Du 20 au 23 juin, 50.000 enfants de sixième primaire vont passer leur CEB (Certificat d’Études de Base). Et dans toutes les écoles primaires de la Communauté française, on ne parle plus que de cela. C’est l’heure des grandes révisions. L’occasion pour Enseignons.be de revenir sur cet outil controversé. Trop facile le CEB? Les journaux du groupe L’Avenir vous proposent d’essayer de répondre aux questions du test de 2010. L’an passé, 55.075 enfants ont buché* sur ces questions qui vous seront proposées. Et seulement 5% de ces élèves n’ont pas obtenu leur certificat. Mais, au fond, quelle valeur a encore le CEB?
On connait* les chiffres : près de 95% des écoliers de 6e année primaire décrochent le fameux certificat d’études de base. Un taux de réussite canon ! Et pourtant, quelques mois plus tard, ils sont des centaines à connaitre* l’échec et le redoublement à l’école secondaire. Alors quoi? Une simple formalité, cette épreuve commune? En 2010, ils étaient exactement 94,5% à obtenir le précieux sésame, soit 10,6% de plus par rapport à 2007. Réussir le CEB, c’est obtenir au moins 50% dans chaque matière. Plutôt facile apparemment : il n’y a eu, en 2010, que 0,8% d’échec en éveil, 1,5% en français et 4,6% en mathématiques. Mais comment des élèves aussi doués peuvent-ils perdre pied sitôt entrés dans l’école des grands? Cette évaluation externe serait-elle une mascarade? Les enseignants – comme les parents – sont de plus en plus nombreux à le penser.
Et pourtant, l’examen n’est pas inutile. Son but est de fixer les compétences minimales que doivent atteindre tous les enfants de fin de 6e primaire. Le CEB renseigne donc à la fois l’écolier sur son savoir et l’école sur ses missions d’enseignement. Mais qu’est-ce qui explique un tel taux de réussite, si élevé qu’il en devient douteux? On peut d’abord parler « d’effet reflux ». Les enseignants perçoivent mieux ce qu’on attend de leurs élèves et se recentrent sur les fondamentaux. Ça, ce n’est pas nécessairement négatif. Il y a ensuite le bachotage, ces enfants qui sont drillés pour répondre à un certain type de questions. La qualité de l’examen y serait aussi pour quelque chose. Selon les inspecteurs, les questions sont de mieux en mieux élaborées, laissant moins de place à l’ambigüité* et à l’imprécision. Tout bonus pour les élèves. Martine Herphelin, directrice du comité de pilotage de notre enseignement :
Nous avons fait un énorme travail pour traquer les consignes ambigües* et nous assurer de la lisibilité dans l’épreuve 2010. Par exemple, commencer par un verbe à l’impératif permet à l’élève de savoir tout de suite ce qu’on lui veut.
Enfin, on peut pointer le seuil de réussite fixé à 50%. Un enfant qui réussit en maitrisant* à moitié les objectifs minimaux en fin de cursus primaire a-t-il ses chances en secondaire? Ne faudrait-il pas porter le seuil à 60 ou à 70%?
Peut-on réussir si on ne sait lire et calculer qu’à moitié?
C’est vrai qu’ils sont beaucoup, chaque année, à quitter l’école primaire. Mais que fait-on de ceux qui échouent? Une minorité redouble leur 6e année… la majorité est dirigée vers la 1ère différenciée. Ils rejoignent là les élèves qui ont décroché en fin de 5e primaire (qui avaient déjà bissé ou qui ont 12, 13 ans) et qui, comme eux, entrent sans le CEB. Ces enfants – environ 4% – ne rattrapent presque jamais leur retard. Pire, parce que s’ils obtiennent finalement leur CEB au terme de leur 1ère année différenciée, ils devront rejoindre l’enseignement général (en 1ère année commune), nombreux sont ceux qui choisissent de volontairement se saborder… et ainsi passer en 2e différenciée… puis en 3e ou 4e année professionnelle. En 2004, seul 1,6% de ces élèves avait réintégré le cursus général. Les autres ont obtenu leur ticket pour l’enseignement qualifiant, le centre d’enseignement et de formation en alternance (CEFA)… et le contrat d’apprentissage. Selon les indicateurs de l’enseignement édités par la Communauté française, le chiffre des élèves que l’on perdrait en cours de route augmente chaque année.
