Le mot d’ordre syndical a été maintenu. Jeudi prochain, les enseignants devraient descendre massivement dans la rue pour dénoncer le contenu de l’accord sectoriel récemment négocié entre le gouvernement et les syndicats. Ce dernier prévoit de repousser le droit de partir prématurément à la retraite de 55 à 58 ans. Les représentants des enseignants réclameront également de nouvelles concessions salariales, dans la mesure où ils estiment qu’une hausse de la prime de fin d’année de 60 euros nets n’est pas suffisante. Faut-il cependant penser que les profs ne débrayent que pour des raisons financières? Petit tour de la question… et de quelques idées reçues.
1. Les enseignants ne manifestent que pour gagner davantage d’argent.
Faux. La plupart des enseignants ne se plaignent pas de leur salaire, même s’ils admettent que la pénibilité de leur métier n’est pas suffisamment reconnue. Alors bien sûr, on entendra forcément des slogans réclamant des hausses de salaire, ce jeudi. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Ce que veulent les profs avant tout, c’est de la reconnaissance. Et avant les questions d’ordre salarial, ils sont nombreux à penser que le gouvernement pourrait faire un effort pour améliorer l’encadrement des jeunes enseignants, leur assurer un début de carrière agréable et digne. 1 Certains pensent aussi qu’il est temps de remettre l’enfant au cœur de notre système éducatif : classes moins nombreuses, possibilités de remédiation immédiate, pédagogies différenciées, révision des programmes, entretien des bâtiments et des classes les plus vétustes, achat de matériel adapté, formation continuée, etc. Les enseignants réclament des mesures qualitatives qui leur permettront d’exercer dans de meilleures conditions. Ils attendent du monde politique qu’il investisse dans l’école et crée de l’emploi.
2. Les enseignants veulent absolument partir en préretraite à 55 ans.
Faux. La majorité des enseignants sont conscients qu’il n’est plus possible de financer les départs en DPPR de leur collègues. La situation budgétaire de la Communauté française est telle qu’un recul de 55 à 58 est indispensable. D’autant que le métier n’attire plus les foules et que les jeunes profs sont nombreux à le quitter après seulement quelques années passées dans les classes. Il est difficile de maintenir ce que beaucoup considérèrent comme un luxe en période de pénurie. Mais s’ils se disent prêts à travailler plus longtemps, les enseignants veulent des garanties que l’argent ainsi économisé sera réinvesti dans les écoles et dans des projets qui contribueront à la revalorisation du métier. Et sur ce point, le gouvernement n’a pas encore convaincu.
3. Les enseignants sont souvent en grève.
Faux. Il n’y a plus eu de grève générale dans l’enseignement depuis… 1996. Cela fait donc 15 ans que les enseignants ne sont pas sortis dans la rue, en front commun, à l’appel de leurs syndicats. Depuis 15 ans, chaque année, ils encaissent les coups et mordent sur leur chique : allongement de la plage horaire au maximum pour tous, décret « Robin des Bois », etc. Cette fois, ils veulent dire « stop » et s’opposer à ce qu’ils appellent le « détricotage de l’enseignement ».
4. Les écoles seront fermées ce jeudi.
Faux. Aujourd’hui encore, la presse invitait les parents à garder leurs enfants à la maison. Mais si de fortes perturbations dans les écoles en Wallonie et à Bruxelles sont à prévoir, on doit cependant indiquer qu’il existe, pour chaque établissement, une obligation d’accueillir les élèves qui se présenteront. Les éventuels piquets de grève auront pour consigne de dissuader les enseignants de pénétrer dans l’école. Mais les enfants devraient pouvoir rejoindre leurs classes… ou la salle d’étude en cas d’absence de leur (ou de l’un de leurs) professeur(s).
5. Les enseignants craignent que cette grève ne redore pas leur image.
Vrai. La société n’a pas toujours suivi les enseignants dans leurs revendications. Dès que la fonction publique débraye, que ce soit dans les écoles, les transports en commun, les administrations, l’incompréhension règne dans la population. D’autant que certains n’hésitent pas à comparer le travail d’un instituteur ou d’un professeur avec celui d’un travailleur du privé. Les profs ne prestent que vingt heures par semaine, sont perpétuellement en vacances, jouissent de la sécurité de l’emploi et d’une pension confortable. Mais de quoi se plaignent-ils? Et eux de répondre : « Mais si le métier est si facile et si agréable, s’il comporte tant d’avantages, pourquoi y-a-t-il si peu de candidats? Pourquoi les jeunes s’enfuient-ils après seulement 3 ans? » Faisons le pari que les médias ne travestiront pas la réalité d’une profession extraordinaire mais parfois fort pénible, et sauront, sans caricature, se faire l’écho de revendications plus subtiles que les points qu’ils ont mis en exergue ces derniers jours.
