L’école « nomade » est dans la tourmente

pedagogie nomadeL’école expérimentale « Pédagogie Nomade » de Limerlé, à Gouvy, vit des heures difficiles. Cet établissement qui accueille actuellement une cinquantaine d’adolescents en butte avec le système scolaire (redoublement, réorientation, décrochage…) serait à un tournant de son histoire. Une réunion a eu lieu la semaine dernière. Il a été question de la non-désignation de Benoît Toussaint, co-fondateur de Pédagogie Nomade, comme professeur de français.

Souvenez-vous, en 2009, des policiers, accompagnés de deux chiens « drogue », avaient visité les classes et les logements de cette école, à la demande de Michèle Mons delle Roche, procureur du roi. Sept élèves et un professeur avaient été identifiés comme de possibles consommateurs de drogues. Certains avaient sur eux du cannabis en petite quantité. Mais l’enseignant, M. Toussaint, avait vivement protesté. Il avait également insulté, devant ses élèves, les policiers. Menotté et emmené au poste, le professeur n’avait pas échappé à une condamnation pour « outrage et rébellion ».

Abus d’autorité de la part de la Communauté française?

Depuis le mois de septembre, une forte tension interne se fait sentir au sein de l’école. Les enseignants, comme les parents, s’interrogent… Benoît Toussaint doit-il revenir? Sa non-nomination n’est-elle pas un abus d’autorité alors qu’il existe un principe de « cooptation » prévu dans la convention liant la Communauté française et l’école? Bien sûr, tant au sein de l’équipe pédagogique que chez les parents ou même les élèves, les avis sont partagés. Mais la situation devient difficile… à tel point que les cours sont perturbés.

La Communauté française est donc intervenue pour remettre les pendules à l’heure… et tenter de ramener le calme dans l’établissement. Les représentants du cabinet Simonet ont rencontré l’équipe éducative (12 enseignants) et les parents.

La situation devenait intenable. Nous avons reçu une quinzaine de courriers. Il fallait agir.

Après discussion, il a été demandé à l’école de faire un choix : soit elle propose une autre candidature que celle de Benoît Toussaint, soit la Communauté française pourrait dénoncer la convention qui la lie avec l’asbl « Périple en la demeure » et transférer l’établissement ailleurs qu’à Limerlé.

Le principe de cooptation n’est pas remis en cause. Mais il faut que le corps enseignant propose quelqu’un qui puisse répondre aux règles administratives et juridiques en vigueur. Pas question de désigner un enseignant qui a été pénalement sanctionné pour des faits qui se sont produits à l’école. Il existe une circulaire à ce sujet.

Une école qui dérange?

Les enseignants sont furieux !  Ils refusent l’ultimatum ministériel. Pour Benoît Toussaint, « la circulaire opère un distinguo entre les condamnations pour faits de mœurs et les autres. Si on veut être légaliste, il faut examiner tout le dossier ! On est dans l’arbitraire pur. » Un avis partagé par certains de ses collègues.

Il s’agit d’une « interprétation » de la loi, qui stipule que pour être désigné, il faut être de « conduite irréprochable ». Nulle part il n’est défini dans la loi ce que ça veut dire. Il existe une circulaire concernant le réseau libre subventionné qui stipule que si on a un casier judiciaire pour des faits de mœurs, le refus est automatique. Pour tous les autres cas, une mention sur le casier judiciaire est matière à interprétation.

En attendant, le bras de fer continue. Les enseignants sont convaincus que la ministre souhaite fermer l’établissement à terme, en profitant des divisions au sein de l’équipe pédagogique.1

On apprenait bientôt, soit le 21 octobre, que la ministre décidait d’ouvrir une seconde école pas comme les autres, à cinq kilomètres de là, avec quatre profs en désaccord avec le projet PN et la stratégie des dernières semaines. Des courriers ont circulé, vers l’équipe profs 1, vers l’équipe profs 2, vers les parents, contenant des informations variables, le tout mettant une certaine pression sur les familles pour accepter l’idée de délocalisation déguisée en relocalisation.

Décidément, Pédagogie Nomade est, dans le paysage éducatif belge francophone, un OVNI bien dérangeant.

  1. Le Soir – 21.10.11 []

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