Pour une éducation à la sexualité à l’école

sexualiteCarte blanche de Dany De Baeremaeker, psychologue, responsable d’une équipe d’éducateurs spécialisés et d’un groupe d’enfants caractériels.

S’il y a bien un domaine dans lequel la plupart des parents sont mal à l’aise, c’est celui de l’initiation et de l’information concernant la sexualité. Pourtant, nous savons tous combien elle est importante dans notre existence, combien elle nous occupe ou préoccupe, combien elle est centrale dans notre vie affective et relationnelle, la base de notre épanouissement et bonheur. Aborder ce sujet nous fait souvent bégayer, entrecouper nos phrases d’une multitude de « heu » trahissant nos difficultés à trouver les justes termes, à utiliser des mots compréhensibles pour eux, à ne pas trébucher dans ce qui pourrait apparaitre* la vulgarité. Mais est-ce aux adultes d’aborder cet aspect de la vie ? Ne serait-il pas préférable de laisser l’enfant venir à nous avec ses questions ? Tôt ou tard, pour autant que dans la famille existe une ambiance de confiance et de dialogue, notre petit bout viendra avec ses interrogations, ses curiosités, ses incompréhensions. Le moment rêvé pour avant tout l’écouter avec tendresse, compassion et, pourquoi pas, humour et de répondre, voire de l’apaiser dans ses curiosités-découvertes, de réajuster éventuellement de fausses conceptions ou pratiques douteuses.

Bien sûr, il nous faut choisir un vocabulaire qui lui soit, en fonction de son âge et de sa maturité, compréhensible, pas trop juvénile, sans pour autant tomber dans les pièges du trop scientifique ou médical. Le censurer, lui dire qu’il est trop jeune pour parler ou s’intéresser à ces choses serait la pire attitude que puissent adopter les parents. Le sujet deviendrait tabou et ouvrirait par ce fait les portes à toutes les perversions possibles et imaginables. Un tel refus, voire blocage trahirait un malêtre* des parents dans ce domaine, ce qui ne peut qu’angoisser l’enfant. De toute façon, l’éducation à la sexualité, et donc du rapport au corps, commence dès la naissance de l’enfant. Notre bébé, nous le pouponnons, nous le prenons, du moins c’est à espérer, dans nos bras, nous l’entourons de tendresse, de notre propre corps et éveillons ainsi en lui la sensualité.

L’âge des premières expériences

Au-delà de cette concupiscence, nous l’initions au langage corporel bien plus fondamental et communicatif que le verbal même dans nos vies d’adulte. Avec l’âge, les contacts parents-enfant vont se distancier et la curiosité de l’enfant se déplacera heureusement (socialisation oblige) vers ses congénères du même âge. Découverte des différences entre une fille et un garçon, certaines petites expériences « touche pipi » sans conséquence. Rien de dramatique et si l’enfant nous en parle écoutons-le sans trop de moralisme ni de pudibonderie. Arrive l’adolescence, moment existentiel dans la vie et donc aussi dans ce domaine. Qui suis-je et que vais-je faire de ma vie ? Et donc aussi de ce corps qui change et commence à attirer les regards, voire les désirs des autres, qui éveillent aussi des désirs-pulsions en soi.

« Notre disponibilité à les écouter »

Selon la personnalité de l’adolescent et de l’ouverture familiale il peut se confier aux parents, mais le plus souvent il se retranche en lui-même et partage ses tâtonnements avec les copains. C’est aussi la période des premières expériences érotiques, des premières conquêtes- séductions, jamais simples, des déceptions et échecs et si pas, de l’idéalisation de la relation amoureuse. Parent, nous ne pouvons que leur assurer notre présence, notre disponibilité à les écouter, à émettre éventuellement un avis, mais jamais à leur ordonner des dictats* à l’exception évidemment de certains interdits formels tels la pédophilie ou le viol.1

* apparaître, mal-être, diktats

Les mots suivis d’un astérisque sont écrits en accord avec l’orthographe réformée.

  1. La Libre – 30.05.11 []