Vers un « tronc commun » à tous les cours de religion ou de morale

religionInterrogée par les députés Miller (MR) et Reinkin (Ecolo) ce mardi en commission du parlement de la Communauté française, la ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet a proposé de créer, dès le fondamental, un « tronc commun » à tous les cours de religion ou de morale et visant à développer la pensée rationnelle, logique, argumentative et philosophique. L’idée n’est pas neuve, Richard Miller, alors ministre, avait déjà rédigé un décret dans ce sens en 2006. Marie Arena s’était alors saisi du dossier qu’elle avait transmis pour avis au Conseil consultatif des cours philosophiques, une instance créée en 2005 pour promouvoir les échanges entre ces cours.

Jeter des ponts entre les cours

Trois grands axes ont été définis : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à une citoyenneté active. Pour la ministre, la pratique du questionnement philosophique permet de développer diverses compétences ou habiletés de pensée comme la pratique du dialogue, la confrontation des points de vue, l’argumentation, la logique formelle, l’art de faire des distinctions, l’ouverture à la pluralité, etc.

Le dialogue interconvictionnel devrait non seulement permettre à l’élève de s’interroger sur ses propres représentations, convictions et pratiques en découvrant celles des autres mais aussi de prendre conscience de la pluralité des convictions dans une société démocratique et d’apprendre à dépasser les clivages, les stéréotypes et les préjugés. Il sera plus aisé pour les enseignants des différents cours philosophiques de jeter des ponts entre leurs matières et de se rencontrer pour échanger.

Quant à l’éducation à une citoyenneté active, Marie-Dominique Simonet l’envisage en deux volets, complémentaires et indispensables : l’instruction civique d’une part et l’introduction aux fondements philosophiques et religieux de la citoyenneté d’autre part.

L’instruction civique relève de la sphère juridico-politique. Elle implique de faire connaître les droits, devoirs, règles et lois qui déterminent notre société et le vivre ensemble. Le second volet, l’introduction aux fondements philosophiques et religieux de la citoyenneté, concerne la recherche du sens de l’existence. Une chose est de connaître les droits et devoirs, une autre est d’être en recherche, de questionner les valeurs, dont celles abordées dans le cours de philosophie. L’exercice d’une citoyenneté critique et responsable repose aussi sur le développement moral de l’individu et non uniquement sur la connaissance des lois. Un dictateur peut connaître les lois mais les utiliser sans développement moral! La connaissance des raisons pour lesquelles ces lois doivent être appliquées est nécessaire pour susciter l’adhésion.

Préserver la spécificité de chaque cours

Les autorités de chaque cultes et de morale non confessionnelle devront rédiger des référentiels de compétences appelés à décliner un programme commun.

Il s’agit d’énoncer les savoirs, les savoir-faire et compétences visés par le cours, pour chaque degré d’enseignement.

La Commission de pilotage ainsi que l’inspection devront ensuite valider ces référentiels et vérifier s’ils sont en conformité avec le respect des compétences, la progressivité des apprentissages, etc. La spécificité de chaque cours devrait pourtant être préservée.

Ce travail est délicat. Il importe en effet de trouver des référents communs tout en conciliant les attentes des uns et des autres et en respectant les prescrits de la Constitution et du pacte scolaire.

Et la formation? Des modules de formation continuée seront proposés aux enseignants afin de les préparer au mieux à aborder le cadre de la partie commune. Mise en place des nouveaux cours? On parle de septembre 2013… Mais il faudra sans doute un plus de temps. « On arrive progressivement à un consensus, mais un tel travail demande du temps et de la concertation« .

« Renforcer le vivre-ensemble et favoriser l’ouverture d’esprit »

Dans les rangs de l’opposition, comme dans la majorité, les députés sont satisfaits. Yves Reinkin (Ecolo) : « Sur cette question, il ne faut pas tourner autour du pot. Les enjeux sont réels. En permanence, nous devons veiller à l’intérêt du jeune et à son émancipation dans notre société multiculturelle. Notre environnement a évolué et ne correspond plus à celui des années 1950 au cours desquelles fut voté le Pacte scolaire. Aujourd’hui, de nouvelles religions sont présentes dans notre pays. Si l’école les sépare, comment les élèves peuvent-ils apprendre à vivre ensemble et à réfléchir sur leur état de citoyens différents mais habitant dans un même monde ? Aujourd’hui, cette séparation est incongrue et dépassée. Il faut oser aller de l’avant. »

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7 réponses à Vers un « tronc commun » à tous les cours de religion ou de morale