1 élève sur 4 échoue au premier degré
Le problème, c’est le passage entre le primaire et le secondaire. Avoir son CEB en poche ne garantit nullement la réussite au secondaire, qui est vu comme une véritable gare de triage qui sépare les « bons » des « mauvais » élèves, ceux qui continueront dans l’enseignement général et ceux qui doivent se « résigner » à l’enseignement technique et professionnel. Le taux de redoublement en 1ère année secondaire était de 13,1% en 2008. Autres chiffres : 9,9% redoublaient en fin de 2e secondaire et 16% étaient orientés vers le technique ou le professionnel. Soit, au terme du premier degré, un taux d’échec de 25%!1
Conclusion, obtenir son certificat d’études de base n’est en rien un pronostic du parcours scolaire futur. Tout comme obtenir son CESS (certificat d’enseignement secondaire supérieur) n’assure pas de réussir ses études supérieures. Le taux d’échec en 1ère année Bac à l’université est en moyenne de 60%… et il s’élève à 40% en premier master.1
L’administration a commandé une enquête
L’administration a initié une enquête pour comprendre ce qui se passe. Elle a été confiée à l’ULg. 3000 enfants ont passé une partie de l’épreuve 2009 et de celle de 2010 pour comparer leur réussite de part et d’autre. Les conclusions définitives seront révélées dans quelques jours seulement.
Pour comparer vraiment les résultats d’une année à l’autre, la seule solution serait de faire passer le même test chaque fois. Les tests Pisa fonctionnent en partie comme ça. Nous, on ne peut pas. Si les enfants apprennent les réponses par cœur, ça n’a plus de sens.2
* bûché, connaît, connaître, ambiguïté, ambiguë, maîtrisant
Les mots suivis d’un astérisque sont écrits en accord avec l’orthographe réformée.
« Conclusion, obtenir son certificat d’études de base n’est en rien un pronostic du parcours scolaire futur. »
C’est incroyable que des gens aussi intelligents se posent encore la mauvaise question. Ont-ils entendu parler de la crise d’adolescence ? En 33 ans, je n’ai jamais eu une 1e aussi peu armée pour le secondaire. Mes 24 élèves avaient obtenu leur CEB, mais certains (au moins 50%) étaient en telle détresse familiale ou psychologique qu’il leur était impossible de faire face aux exigences scolaires du secondaire. Dur, dur, la découverte de la vraie vie !
Nous sommes juste dans la grande démagogie si chère et installée par nos penseurs rouges. Au-delà du CEB trop facile, aujourd’hui n’importe qui arrive en 3e secondaire, même sans réussir une seule année! Le problème est bien plus large… suivez la piste… C’est politiquement porteur de dire « on va faire réussir tout le monde… » Au passage, on aura aussi nivelé par le bas, pour les autres… La prochaine étape sera d’interdire l’échec en 3e et en 4e au plus de jeunes possibles. On prend les paris ??? Et ces ados une fois abêtis voteront comment à votre avis ?
Honteux mais commercial pour le journaux « Vers l’avenir » car les enseignants de 6e année profitent de ces derniers jours pour mettre les enfants en situation de CEB.. encore raté cette année.. Merci.
En ce qui concerne le CEB, je suis un vieil enseignant de 60 ans mais je préférais les cantonaux qui impliquaient les inspecteurs et la réalité du canton… et chaque canton était alors évalué avec les compétences acquises… (mille excuses pour nos confrères à qui Robin des Bois va distribuer nos périodes, soit nos heures d’aide pour les élèves les plus faibles… donc dans quelques années + 5% chez vous (bravo) et – 5 % chez nous…et vive les statistiques).
Encore une petite remarque pour l’Administration (avec un A majuscule): Arrêtez de dépenser notre argent dans toutes sortes d’enquêtes.. Prenez le temps de vous adresser aux gens de terrain, ils vous diront ce qui ne marche pas !! Vous avez dit dialogue ? Quand ? Où ? Avec qui ?
Encore une fois je rappelle que ce n’est pas seulement le questionnaire qui est important mais aussi la grille de correction.
La manière de pondérer peut influer bien plus sur les résultats que les questions elles-mêmes.
Les journalistes ne parlent jamais de cet aspect des choses.
A mon avis inutile comme je l’expliquais :
http://www.economiques.eu/blog/archives/99-CEB-resultats-catastrophiquesmais-presentes-comme-excellents..html
Je suis d’accord avec Marie. Je pense que le CEB en soi est nécessaire et est là pour vérifier si le minimum des compétences à acquérir pour aller au secondaire est acquis… On ne vérifie pas si les enfants sont armés pour débarquer dans le secondaire au niveau de leur affectif et relationnel. En tant qu’enseignante, j’ai proposé ce test à des adultes de mon entourage en leur demandant de mettre en évidence ce qui leur avait posé problème… Beaucoup d’entre nous et de tous les âges rateraient leur CEB aujourd’hui car il est exigeant malgré tout… Celui de 2010 ne nous a pas paru être du nivellement par le bas dans les écoles de notre circonscription (que ce soient des écoles du libre, du communal ou de la Communauté française) et je pense que nous n’étions pas les seuls à le trouver bien conçu.