Aux dernières nouvelles, selon le journal l’Echo qui a interrogé Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC-Enseignement, le mouvement devrait être bien suivi dans l’ensemble de la Communauté, malgré un point faible dans le Brabant wallon. Mais le syndicat ne désespère pas de convaincre les enseignants de la dixième province de rejoindre le mouvement. Quitte à envoyer des représentants dans les écoles généralement plus réfractaires pour les convaincre de la justesse des revendications.2
On sent une réelle volonté de participer à la manifestation, il faut donc s’attendre à ce que beaucoup d’enseignants soient absents, jusque dans le fondamental.
Le rendez-vous est fixé à la gare des Guillemins, à Liège, à 13h30. Le cortège démarrera vers 14h vers le siège du CdH, rue du Paradis. Il empruntera ensuite la rue de Serbie pour rejoindre le Boulevard d’Avroy. Par la rue Louvrex, il gagnera le siège du PS, place Sainte-Véronique. Dislocation aux Guillemins vers 16h.3
- Pensez que pour être payé à terme simplement échu (c’est-à-dire à la fin du mois des prestations) le temporaire doit être désigné pour une période égale ou supérieure à quinze semaines. [↩]
- L’Echo – 03.05.11 [↩]
- Le Soir – 03.05.11 [↩]
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Si les revendications avaient été présentées de cette manière, j’aurais fait la grève de ce jeudi!
« Les éventuels piquets de grève auront pour consigne de dissuader les enseignants de pénétrer dans l’école. Mais les enfants devraient pouvoir rejoindre leurs classes… ou la salle d’étude en cas d’absence de leurs (ou de l’un de leur) professeurs. »
Pour être surveillés par qui ?
1: non je ne pense pas que les enseignants prestent pour plus d’argent : à heures prestées égales à un employé dans le privé le salaire est +/- égal (cela étant dit, la possibilité de faire un 4/5 en 2 jours; il n’y a que dans ce secteur là qu’on peut le faire….)
2: d’accord.
3: non, en effet mais ont plus de facilités pour le faire que dans le privé.
4 : ok mais les parents reçoivent quand même des communications de l’association des parents comme quoi il vaut mieux éviter que les enfants soient à l’école.
5 : peut-être mais c’est un problème général aussi de génération et cela on le voit aussi dans toute sociétés.
Il ne faut pas exagérer!! Faire un 4/5 en 2 jours n’est pas possible dans l’enseignement non plus!!! Quant au nombre d’heures, il ne faut pas oublier que l’enseignant ne fait pas que les heures prestées à l’école!!
En accord avec ce texte, même si je suis déjà pensionnée… Les enseignants qui restent enseignants toute leur vie sont des passionnés, des convaincus. L’éducation scolaire doit être la priorité pour tout état… merci…
Il n’est pas étonnant d’apprendre que les jeunes profs fuient dans les premières années.
A qui donne-t-on les classes difficiles dès l’entrée en fonction ? Parfois sous le prétexte que ces heures-là sont vacantes (et on vous fait signer vos contrats mi-janvier, date à laquelle vous vous rendez compte qu’aucune des heures qu’on vous a attribuées n’est vacante)
Qui charge-t-on de donner un cours peu reconnu à deux classes de professionnelles rassemblées, classes déjà très difficiles séparément, en oubliant qu’il faut un local pour donner ce cours ? (il faut donc imaginer un jeune prof, drainant derrière lui une grosse vingtaine d’élèves, errant dans les couloirs à la recherche d’une clef ou attendant devant la porte d’une sous-directrice qui préfère ne pas ouvrir !)
Qui paye-t-on fin octobre, voire fin novembre à cause de papiers qui n’ont pas été remplis à temps …
Il faut vraiment aimer ce qu’on fait et avoir envie de persévérer pour ne pas s’enfuir dans de telles conditions !
La grève n’est plus une solution ni même une manière efficace de faire passer un message. Une grève n’est ennuyeuse que pour les parents qui ne travaillent pas dans l’enseignement et qui se demandent quoi faire de leurs enfants ce jour là. Ces parents et leurs enfants sont souvent les otages d’un système qui ne fonctionne plus. On nous parle de grèves suite à des désaccords entre syndicats et gouvernement mais qui est allé négocier avec le gouvernement? Si la décision est prise, c’est en présence des syndicats et donc faut il négocier plus longtemps ou céder et ensuite aller en grève??? Drôle de système que le nôtre.
@N.Pirard. Je comprends votre intervention.
Il ne devrait pas y avoir de classes « difficiles » ! Ce sont souvent des élèves qui manquent de limites. Donc il suffit de leur en mettre. Des systèmes pourraient être envisagés : prise en charge par une organisation externe à l’école pendant quelques jours de ces élèves…