  1. Sonveaux Nathalie dit :

    Ce n’est pas une mauvaise idée. Souvent on a peur de ce que l’on ne connaît pas et certains pensent que ceux qui pratiquent une religion différente n’ont pas les mêmes principes que les leurs. L’apprentissage sur des bases philosophiques et morales communes permettrait peut-être aux jeunes qui ne sont pas de même confession religieuse de se rendre compte qu’ils peuvent avoir des principes de base équivalents ou permettrait justement de mettre en commun les mentalités et la façon d’accepter l’autre tel qu’il est.
    La multiculturalité est bien présente dans tous les pays et le dialogue serait beaucoup plus facile si on apprenait à cohabiter sans haine et sans peur de l’autre parce qu’on croit qu’il n’a pas appris les mêmes valeurs fondamentales.

  2. Michel THYS dit :

    Enfin ! Ce projet d’un cours commun de philosophie me réjouit ! Mais je crains que, même s’il est notamment porté par Madame la Ministre Marie-Dominique SIMONET (CdH), les responsables de l’enseignement confessionnel, invoquant la liberté constitutionnelle d’enseignement, ne tarderont pas à y voir une menace pour la poursuite de leur projet éducatif, qui reste, à mes yeux, hypocritement évangélisateur, voire prosélyte. L’évolution des esprits aidant, j’espère me tromper !
    Ma crainte résulte du fait que cette heureuse initiative est d’inspiration pluraliste et qu’elle pourrait constituer, à leurs yeux, fût-ce dans un avenir encore lointain, un premier pas vers la fusion des réseaux officiel (ouvert à tous) et confessionnel (socialement élitiste) …

    Dans un email que Madame la Ministre m’adressait le 9 octobre 2009, à ce sujet, elle se déclarait défavorable à cette fusion : « Cela constituerait, en effet, des difficultés budgétaires supplémentaires et entraînerait un alignement des subsides de chaque réseau sur ceux du réseau organisé par la Communauté française, ainsi que le rachat de l’ensemble des bâtiments scolaires des autres réseaux. Par ailleurs, quels que soient le réseau et le caractère, confessionnel ou non, en conformité avec le Décret « Missions prioritaires de l’école » de 1997, les programmes de cours mettent l’accent sur l’éducation à la citoyenneté, le développement de l’esprit critique, la présentation objective des grandes religions et philosophies … On peut faire le pari qu’une éducation au discernement, à la tolérance et à la rencontre de l’autre favorise la construction d’une société multiculturelle harmonieuse ».

    Les espoirs de Madame la Ministre me paraissent théoriques et optimistes …
    En outre, idéalement, pour ne pas favoriser le communautarisme, voire l’intolérance, la société devrait plutôt devenir non pas « multiculturelle », comme en Angleterre, mais « interculturelle », ouverte à la découverte et à l’acceptation de la différence enrichissante de l’autre …

    En pratique, même si actuellement les cours de religion ne peuvent plus se permettre d’être aussi dogmatiques que jadis et s’ils font parfois découvrir aux adolescents quelques philosophes (même athées ?), ils occultent généralement, du moins à ma connaissance, toute information, même minimale, concernant les autres religions, et surtout les options de l’humanisme laïque (agnosticisme, incroyance, athéisme, libre pensée, morale laïque, etc. ), ce qui me semble évidemment critiquable sur le plan de l’honnêteté intellectuelle et morale. En effet, le libre arbitre, la liberté de choisir de croire OU de ne pas croire, s’en trouvent souvent hypothéqués, même si la religiosité décroît, du moins dans la plupart des pays intellectualisés (sauf les USA, l’Irlande, la Pologne, …), …

    Un cours commun de philosophie devrait déjà permettre de donner à tous les enfants et adolescents belges une information minimale, progressive, objective et non prosélyte, à la fois sur les principales religions ET sur l’humanisme laïque, actuellement trop souvent occulté.
    Puisse ce futur cours leur permettre par exemple de découvrir que toutes les religions, ne leur en déplaise, incitent, certes à des degrés divers, à la soumission (hélas totale dans le cas de l’islam), tandis que la morale laïque (non confessionnelle, mais pas antireligieuse), développe l’autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle.

