Marcourt s’attaque à la représentation étudiante

Le cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS) travaille actuellement à un avant-projet de décret portant sur la représentation des étudiants. Actuellement, ces derniers peuvent compter sur deux organisations pour défendre leurs intérêts : la FEF (Fédération des étudiants francophones), née en 1981, qui pèse un peu plus de 120.000 affiliés regroupés dans 26 comités étudiants et l’Unecof (l’Union des étudiants de la Communauté française), qui a vu le jour en 1996 et rassemble, elle, 17 comités étudiants et 35.000 étudiants (chiffres de 2005).1

Les précédents décrets datant de 1995 – pour les hautes écoles – et 2003 – pour les universités – le ministre a jugé qu’il était temps de les toiletter, d’autant que l’une des deux organisations étudiantes se trouve actuellement dans une position délicate. L’Unecof ne répond en effet plus (encore une fois) aux critères de reconnaissance par la Communauté française depuis qu’elle a perdu deux de ses gros affiliés (les Facultés catholiques de Mons et la haute école Léonard De Vinci sont passés en 2010 à la FEF), puisqu’elle ne représente plus le minimum d’affiliés nécessaires, à savoir 20% du nombre d’étudiants. Sa reconnaissance, qui pourrait déjà lui être retirée, court jusqu’au 30 juin prochain. L’Unecof risque de se faire sortir des consultations officielles (à cet égard, les associations étudiantes ont un statut équivalent à celui des syndicats).

Si le décret « Participation » n’est pas rapidement revu, l’Unecof pourrait également perdre ses subsides (20.000 euros/an) à la rentrée prochaine. On comprend qu’elle estime que les critères actuels définis par le décret ne sont plus adaptés. La FEF en revanche, préfèrerait* que l’on ne touche pas au texte. Et pour cause, elle récupèrerait* tout ce que perdrait sa « rivale ».

Affaiblir la contestation étudiante?

Jean-Claude Marcourt voit d’un bon œil le sauvetage in extrémis* de l’Unecof. Officiellement, pour une question de pluralisme. Officieusement, parce que l’organisation étudiante lui est souvent favorable. Quelle bêtise de se priver d’un allié alors que la FEF refuse de se laisser domestiquer. Un exemple? La Fédération des étudiants francophones a descendu le projet de test d’orientation dans les universités. L’Unecof a, elle, encouragé le ministre à le généraliser à tout le supérieur.

On notera tout de même que la FEF n’a jamais été en odeur de sainteté auprès des gouvernements de la Communauté française (si on excepte l’ère Nollet, of course)… et pour cause, d’un côté elle n’a jamais hésité à interpeler* voire à s’opposer au politique, souvent de manière dérangeante, et de l’autre, elle est réputée être un nid de futurs poids lourds écologistes : les ministres régionaux Jean-Marc Nollet et Philippe Henry ont dirigé la FEF, de même qu’Emily Hoyos, la présidente du Parlement wallon. Romain Gaudron, président de 2009 à 2010, a quitté le paquebot étudiant pour se présenter sur la liste Ecolo dans le Luxembourg aux dernières législatives. Quant à son prédécesseur, Mathias El Berhoumi, il travaille au cabinet de Jean-Marc Nollet. Deux anciens présidents de la FEF, Fabrizio Bucella et Gregor Chapelle, sont eux au PS. On comprend l’envie du gouvernement de ne pas laisser la FEF occuper le terrain en solo.

Un ancien de l’Unecof dans le cabinet Marcourt

Autre coïncidence troublante : la présence, dans le cabinet Marcourt, d’un certain Xavier Dupont, qui a présidé l’Unecof de 2004 à 2006 puis en a été le secrétaire général jusqu’en 2009. Il est soupçonné par la FEF de plaider la cause de son ancienne association auprès du ministre, accusation dont le cabinet se défend avec énergie.

C’est pourtant lui qui a été chargé de la rédaction du nouveau décret « Participation ». Décret qui pourrait prolonger d’office l’habilitation des organes représentatifs, qui en possédaient une sous l’ancien décret, jusqu’au 31 aout* 2013. Quel hasard ! Cela laisserait le temps à l’Unecof de faire le tour des écoles supérieures pour tenter de repasser les 20 %. A moins qu’elle n’ait même plus besoin de le faire…

Car, selon Le Soir qui en parlait encore ce vendredi, un changement fondamental se profile, qui est lui réclamé par la Fédération des étudiants libéraux : les organisations représentatives comme la FEF et l’Unecof, ne seraient plus élues par les membres de bureaux étudiants, mais directement par les étudiants eux-mêmes. Et il ne faudrait plus 20% mais 10% des voix exprimées pour être reconnu.

Pour mieux régner, il faut…

Pour le ministre, il s’agit d’assurer une meilleure représentation démocratique des étudiants. Mais d’aucuns pointent le risque d’atomisation de la représentation étudiante, alors mue par des intérêts localistes – représentation d’universités ou d’écoles supérieures – ou communautaristes – représentation de spécialités. Cette modification aurait aussi comme résultat d’affaiblir la FEF et plus largement le mouvement étudiant et avec lui la force de contestation qu’il représente. De là à écrire que c’est peut-être le but recherché…2

* préférerait, récupérerait, in extremis, interpeller, août

Les mots suivis d’un astérisque sont écrits en accord avec l’orthographe réformée.

  1. Le conseil étudiant est officiellement reconnu depuis 1995 pour les hautes écoles, 2001 pour les ESA (Ecoles Supérieures des Arts) et 2003 pour les universités. Chaque établissement supérieur en Communauté française a un conseil étudiant. Son rôle : représenter les étudiants auprès de l’établissement, se mobiliser pour défendre leurs intérêts et apporter son soutien administratif et logistique à l’étudiant qui le demande. Chaque conseil étudiant doit être affilié à une organisation représentative des étudiants au niveau communautaire (ORC). Il en existe deux aujourd’hui : l’Unecof et la FEF. []
  2. Le Soir – 22.04.11 []

Commentaires

  1. demouscron dit :

    Un Ministre qui organise les représentations « syndicales » … Amusant … Je pensais que l’URSS avait disparu en 1991 …

  2. Behdi dit :

    Qu’il continue, tout se retournera sur lui, les étudiants, la FEF, les médecins … A croire que la Belgique a touché le fond avec des gens (pour rester poli) pareil en politique ! Il n’en a pas beaucoup dans le cerveau sinon il penserait aux conséquences que cela aura sur le pays, sur les médecins qui doivent déjà faire tant d’années avant de pouvoir exercer. C’est honteux !

  3. domi dit :

    @ Behdi
    Il ne faut pas le sous-estimer, mais je suis très loin de l’applaudir !
    C’est encore plus grave …