Maintenant, je pense aussi qu’il manque encore de continuité entre le primaire et le secondaire… Le débat est plutôt pour moi « comment préparer nos élèves à la scolarité et la vie après le primaire? »
Quant aux réflexions récurrentes sur le fait que les écoles d’un secteur d’enseignement vont « recevoir » les périodes d’un autre secteur suite au décret Robin des Bois, je trouve ça déplacé et injuste. Je fais partie du secteur de la Communauté française et je suis avant tout fière d’être enseignante dans une école qui croit en ses valeurs! Mes deux derniers postes ont été dans des écoles qui elles aussi devront sans doute partager leurs ressources (bien malheureusement pour tout l’enseignement je le conçois).
Quand cette gue-guerre entre secteurs se terminera, peut-être nous prendra-t-on au sérieux du côté ministériel… Mais bon, penser ainsi n’engage que moi…
Il faut arrêter de dire que le CEB est facile ! Il fait appel à pas mal de logique et de concentration. Pas si évident que ça. Pas sûre que tout le monde puisse le réussir et je parle des adultes …
Tout à fait d’accord avec Marie qui souligne les difficultés que les élèves rencontrent à l’adolescence et dont il faut absolument tenir compte.
Sans commentaire lol !!!
Encore une fois, tout dépend de la façon de pondérer !
Le tout est de savoir si le remède proposé (la relégation en différencié ou le redoublement en 6° primaire) donc plus d’échecs, entraîne un meilleur niveau et est donc nécessaire. Ce n’est pas parce que le CEB serait trop facile qu’il y a plus d’échec en secondaire, c’est simplement parce que les enseignants peuvent décider du nombre d’élèves qui seront en échec sans aucun contrôle ni régulation. En Finlande, où l’échec scolaire n’existe pas, le niveau est excellent, il en est de même dans tous les pays (Suède, Norvège, Danemark, Angleterre) qui ne pratiquent pas l’échec mais les enseignants belges paniqués et incrédules occultent ce fait et font comme s’il n’existait pas. C’est pourtant une réalité. Quand les enseignants comprendront-ils que l’échec est quelque chose de tout à fait artificiel, une constante macabre qui correspond au nombre d’élèves que l’enseignant décide de manière arbitraire qu’ils ne sont pas aussi performants que les autres et qu’ils doivent être écartés pour ne pas « abaisser un niveau » qui ne correspond à aucune réalité, puisqu’il n’est pas celui des élèves. Il s’agit de l’effet Posthumus.
Une brochure de la CF remise aux enseignants il y a 15 ans en fait état à la page 76. http://www.echecscolaire.be/nouvelles_fichiers/reussir.pdf
Nous conseillons aux enseignants de le relire, il est excellent, vraiment.
L’effet Posthumus c’est de créer pour chaque épreuve une échelle de valeurs (souvent artificielle) qui, débouchera sur une distribution gaussienne des notes. Ce phénomène est connu sous le nom de ce chercheur hollandais qui, dès 1947, a constaté qu’en fin d’année qu’on trouve une distribution quasi toujours semblable des résultats des élèves d’une même classe : quelque très bons et quelques mauvais et entre les deux, une répartition des élèves autour de la moyenne. Il en déduit que les enseignants ajustent leurs exigences en fonction de la classe à laquelle ils s’adressent. Plusieurs études ont permis de vérifier la validité de cette loi. Les conséquences de cette pratique d’évaluation sont aujourd’hui bien identifiés : un élève moyen qui se retrouverait dans une classe « faible » peut obtenir 80 % alors que, s’il s’était trouvé dans une classe ‘forte », il se serait vu attribuer une note de l’ordre de 50 %, voire aurait été mis en échec et obligé de doubler son année.
L’effet Posthumus, ou encore constante macabre de Mr Antibi, c-à-d, au % d’élèves qui sont considérés par l’enseignant comme « plus faibles » et qui seront mis en échec pour justifier que le prof est excellent, qu’il a un bon niveau (entendez le niveau qu’un % d’enfant n’atteint pas), parce que dans nos systèmes scolaires sélectifs, les enseignants ont la possibilité de mettre en échec (sans devoir justifier de ce qu’ils ont mis en place pour l’éviter), les élèves qu’ils jugeraient ‘plus faibles », parce que selon la croyance (que notre association s’échine à modifier) de notre culture, ils vont rattraper tout seuls, presque spontanément leur retard, sans recevoir l’aide adéquate de l’école, ce que contredit toutes les études sérieuses sur le sujet.
