’enseignement, sans parler de l’immense majorité qui est restée sur facebook jusque 3 heures du matin…
Cela coûte cher donc? Oui! cela coûte cher! Enormément cher! Mais sans doute moins cher que s’ils émergeaient au chômage… ce que nos dirigeants taisent soigneusement.
Parlons donc de grève… et si simplement, nous faisions grève face à tout cela? Si nous décidions de continuer avec les mômes de bonne volonté (oui! oui! il y en a beaucoup!) et que nous remballions chez eux tous ceux qui n’ont pas le matériel/ sont grossiers pour le plaisir de l’être/ n’ont rien étudié (ouh! un gros mot!)/ empêchent le cours de se dérouler normalement…
Là, on verrait enfin ce qui coûte si cher dans l’enseignement… et non! ce ne sont pas les professeurs! et oui! nous pourrions travailler plus longtemps, avec plaisir même.
Un mouvement un peu original serait bienvenu… plutôt que des décisions de grève à la « yaka » dignes de nos ministres successifs!
Madame la Sinistre et non la Ministre,
Que vous êtes insolente et méprisante envers les enseignants. Et tout d’abord que savez-vous réellement du métier? Ce sont vos sbires qui vous donnent des conseils, eux qui pour la plupart sont partis des écoles où ils ont enseigné 1 an ou deux. Ce sont eux qui ont les bonnes idées!!!!
Vous devriez écouter les professeurs, venir sur le terrain (non pas une visite préparée où les plantes vertes ont été installées, où les couloirs ont été repeints, où les élèves ont appris un ou l’autre compliment, … venez vivre une journée complète en classe, dans les écoles et alors là vous pourrez constater que notre enseignement est bien malade, malade des différentes réformes prise par vos prédécesseurs.
Jeune enseignante, j’ai décidé de quitter la profession au bout de seulement 4 ans d’intérims. Les causes? Elles sont multiples et pour la plupart déjà énoncées dans les précédents commentaires. Ce que je dis aux gens qui me demandent pourquoi je suis partie « d’un si beau métier », c’est que le système actuel est vraiment détestable, le contexte dans lequel on nous demande d’enseigner est loin d’être épanouissant. Et pour quel salaire? Et avec quelle reconnaissance? JE REFUSE DE TRAVAILLER DANS UN SYSTEME FOIREUX ET D’Y LAISSER MA SANTE. Notre enseignement belge est très malade. Je pense qu’il faut sérieusement revoir quantité de choses, à commencer par le système lui-même. Que Madame Simonet et autres Ministres aillent faire un petit tour dans les pays nordiques comme la Suède… Là où enseigner est réellement considéré comme un travail de la plus haute importance et où de vrais moyens sont mis en place pour permettre à tous (enseignants, élèves et parents) de se sentir bien. Les jeunes de cette société sont les adultes de demain. N’est-ce pas primordial de les former dans un contexte de qualité? A Bon entendeur…
Dans notre système, y a qu’une seule chose à former, le prochain électorat! Le reste, nos politiciens n’en ont rien à faire! C’est à pleurer et ne comptez pas sur moi pour rester plus longtemps !!!
Madame Simonet croit que dans les écoles « riches », il n’y a qu’un élève en difficulté par classe alors qu’ils sont 27 dans mes classes de première où plusieurs sont en grandes difficultés. Elle parle aussi de revalorisation salariale avec 120 euros brut par an, je pense qu’elle devrait réfléchir avant de parler.
J’enseigne depuis 24 ans, je suis toujours aussi passionnée par mon métier, mais je constate une réelle dévalorisation du métier. On doit rendre des comptes sur tout ce qu’on fait et c’est parfois les parents qui nous disent comment enseigner. C’est vrai que l’argent n’est pas tout, je crois que si vous demandez aux enseignants s’ils préfèrent un salaire plus avantageux ou une classe moins peuplée, ils opteront pour la deuxième solution. Il n’y a pas de miracle, enseigner avec des classes surpeuplées, c’est l’enfer! Et dans de bonnes conditions, travailler plus longtemps serait évidement moins pénible!