    A leur rythme, les élèves prendront conscience que, du fait de la prétention de toutes les religions à détenir chacune LA Vérité, elles sont à l’origine de l’intolérance et d’innombrables conflits. Ils découvriront aussi le fait de la rédaction tardive et manipulée des évangiles, le silence des écrivains et philosophes romains et grecs, la question de l’historicité de Jésus (qui n’a certainement jamais dit tout ce qu’on lui a fait dire !), l’origine psychologique, éducative et culturelle de la foi (elle n’apparaît pas chez les enfants de parents non croyants !), les traces que ces influences religieuses précoces, amplifiées par la plasticité neuronale, laissent dans le cerveau émotionnel, puis rationnel, etc.

    C’est pourquoi, non seulement un cours commun de philosophie ne séparera plus les élèves, mais il permettra de compenser les influences familiales, religieuses ou non, certes légitimes mais unilatérales , voire communautaristes.
    http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html
    Merci pour vos commentaires.

    • BULAR dit :

      Michel, je me réjouis de votre analyse que j’approuve totalement. Un cours de philosophie répondrait intégralement aux préoccupations de nos jeunes ( croyants, agnostiques ou athées). On ne peut pas à la fois vivre dans une société façonnée par la « critique » et la « rationalité » et en même temps dispenser un enseignement « tronqué », fondé sur la peur de « contestation » et de « divergences doctrinales ». C’est à cela pourtant que nous devons préparer nos jeunes. Ceux-ci sont loin de se soumettre à des séances d’endoctrinement. Dans les écoles libres, ce problème ne se pose pas, le cours de religion étant obligatoire à tous les élèves et ouvert à toutes les formes de spiritualité et des facettes de la vie humaine. En réseau libre, les professeurs ont quasi la latitude d’inclure des questions philosophiques qui devraient, en principe, intéresser les élèves, si leur cours n’était pas intitulé « cours de religion ». Le maintien de cet intitulé est-il nécessaire pour parler de l’humanisme de Bouddha, Moïse, Jésus ou de Karl Marx qui dénonce à juste titre l’instrumentalisation de la religion par la bourgeoisie à des fins politiques comme le faisaient déjà les Pharisiens dénoncés par Jésus qui, selon les convictions largement partagées, demeure un personnage de haute moralité quand bien même il ne serait pas fils de Dieu !!!

  3. joke dit :

    Le plus dérangeant dans les écoles confessionnelles est le fait que l’enseignant ne puisse « critiquer » la religion. Evidemment je comprends cet interdit. Mais je pense que c’est à travers les « croyances » de chacun que l’apprenant (lol) se structure.
    Il faut réduire le conditionnement au maximum.

  4. BULAR dit :

    La religion et la morale trouvent leurs convergences et divergences dans la « philosophie » qui, à mon humble avis, aiderait les jeunes belges à aiguiser leur esprit critique et à mieux appréhender les exigences intrinsèques de ces deux branches. Que la Belgique politique décide, enfin, de programmer un cours d’ « Introduction à la philosophie » dans le secondaire. Le niveau du raisonnement de nos élèves est lamentable en comparaison avec ce que nous pouvons observer dans les pays où il y a cours de « philosophie » dans le secondaire. Je ne suis pas de ceux qui pensent que nos enfants sont moins futés que les jeunes Français, mais nous les avons enfermés dans une logique du « moindre effort » et de « précarité argumentaire ». Merci

  5. Katie dit :

    Personnellement, j’irais encore plus loin. La religion relève selon moi de la sphère du privé. Que ceux qui veulent une éducation religieuse le fassent en activité extra-scolaire. De plus, à un moment où les moyens financiers manquent, comment justifier ces classes éclatées dans l’enseignement communal où certains enseignants se retrouvent avec un ou deux élèves (religion protestante, ou religion musulmane dans des villages wallons peut touchés par l’immigration) qui sont parfois de plus frère et soeur qu’il faut regrouper, ou des classes confessionnelles où on regroupe des élèves de plusieurs niveaux (le pire que j’ai vécu étant tous les élèves de la 1re à la 6e ensemble !) pour arriver à un nombre correct d’élèves…
    Axons les cours sur un contenu tel que celui défini en partie par MD Simonet : questionnement philosophique, éducation à une citoyenneté,…

    • benoit dit :

      La religion n’a tout simplement pas sa place dans un enseignement digne de ce nom, les sectes de tout poil n’ont qu’à s’autofinancer, on peut me contredire mais je maintiens de toute façon, on ne donne pas de cours de morale dans le libre, la religion c’est bien plus que subjectif, pourquoi en favoriser une plus qu’une autre, c’est se voiler la face, ce n’est pas suffisant tous les errements de ces castes pour en finir une bonne fois pour toute.