Un enfant promu et aidé dans son parcours s’en sort mieux à court et long terme qu’un enfant qui est arrêté et doit bisser, car il perd confiance dans ses capacités. Le cerveau est « plastique » et que nos enfants sont les mêmes homo sapiens sapiens que les petits Finlandais qu’on n’arrête pas dans leurs processus. Question de bon sens, si ce qui se fait ailleurs avec bonheur donne de bons résultats, ce peut et doit être la même chose chez nous. Le tout, c’est de croire en notre jeunesse et dans leur capacité de progression.
Chers « Parents contre l’échec », c’est bien joli de toujours regarder vers les pays scandinaves, mais c’est oublier que si ces pays font autrement, c’est que leur réalité est autre qu’en Belgique (francophone). Par exemple, une densité de population plus faible, moins d’immigration (ou de multi-culturalité si vous préférez), et un contexte économique, voire même un mode de vie différents. Si vous voulez proposer une vraie alternative à l’échec, montez un projet, regardez ce que ça coûtera, et discutez-en avec les politiques et les inspecteurs.
Au sujet de l’effet Posthumus et de votre élève moyen, sachez d’abord que passé trente échantillons, toute distribution statistique devient quasi-Gaussienne, donc inutile de venir parler d’échelle de valeurs artificielle. Et bien entendu, un élève « moyen » confronté à de « meilleurs » congénères recevra des énoncés plus difficiles, et donc de moins beaux résultats. Quoi d’illogique à ça ? Et aussi, quelle alternative, sinon le nivellement par le bas ?
Il y a et aura toujours (j’espère), des écoles capables de s’adapter à la population des élèves, et donc pour certaines de fournir un enseignement suffisamment difficile pour ne pas galvauder les bons éléments, et pour d’autres d’aider ceux qui en ont besoin à progresser.
Désolé si j’en choque, mais une société a autant besoin pour progresser d’une élite intellectuelle bien formée que de manuels. D’accord pour redorer le blason des filières techniques et professionnelles, mais la lutte contre tout mécanisme de « tri » en fonction des capacités est tout simplement stérile.
Aiguiller 5% de la population hors de la filière « général » est donc certainement une bonne chose, très efficace puisque seulement 1.6% de ces élèves retourne au général. C’est vrai que l’article dévie en parlant de « retard ». L’élève qui « rate son CEB » n’est pas « en retard », mais s’il sait « lire et calculer à moitié », il n’a probablement pas d’avenir dans le général. Mieux vaut lui éviter l’échec en l’orientant différemment le plus tôt possible.
Dans quelques jours, mes élèves vont se présenter au fameux CEB. J’espère qu’il ressemblera à celui de l’an dernier car je l’ai trouvé intéressant, que ce soit pour l’évaluation de connaissances de base ou pour l’évaluation de l’attitude des enfants face à des défis parfois bien complexes. J’aimerais d’ailleurs en avoir une analyse comme celle qui est proposée suite aux évaluations externes de 5e.
Bien sûr que la réussite du CEB n’augure en rien de la suite du parcours scolaire d’un enfant ! Et les difficultés de l’adolescence ne sont qu’une des explications d’un possible futur échec.
Oui les Finlandais ne redoublent pas; on les encadre et on les oriente. Génial ! Mais pour cela il faut se donner des moyens…
Relever le seuil de réussite n’est pas nécessaire mais orienter plus sérieusement l’enfant vers le type d’enseignement secondaire qui semble le mieux lui convenir et s’appuyer en partie sur le pourcentage de réussite du CEB (surtout si on dispose de l’analyse de l’examen) pourrait éviter bien des échecs et des décrochages scolaires. Encore faudrait-il aussi redorer le blason de l’enseignement technique et professionnel et permettre aux enseignants de bien former leurs élèves grâce à un matériel qui ne soit pas « dépassé » …
Encore une belle balle dans le camp de nos politiciens…
CEB CEB, j’en reviens pas ! Comment est il possible de pouvoir passer son CEB avec son dictionnaire pour TOUTES les épreuves ?
Le CEB pour l’anatomie trop facile, les formules de math pour les figures y sont, de la conjugaison et j’en passe !
Franchement, c’est devenu trop facile avec un dictionnaire non ?